X INTRODUCTION
en carillons. Môme il va jusqu'à décorer sa chambre d'un bouquet de tulipes rouges en l'honneur de celle « qui fut la Mère de l'Infini. » Ce bouquet devait lui porter bonheur.
A mesure qu'il descend au midi de l'Italie, le souffle du catholicisme devient plus chaud et le pénètre davantage. Il marche à pas de géants vers la Vérité et fait en un jour plus de chemin qu'il n'en avait fait jadis en plusieurs années. La vue des monastères italiens est une révélation qui le frappe ; c'est son chemin de Damas. A la vue d'un couvent désert, il pousse ce cri de désolation : « Jadis une voix continuelle, une liturgie du jour et de la nuit, s'élevait de là en présence de Dieu. Mais le fiât d'un empereur autrichien s'est fait entendre, et ces trésors d'intercession ont été perdus pour la terre. » Et il se rappelle la lettre fameuse de Pétrarque aux Chartreux, dont il répète avec conviction les termes les plus ardents : « Mes désirs sont accomplis. J'ai été en Paradis et j'ai vu les anges du Ciel sous la forme d'hommes. » Dieu ! comme cette intelligence avançait ! Dieu ! comme ce cœur battait ! Il faut l'entendre, cet honnête homme, cet homme d'esprit, flageller tous ces touristes protestants qui prennent plaisir à calomnier l'Église romaine : « Ces chercheurs de boue, dit-il, raclent les égouts de l'Europe pour défigurer Rome.» Quant à lui, quoique aveugle, il trouve à Rome le vrai parfum et va droit à lui. La piété italienne le pénètre à son insu ; elle le pénètre et le transfigure. Rien ne paraît au dehors, mais le dedans est déjà tout romain, et l'on va bien le voir. Il ne manque plus guères à cette âme qu'une occasion pour s'écrier : « Je suis catholique ! » et voici que Dieu fait naître l'occasion.