LIVRE QUATRIÈME. — L'INCARNATION
C'était une vie de complaisance infinie. Dieu se reposait en lui-même. C'était en lui-même que son infinité trouvait sa satisfaction. L'immensité de ses perfections s'étendait devant lui, et il les traversait pour ainsi dire avec son intelligence à jamais bénie. Se connaître infini à l'aide de sa connaissance infinie, c'était pour lui être infiniment heureux.
La vie dans Je sein du Père était aussi une vie d'amour, mais d'un amour qu'il n'est pas permis à notre intelligence limitée de concevoir. L'amour créé est déjà un véritable monde de délices, et dans l'une ou l'autre de ses nombreuses provinces il est le soleil de la vie. Il peut supporter la pression du temps, et ne pas céder. Il peut survivre à tous les torts. Il est plus puissant que la mort. Il peut changer les ténèbres en lumière. Mais qui pourra jamais se faire une idée de l'amour du Père et du Fils ? Qui pourra voir, dans la profondeur de sa propre intelligence, même parmi ces pensées les plus reculées qui sont trop profondes pour pouvoir être exprimées en paroles, comment cet amour procède de l'un et de l'autre? C'est la procession d'un feu incréé ; c'est le roulement des vagues d'un océan incréé, qui, en se répandant en dehors du Père et du Fils, demeurent cependant au dedans du sein de la Divinité. C'est une jubilation enfin que personne n'est destiné à entendre...
(Bethléem, I, pp. 22-33.)