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voir manquée est de ne la plus retrouve;' % et l'usage que nous ers faisons nous laisse un sentiment éternel de contentement ou de repentir.
L'ingratitude seroit dIus rare , si le? bien-
faits à usure étoient moins communs. On aime ce qui nous fait du bien ; c'est un * sentiment si naturel ! L'ingratitude n'est pas dans le eosur de l'homme ; mais l'intérêt y est : il y a moins d'obligés ingrats , que de bienfaiteurs intéressés. Si vous me vendez vos dons , ]e anarchanderai sur le prix ; mais si vous feignez de donner , pour vendre ensuite à votre mot , vous usez de fraude : c'est d'être gratuits qui les rend inestimables. Le coeur ne reçoit de lois que de lui-même ; en voulant l'enchaîner on le degaae ,* or* l'enchaîne en le laissant libre.
Quand le pécheur amorce l'eau , le poisson vient , et reste autour de lui , sans déiiance ; mais quand , pris à l'haolpçoti cacné sous l'appas > il sent rétirer la ligne-,
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il tache de fuir. Le pêcheur est- il le bienfaiteur ? le poisson est- il l'ingrat? Voit-on jamais qu'un homme oublié par son bienfaiteur l'oublie ? Au contraire , il en parle toujours avec plaisir ; il n'y songe point sans attendrissement. S'il trouve occasion de lui montrer , par quelque service inattendu , qu'il se ressouvient des siens , avec quel contentement intérieur il satisfait alors sa gratitude ! Avec quelle douce joie il se fait reconnoîcre ! Avec quel transport il lui dit : mon tour est venu ! Voilà vraiment la voix de la nature : jamais un vrai bienfait ne fît d'ingrat.
La reconnoissance est bien un devoir qu'il faut rendre , mais non pas un droit qu'on puisse exiger. j
Qui est-ce qui ne fait pas du bien ?
Tout le monde en fait , le méchant comme *es autres ; il fait un heureux aux dépens de cent misérables , et de-là viennent toutes cos calamités. Ainsi le précepte de faire du"' fc.en seroit luiuaême dangereux, faux , con- Tomc /, g v
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tradictoire , s'il n'étoit pas subordonné au plus important de tous , qui est de ne jamais faire de mal à personne. Celui-ci est sans doute plus sublime , mais il est aussi plus difficile à pratiquer ; et il en est de même de toutes les vertus négatives , parce qu'elles sont sans ostentation , et au-dessus même de ce plaisir si doux au cœur de l'homme , de renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nécessairement à ses semblables celui d'entr'eux , s'il en est un», qui ne leur fait jamais de mal ! De quelle intrépidité d'ame , de quelle vigueur de caractère il a besoin pour cela ï Ce n'est pas en raisonnant sur cette maxime , c'est en tâchant de la pratiquer , qu'on sent combien il est grand et pénible d'y réussir.
Il n'y a que l'exercice continuel de la bienfaisance , qui garantisse les meilleurs cœurs de la contagion des ambitieux : un tendre intérêt aux malheurs d'autrui sert à mieux en trouver la 30urce , et à s'éloigner
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en tout sens des vices qui les ont produits. S'il est des bénédictions humaines que Je ciel daigne exaucer , ce ne sont point celles qu'arrachent la flatterie et la bassesse en présence des gens qu'on loue ; niais celles que dicte en secret un cœur «impie et reconnoissant. Voilà l'encens qui plaît aux âmes bienfaisantes.
Un homme bienfaisant satisfait mal son penchant au milieu des villes , où il ne trouve presque à exercer son zèle que pour des intrigans ou pour des frippons.
