‹ Esprit du p. FaberChapitre 92 sur 435 · LIVRE QUATRIÈME. — L'INCARNATION · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — L'INCARNATION

de Scot. Pour ce qui concerne le pardon du péché, Dieu aurait pu nous en absoudre sans avoir recours à l'Incarnation ; et même tout ce qu'il y a de miséricordieux dans le caractère réparateur de ce mystère apparaît d'une manière plus éclatante quand on l'envisage au point -de vue de Scot. En effet, il semble que le péché, au lieu d'être un obstacle à un si grand bienfait, ne fasse que rendre plus touchant et plus précieux un don que nous n'avions plus le droit d'espérer. Le mystère de la création devient à Ja fois plus intelligible et plus merveilleux quand on se place pour le considérer à ce point de vue de l'Incarnation. La disposition des Décrets divins semble plus régulière et plus en harmonie avec ce que Dieu a daigné nous révéler de lui-même ; et la pieuse opinion que la très-sainte Vierge n'a pas été comprise dans le décret du péché originel, opinion devenue aujourd'hui (Dieu en soit béni !) un article nécessaire de la foi catholique et formulée dans le dogme de l'Immaculée Conception, découle du principe de Scot comme un simple corollaire. Mais soit que nous considérions l'Incarnation comme un mystère double, avec l'École de Scot ; soit qu'avec les Thomistes, nous ne voulions y voir qu'un seul mystère, quel vaste champ s'ouvre devant nous pour une simple contemplation ! L'incomparable sagesse des inventions de la Miséricorde divine, l'élévation de la création jusqu'au Créateur, la profondeur où le Fils de Dieu a dû descendre pour revêtir sa majesté de la plus infinie des natures raisonnables, la manière dont il a accompli la réunion de deux natures dans une seule personne, les inénarrables merveilles d'un Dieu faible, fatigué, insulté, souffrant et mourant: voilà sans doute-des sujets bien dignes d'attirer l'attention des Anges. Et, si ce n'était que la volonté de Dieu est leur volonté, ils seraient tentés de nous porter envie à nous, leurs frères puînés, parce que c'est notre nature humaine et non la leur, si brillante et si élevée, qui est assise pour toujours à la droite du Très-Haut ! {Le Saint Sacrement, I, pp. 63-66.)

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11 y a trois manières d'envisager l'Incarnation, et quelle que soit celle qu'un homme adopte, elle se reflétera sur tout son système de théologie et nous permettra de deviner le parti qu'il embrassera dans une multitude d'autres questions, qui n'ont en apparence aucun rapport avec celle-là. Je vais exposer ces trois opinions, en m'arrètant un peu davantage sur celle que je tiens pour la plus conforme à la vérité, mais néanmoins sans entrer dans une controverse, ni tenir compte des objections. En matière de dévotion, il suffit qu'une opinion repose sur une manière de voir librement admise dans les écoles et que l'autorité n'a jamais censurée.

Le premier point de vue est celui où s'est placé Rairaond Lulle, et qu'ont adopté après lui plusieurs optimistes modernes. En admettant que l'Incarnation n'est pas, dans un sens absolu, nécessaire à Dieu, ce qu'on ne pourrait dire sans impiété, Raimond Lulle, néanmoins, soutient que, la création du monde étant donnée, il fallait que l'Incarnation la suivit ; en d'autres termes, Dieu ne pouvait pas décréter la création, sans en même temps décréter l'Incarnation, parce qu'il était tenu de décréter la meilleure et la plus parfaite espèce de création, laquelle suppose l'union d'une nature créée avec une personne incréée. Malebranche, dans son système de la nature et de la grâce, se place à un point de vue analogue, par suite de son désir ardent de se débarrasser de ce qu'il appelle les volontés occasionnelles de Dieu, et il déclare que la Création forme, dans un certain sens, un tout indivisible avec le Verbe incarné. En bien des cas, cette hypothèse a quelque chose de séduisant et qui nous tente ; mais elle prête le flanc à des objections qui, sans mériter les expressions outrées dont se sert Fénelon. sont néanmoins fatales à son crédit. Elle doit être regardée cemme exprimant simplement l'admiration et le ravissement de l'âme à la vue des liens merveilleux et de la délicieuse harmonie qui existent entre l'Incarnation et la Création. Rien n'est plus aisé en théologie que de confondre la convenance avec la né-

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