LIVRE QUATRIÈME. — I.'lNC ARNATIOX
visiblement possession de ia grotte de Bethléem, C'est là que nous devons chercher ces commencements qui n'ont jamais commencé; c'est de là que nous devons dater la généalogie de l'Éternel qui n'a pas d'ancêtres ; c'est à la lumière de ces ténèbres que nous devons examiner Bethléem et Nazareth, l'Egypte et le désert, et que nous devons apprendre les mystères de cette enfance mortelle du Verbe éternel.
Ne pouvons-nous pas voir ce sein du Père dans la profondeur de nos âmes ? Cependant il est beau, il est adorable comme jamais pensée humaine, comme jamais intelligence créée ne pourront se le représenter. Les objets créés ne nous offrent aucun terme de comparaison ; ils ne nous fournissent aucune image ; la poésie de la terre n'est qu'une distraction. Les définitions de la foi seulement nous arrêtent dans notre chute. Cependant, d'une certaine manière, nous voyons ce sein du Père au-dedans de nous-mêmes, et nous sommes libres en sa présence comme on l'est en un sanctuaire domestique. Nous savons qu'il est actuellement en nous avec toute son incommensurable capacité de vie divine , et nous osons à peine respirer, et il semble que nous allons tomber et défaillir devant lui dans les délices et le ravissement de notre amour impuissant.
Qnelle sorte de vie menait le Verbe dans le sein du Père ? C'était une vie en l'absence de toute créature. Il n'existait alors aucune créature sinon dans les desseins et dans les décrets de l'intelligence divine et dans les ressources inépuisables de la divine sagesse. De toute éternité Dieu avait eu la résolution de créer, parce que de toute éternité Dieu était Amour, et que l'Amour réclamait un plus vaste espace, (si nous osons ainsi parler de celui qui se suffit infiniment à lui-même), pour déployer la générosité surabondante de sa justice aussi bien que la prodigieuse fertilité de sa sagesse. C'est la justice manifestée dans la création qui rend celle-ci un mystère si puissant d'amour. Le temps est une création bien ancienne, c'est la plus ancienne
de toutes les créations. Nous considérons les myriades de siècles et d'époques du temps comme un vaste océan qui s'étend à perte de vue et qui disparaît dans les brumes de l'horizon, au moment où les anges furent appelés à l'existence avec les éléments de la création matérielle. Cependant, l'époque la plus reculée voit mourir ses flots sur les rivages du temps, à une distance infinie de la vie sans créatures du Verbe dans le sein du Père. Les âges semblaient devoir nous aider pour arriver à l'intelligence de ce qui n'a pas commencé ; mais ils nous ont trompés, et ils ne font que nous embarrasser davantage. Comment ne nous serait-il pas impossible , à nous créatures qui ne vivons que par la matière et qui ne connaissons que par les images, de décrire une vie sans monde, sans les distinctions du temps, sans espace, sans mouvement, sans fixité, sans comparaison, sans parallèle, sans ressemblance, et presque sans ombre pour la représenter. Dans chacun des vastes départements de la création, dans chacune des immenses époques du temps seulement, se trouvent les parties de l'ombre de cette vie divine destinées à nous guider dans notre description. Cependant toute la création est dans l'ombre, comme un village au pied d'une haute montagne ; mais l'ombre de sommet la dépasse de beaucoup et se projette bien au delà de ses limites.
La félicité de cette vie de Dieu était dans son unité ; mais cette unité, bien différente des unités créées, était exempte de l'imperfection de la solitude. C'était la simplicité d'une vie sans bornes dans la pacifique et ravissante association de trois Personnes distinctes. Il n'y avait pas de hiérarchie parmi les Personnes, de sorte que l'imperfection de la supériorité ne s'attachait pas au Père, pas plus que l'intimité de la subordination au Saint-Esprit ou au Fils. La distinction des Personnes ne faisait que rehausser l'unité de la Divinité, parce que les Personnes étaient égales entre elles comme jamais langue humaine ne pourra le dire.