Il ne seroit pas plus aisé à une ame sensible et bienfaisante d'eue heureuse en voyant des misérables, qu'à l'homme droit de conserver sa vertu toujours pure , en vivant £ans cesse au milieu des médians» Une ame de ce caractère n'a point cette pitié barbare , qui se contente de détourner les yeux des maux qu'elle pourroi: soulager ; elle ies va chercher pour les guérir. C'est l'existence et non la vue des malheureux qui h tourmente : il ne lui suSit
G Vj
pas de ne point savoir qu'il y en a ; n faut ., pour son repos , qu'elle sache qu'il 31'y en a pas , du moins autour d'elle : car ce seroit sortir des termes de la raison , que de faire dépendre son bonheur
t de celui de tous les hommes.
Nul honnête homme ne peut jamais se vanter d'avoir du loisir , tant qu'il y aura du bien à faire > une patrie à servir , des
malheureux à soulager.
Les premiers besoins , ou du moins les plus sensibles , sont ceux à'un cœur bienfaisant ; et tant que quelqu'un manque du nécessaire , quel honnête homme a du
^superflu ?
Ce n'est pas d'argent seulement qu'ont besoin les infortunés : et il n'y a que les paresseux de bien faire , qui ne sachent
.faire du bien que la bourse à la main. Les consolations , les conseils , les soins , les amis , la protection , sont autant de ressources que la commisération laisse au dyi«uK des richesses , pour le soulageœew
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de l'indigent. Souvent les opprimés ne le sont , que parce qu'ils manquent d'organe pour faire entendre leurs plaintes ; il ne s'agit quelquefois que d'un mot qu'ils ne peuvent dire , d'une raison qu'ils ne savent point exposer , de la porte d'un grand qu'ils ne neuven.t franchir. L'intrépide appui de la vertu désintéressée suffit pour lever une infinité d'obstacles ; et l'éloquence d'un homme de bien peut effrayer la tyrannie au milieu de toute sa puissance. Si vous voulez donc être homme en effet , apprenez à redescendre. L'humanité coule comme une eau pure et salutaire , et va fertiliser les lieux bas ; elle cherche toujours le niveau , elle laisse à sec ces roches arides qui menacent la campagne , et ne donnent qu'une ombre nuisible ou des éclats pour écraser leurs voisins.
Il n'y a que les infortunés qui sentent îe prix des âmes bienfaisantes.
Sans savoir ce que les pauvres sont a l'état, £i\s lui s$nt plus çnéreux que, tant d'autres
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professions qu'on encourage et qu'on tolère ,' je sais qu'ils sont tous mes frères , et que je ne puis , sans une inexcusable dureté , leur | refuser le foible secours qu'ils me demandent. La plupart sont des vagabonds , j'en conviens ; mais je connois trop les peines de la vie , pour ignorer par combien de malheurs un honnête homme peut se trouver réduit à leur sort ; et comment puis-je être sur que l'inconnu qui vient implorer au nom de Dieu mon assistance , et mendier un pauvre morceau de pain , n'est pas , peutêtre , cet honnête homme prêt à périr de misère , et que mon refus va réduire au désespoir r Quand l'aumône qu'on leur donne ne seroit pas poor eux un secours réel , c'est au moins un témoignage qu'on prend part à leur peine , un adoucissement à la dureté du refus , une sorte de salutation qu'on leur rend. Une petite mcnnoie , un morceau de pain ne coûtent guères plus à donner , et sont une réponse plus honnête qu'un Dieu vous assiste. Comme si les dons
Diverses. oç
3e Dieu n'étoient pas dans la main des hommes , et qu'il eût d'autres greniers sur la terre , que les magasins des riches. Enfin ,^ quoi qu'on puisse penser de ces infortunés ; si l'on ne doit rien au gueux qui mendie , au moins se doit- on à soi-même de rendre honneur à l'humanité souffrante ou à son image , et de ne point s'endurcir le cœur à l'aspect de ses misères.
