‹ Esprit du p. FaberChapitre 82 sur 435 · LE VERBE · texte numérisé non relu

LE VERBE

... Considérons le Verbe éternel. Il est la première parole qui ait jamais été parlée, et il a été parlé par Dieu, et il est égal en toutes choses à celui par lequel il a été parlé. Il a été prononcé de toute éternité, et il n'y avait pas d'espace au dedans duquel il pût être prononcé ; pas de son qui accompagnât l'acte qui le prononçait. Et le Père qui le prononça, ou plutôt qui le prononce à jamais, n'existe pas antérieurement au Verbe, à la Parole qu'il prononce. Sa demeure n'offre aucun aspect ; elle ne possède ni Murailles, ni arrangement, ni forme, ni couleur, ni place que l'on puisse aimer d'un amour local. Elle n'est pas dans l'espace réel, ni dans un espace imaginaire, ni au dedans du monde, ni aux extrémités du monde, ni au delà. Elle est dans le sein du Père. Elle est au milieu des flammes de la Divinité que nul endroit ne peut contenir. Là, dans la blanche lumière que l'éclat de sa blancheur rend inaccessible à nos regards, nous apercevons confusément la magnificence d'une Personne divine. C'est le Père. Il n'a pas été engendré. Il n'est pas une Parole que tout le monde puisse prononcer: car il n'y a personne pour la prononcer ; et d'ailleurs nous l'adorons comme « ineffable.» Il n'est pas un Souffle d'amour divin : car avant lui il n'y avait pas de Personnes dont l'amour mutuel pûf le produire et lui donner naissance ; d'ailleurs nous l'ado-

rons comme « ne procédant pas. » Le Verbe l'exprime, non pas parce qu'il le prononce, mais parce qu'il est prononcé par lui. Le Saint-Esprit est son souffle enflammé, l'aspiration du Père et du Fils, égal à tous les deux, mais sans procession qui émane de sa glorieuse personnalité. Celle Personne divine, le Père, que nous apercevons confusément, est semblable à une source, à une source d'éclatante lumière de laquelle découlent, des eaux incréées. Car cette source n'est pas une source sans eau, et les eaux sont aussi anciennes que la source elle-même. Du Père découle le Fils ; du Père et de son Verbe procède le Saint-Esprit, et tous les trois sont égaux entre eux, coéternels, consubstantiels. Cependant le Père est la première Personne, et pour lui il n'y a ni supériorité ni priorité. Il est la source unique de la Divinité; et c'est en cela que consiste précisément la gloire de la source, que les deux ruisseaux qui en découlent lui sont absolument égaux en tout. Dans son adorable sublimité, il est l'associé inséparable, (et non envoyé), des deux Personnes divines qui ont reçu une mission et qui s'envoient elles-mêmes. C'est lui, c'est Dieu le Père que nous nous représentons sans figure au milieu de ces flammes que nulle place ne renferme. C'est lui que nous distinguons §ans image avec les yeux éclairés de notre foi. C'est lui que nous contemplons sans lumière dans les ténèbres de son éblouissante majesté. C'est lui, avec toute l'étendue de son immensité, que nous renfermons dans les tendresses de notre amour respectueux. C'est lui, dans son ineffable incompréhensibilité, que nous comprenons avec bonheur dans cette connaissance qu'il nous a donnée d'être ses enfants. C'est son sein, abîme d'inépuisable beauté, séjour d'une paix inaltérable, trésor de la béatitude divine, qui est la demeure de l'enfant de Bethléem, et l'unique endroit où il a pris naissance.

La vie dans ce sein paternel n'a pas de commencement. Mais qu'entendons-nous par * ne pas avoir de commencement?» C'est une pensée que nous ne pouvons pas faire pénétrer dans notre

Page 1