‹ Esprit du p. FaberChapitre 91 sur 435 · L'INCARNATION · texte numérisé non relu

L'INCARNATION

Que de beauté nous révèle le mystère de l'Incarnation ! La plus haute intelligence angélique n'aurait jamais pu le concevoir sans une révélation de la part de Dieu ; et l'Église nous représente les Anges comme sans cesse courbés sur ce mystère et cherchant à le scruter afin de trouver un nouvel aliment

pour leur amour, pour leur sagesse et pour leur adoration dans cet abîme de gloire et de douceur.

L'École tbéologique de Scot enseigne que la seconde personne de la très-sainte Trinité se serait incarnée lors même qu'Adam n'eut pas péché, et que l'Incarnation était déjà impliquée dans le fait seul de la création. Car, si Dieu a formé des créatures pour les élever jusqu'à lui, il devait s'unir à elles de la manière la plus intime possible ; et maintenant que nous la connaissons, cette manière parait être l'union h^postatique, c'est-à-dire l'acte par lequel une personne incréée se revêt d'une nature créée. Les mêmes théologiens soutiennent que l'existence de Jésus et de sa mère était décrétée antérieurement à celles de toutes les autres créatures, dont ils sont la cause et le type : car Jésus est le Premier-né des prédestinés et le Modèle des élus. En admettant cette bypotbèse, Marie serait naturellement venue au monde par une conception immaculée, laquelle cesserait ainsi d'être pour elle une prérogative particulière. Jésus aurait reçu d'elle une bumanité glorieuse et impassible, et il aurait trouvé ses délices parmi les enfants des hommes. Le Péché et la chute d'Adam ont donné plus tard à l'Incarnation le caractère d'un grand remède appliqué à un graud mal ; de là l'humanité passible, les mystères des trente-trois années et toutes les touchantes circonstances de notre rédemption.

L'Ecole de saint Thomas soutient, mais non pas d'un consentement unanime, que si Adam n'eut pas péché, Notre-Seigneur ne se serait pas incarné, et que sa venue était simplement un remède, un excès de la miséricorde de Dieu pour empêcher la ruine complète dont la chute d'Adam eût été autrement la cause inévitable. Suarez s'efforce, mais avec un médiocre succès, de fondre les deux opinions en un seul système.

Sans prononcer entre ces deux écoles de théologie, je puis dire que de puissantes raisons militent en faveur de l'opinion

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