‹ Esprit du p. FaberChapitre 77 sur 435 · LIVRE TROISIÈME. - L'HOMME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. - L'HOMME

ce peuple des insectes, qui chaque année, (tel est leur nombre et leur pouvoir de nuire), menacent de nous chasser de notre planète. C'est Dieu lui-même qui empêche ces légions innombrables et irrésistibles de nous dévorer comme uu feu que rien n'arrête.

Que deviendrions-nous sans la mer ? La terre et l'air perdraient leur usage et seraient inhabitables. Pas une année ne se passe sans que l'abime révèle aux investigations de notre science quelque secret imprévu de son utilité et du besoin que nous avons de lui. C'est tout au plus si l'on commence à savoir combien cet élément monstrueux, qui paraît si déchaîné dans ses fureurs, est, en réalité, d'une bonté et d'une générosité inappréciables envers les hommes. Notre dépendance de l'air n'est pas moins complète : disons en [passant qu'il fait notre sang, qu'il nous donne la chaleur vitale, et étudions-le de plus près. Serait-il moins brillant et moins beau, s'il abandonnait un gaz qui n'entre dans sa composition que pour une partie infiniment petite, le gaz acide carbonique, d'où toute la végétation tire sa vie? Ce n'est, disons-nous, qu'une partie tellement minime de l'air, qu'on a peine à constater sa présence ; et cependant s'il était éliminé, si la mer l'absorbait tout entier ou ne le restituait pas après l'avoir absorbé, en peu d'heures les ileurs joncheraient le sol, flétries et décolorées, et les puissantes forêts verraient leurs myriades de feuilles se tordre, se retourner, se dessécher, tomber. Il n'y aurait plus un brin de gazon sur la terre, les animaux périraient, et les hommes, rendus furieux par les angoisses intolérables de la faim, s'entre- dévoreraient comme l'ont fait dans leur délire les victimes des naufrages. En moins d'une semaine, notre planète continuerait à rouler dans son orbite, resplendissant à la lumière du soleil, étalant les teintes minérales de ses plaines tachetées çà et là par les ombres de magnifiques nuages, mais elle marcherait dans le hideux silence d'une mort universelle. A quelle précise pondération de forces, à quelle déli-

cate et presque imperceptible action chimique, tient la suzeraineté de l'homme sur la terre ! Oui : mais derrière ces voiles, plus fragiles que la gaze, est le bras puissant de l'Éternel, bon et miséricordieux.

Il faudrait un volume pour dire en combien de diverses manières l'homme dépend des créatures inférieures. Toutes les applications de la science ne sont, à les examiner de près, que des modes de cette dépendance. Mais il est un de ses caractères qui ne se rattache pas aux autres créatures, et auquel il est important de nous arrêter. C'est un genre particulier d'imperfection dans tout ce que l'homme fait, qui le rend incapable de rien achever par lui-même et sans être assisté. On dirait que son bras n'est jamais assez long pour saisir son objet, et que Dieu se place entre lui et sa tin pour la lui faire atteindre. L'homme tombe toujours, toujours Dieu le relève; la créature est toujours sur le point d'être vaincue, et toujours le Créateur lui apporte un secours opportun. Ainsi, l'homme plante l'arbre et l'arrose, mais il ne peut le faire croître; il prépare le sol et l'engraisse, il sème et il sarcle, mais il ne peut commander aux saisons ou aux insectes, de qui la récolte dépend. Entre ses labeurs et leurs fruits, il faut l'intervention de Dieu. En combinant ses plans, tout au plus peut-il préparer des circonstances favorables à la fin qu'il désire: dans la guerre, dans le gouvernement, dans l'éducation, dans le commerce, quand il a tout prévu et tout fait, il n'a rien assuré; un élément lui manque, sans lequel il ne peut obtenir de résultat, et sur lequel il n'a pas de contrôle. C'est cet élément qui termine tout, qui ferme le cercle, qui fait un tout des diverses parties, Les hommes l'ont appelé destin, fortune, hasard, accident ; c'est l'intervention de Dieu. C'est l'action de sa volonté.

{Le Créateur et la Créature, pp, 58-61.)

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