‹ Esprit du p. FaberChapitre 83 sur 435 · LIVRE QUATRIÈME. — L INCARNATION · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — L INCARNATION

intelligence, une réalité trop réelle pour être autre chose qu'une simple parole pour des créatures finies comme nous. Il est bon toutefois de nous efforcer d'en atteindre la hauteur et la largeur : car il n'y a pas de repos égal à la fatigue qui résulte des efforts destinés à saisir la pensée de Dieu. C'est dans ce sein qu'est née la Personne divine qui est l'entant de Bethléem, la Personne qui n'a jamais cessé de naître. Jamais le Père n'a existé sans le Fils. De même qu'il n'y a jamais eu un moment où le Fils n'était pas encore né, de même il ne pourra jamais y en avoir où il cessera de naître. C'est dans l'éternité, et non pas dans le temps, que son inexplicable génération se produit. Il procède du Père par voie de génération. Il procède de l'intelligence du Père. Il est l'intelligence que le Père a de lui-même, où plutôt il est produit par elle. Il est l'expression de toutes les perfections du Père. Il n'est pas seulement la ressemblance du Père, parce qu'il est quelque chose de plus. Il lui est consubstantiel. Cependant il n'est pas identique avec le Père, parce qu'il forme une Personne distincte. Le Père se connaît, et, par cette connaissance de lui-même, le Fils naît parmi les splendeurs de la Sainteté incréée, au milieu des ineffables jubilations, de toutes les Perfections divines. Ainsi la génération du Fils n'est pas un mystère accompli et passé. Ce n'est pas un événement produit à une certaine époque bien reculée avant l'existence du temps. Ce qui est éternel doit toujours aller se continuant. Il n'y a que ce qui peut finir qui doit avoir commencé. Nous devrons donc toujours soigneusement nous rappeler à l'esprit que le Fils, égal,- coéternel au Père, est continuellement engendré dans le sein de son Père, en ce moment présent aussi bien que de toute éternité. Il n'y a eu aucun instant où il n'ait été engendré, il n'y en a aucun où il ne le soit, et il n'y a aucun endroit parmi toute l'étendue de l'Omniprésence divine où sa génération éternelle ne se continue sans cesse, tout près comme bien loin de nous, en dehors dans les régions de l'espace, comme dans notre intérieur parmi les

silencieux replis de nos âmes. Cependant nulle part le silence n'est interrompu par cette prodigieuse parole du Père. Le Verbe, présent partout, ne produit même pas une vibration dans l'air lorsqu'il s'échappe avec la puissance irrésistible de la Divinité. Le retentissement de sa toute-puissance n'est pas entendu. Sa lumière qui éclaire toutes choses brille à travers le calme de la nuit, et les ténèbres restent silencieuses et paisibles, comme le plumage de l'oiseau plongé dans le sommeil. Oh ! comment pouvons-nous trouver un lieu de repos lorsque nous avons perdu de vue, lorsque nous ne pouvons plus entendre cette parole du Père ? Voyez comme les esprits angéliques, comme les âmes des bienheureux se pressent en foule jour et nuit pour être témoins de cette éternelle Parole, pour se baigner dans sa lumière béatilique et pour être transportées et ravies par sa spirituelle harmonie ? Telle est la véritable naissance de l'enfant de Bethléem, à jamais plus ancien que la col-' Une sur laquelle est bâtie Bethléem, à jamais plus jeune que la fleur du thym sauvage qui a ouvert ce matin son œil rosé sur la vaste pelouse où reposaient les troupeaux, lorsque les Anges chantaient au plus haut des cieux.

Il est impossible d'exprimer la béatitude de la Vie au-dedans de ce sein du Père. Car, en même temps que le Père prononce à jamais son Verbe éternel, lui et le Verbe produisent, à jamais aussi, par voie d'aspiration, le Saint-Esprit, la Flamme incréée de leur amour mutuel et de leur jubilation sans fin, le Saint- Esprit, Personne distincte du Père et du Fils et cependant le Lien qui les unit, égal à tous les deux, coéternel avec eux, le terme de Dieu, la limite de l'illimitable.

Qui peut penser à un pareil Sanctuaire et ne pas trembler d'un excès d'amour ? Qui peut arrêter ses regards sur Lui dans la prière et ne pas trembler d'un excès de crainte, de peur que nous ne venions à en perdre la vision sans fin ? C'était dans ces profondeurs reculées d'une incalculable éternité que demeurait l'enfant de Bethléem, avant qu'il daignât prendre

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