Il ne faut pas encourager les pauvres à se faire mendians ; mais quand une fois ils le sont , il faut les nourrir , de paur qu'ils ne se fassent voleurs. Un liard est bien-tôt demandé et refusé ; mais vingt liards auroient payé le souper d'un pauvre , que vingt refus peuvent impatienter. Qui est-ce qui voudroit jamais refuser une si légère aumône , s'il songeoit qu'elle peut sauver deux hommes , l'un d'un crime , l'autre de la mort ? *
J'ai lu quelque part que les mendians sont une vermine qui s'attache aux riches. Il est naturel en effet que les en-
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fans s'attachent aux pères : mais ces pè«
tes opulens et durs les méconnaissent J
et laissent aux pauvres le soin de les)
nourrir.
JL-
De L' A m 1 t 1 É.
Es âmes humaines veulent être accouplées pour valoir tout leur prix ; et la force unie des amis , comme celle des lames d'un aiman artificiel , est incomparablement plus grande , que la somme de leurs forces particulières. Divine amitié , c'est- là ton triomphe !
Rien n'a tant de poids sur le cœur humain , que la voix de l'amitié bien reconnue ", car on sait qu'elle ne nous parle jamais que pour notre intérêt. On peut croire qu'un ami se trompe ; mais non qu'il veuille nous tromper : quelquefois on résiste à ses conseils ; mais jamais on ne les méprise.
Il est des amitiés circonspectes qui , craignant de se compromettre, refusent des
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Conseils dans ]es occasions difficiles , et dont la réserve augmente avec îe péril des. amis ; mais une amitié vraie ne connoît point ces timides précautions.
Les consolations indiscrettes ne font qu'aigrir les violentes afflictions. L'indifférence et la froideur trouvent aisément des paroles ; mais la tmteï-se et le silence sont alors le vrai lanpaee de l'amitié.
La communication des cœurs imprime à la tristesse je ne sais quoi de doux et de touchant , que n'a pas îe contentement ; et l'amitié a été spécialement donnée aux malheureux , pour le soulagement de leurs maux et la consolation de leurs peines.
On n'a besoin que de soi pour réprimer ses penchans ; on a quelquefois besoin d'autrui pour discerner ceux qu'il est permis. de suivre ; et c'est à quoi sert l'amitié d'un homme sage , qui voit pour nous , sous un autre point de vue » les objets que nous avorte intérêt de bien connoître.
Quelle chaleur la voix d'un ami ne doa^
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ne- t-elle pas au raisonnement d'un sage f
La conversation des amis ne tarit jamais , dit-on. Si cela est vrai , ce n'est que dans les attachemens médiocres, auxquels la langue fournit en effet un babil facile. Mais i l'amitié , l'amitié 1 sentiment vit et céleste î quels discours sont dignes de toi ? Quelle langue ose être ton interprète ? Jamais ce qu'on dit à son ami peut il valoir ce qu'on sent à ses côtés ? Mon Dieu ! qu'une main serrée , qu'un regard animé , qu'une étreinte contre la poitrine , que le soupir qui la suit , disent de choses ! Et que le premier mot qu'on prononce est froid après tout cela î
Les amis ont besoin d'être sans témoin pour pouvoir ne se rien dire à leur aise. On veut être recueilli , pour ainsi dire , l'un clans l'autre ; les moindres distractions sont désolantes , la moindre contrainte est insupportable. Si quelquefois le cœur porte un mot à la bouche , il est si doux de pouvoir le prononcer sans gêne l II semble
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'on n'ose penser librement ce qu'on )se dire de même : il semble que la ssence d'un seul étranger retienne le itiment , et comprime des âmes qui ntendroient si bien sans lui.
Les épanchemens de l'amitié se retiennt devant un témoin quel qu'il soit, y a mille secrets que trois amis doivent voir , et qu'ils ne peuvent se dire que ux à deux.
Tout le charme de la société qui règne itre de vrais amis , consiste dans cette uverture de cœur qui met en commun jus les sentimens , toutes les pensées , t qui fait que chacun se sentant tel qu'il oit être , se montre à tous tel qu'il est. upposez un moment quelque intrigue scrette , quelque liaison qu'il faille caaer , quelque raison de réserve et de mysïre, à l'instant tout le plaisir de se voir s'éanouit ; on est contraint l'un devant i'aure ; on cherche à se dérober ; quand on se rassemble on voudroit se fuir : ia cir-
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conspecîion , la bienséance amènent la dé fiance et le dégoût. Le moyen d'aimer long temps ce qu'on craint ?
L'attachement peut se passer de retour jamais l'amitié. Elle est un échange , uij contrat comme les autres ; mais elle est kj plus saint de tous. Le mot d'ami n'a poini d'autre corrélatif que lui-même. Tout homme qui n'est pas l'ami de son ami , est trèssûrement un fourbe ; car ce n'est qu'en ren dant ou feignant de rendre l'amitié , qu'o peut l'obtenir.
On peut repousser des coups portés par des mains ennemies ; mais quand on voit) parmi les assassins son ami le poignard à la main , il ne reste qu'à s'envelopper la tête
Dans une société très- intime , les styles se rapprochent ainsi que les caractères ; les amis , confondant leurs âmes , confondent aussi leurs manières de penser , de senr tir et de dire.
Le progrès de l'amitié est plus naturel qu'il ne semble s il a sa raison dans la si-
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atîon des amis ainsi que dans leurs caracres. A mesure qu'on avance en âge , tous s sentimens se concentrent ; on perd tous s jours quelque chose de ce qui nous fut 1er ; et l'on ne le remplace plus. On meurt nsi par degrés , jusqu'à ce que n'aimant îrln que soi-même, on ait ce-sé de sear et de vivre avant de cesser d'exister, lais un cœur sensible se défend de touîe sa wce contre cette mort anticipée ; quand ; froid commence aux extrémités , il rasîmble autour de lui toute sa chaleur najrelle : plus il perd , plus il s'attache à ce ui lui reste ; et il tient , pour ainsi dire , au ernier objet par les liens de tous les autres. Un riche , un grand n'a de véritable uni , que celui qui n'est pas la dupe des ipparences , et qui le plaint plus qu'il ne envie , malgré sa prospérité.
La cause qui fait cesser d'aimer peut être n vice ; celle qui change un tendre amour en une amitié non moins vive , ne sauroit être équivoque j c'est le vrai triomphe dg la yertu,
loi Maximes
Des Passions.
JU A source de toutes les passions est îi sensibilité ; l'imagination détermine leul pente , et ce sont les erreurs de l'imagina tîon qui transforment en vices les passion! de tous les êtres bornés , même des Anges s'ils en ont : car il faudroit qu'ils connussen la nature de tous les êtres, pour savoir quel rapports conviennent le mieux à la leut! Toute la sagesse humaine , dans l'usage de passions , consiste donc , d'abord à senti les vrais rapports de l'homme , tant dani l'espèce que dans l'individu ; ensuite à or^ donner toutes les affections de Tarne selor! ces rapports.
L'entendement humain doit beaucou] aux passions , qui , d'un commun aveu lui doivent beaucoup aussi : c'est par leui activité que notre raison se perfectionne nous ne cherchons à connoître , que p?.rc< $ue nous désirons de jouir* Les passions , l
Diverses. ïôj'
leur tour, tirent leur origine de nos besoins, et leurs progrès de nos connoissances.
Toutes les grandes passions se forment |dans la solitude ; on n'en a point de sem-, jblables dans le monde , où nul objet n'a le | temps de faire une profonde impression , et loù la multitude des goûts énerve le senti-j | ment.
C'est une erreur de distinguer les passions ;ct permises et défendues , pour se livrer laux premières , et se refuser aux autres» (Toutes sont bonnes quand on en reste le i maître ; toutes sont mauvaises quand on s'y laisse assujettir. Ce qui nous est défendu par la nature , c'est d'étendre nos attachemens plus loin que nos forces ; ce qui nous est défendu par la raison , c'est de vouloir ce que nous ne pouvons obtenir ; ce • qui nous est défendu par la conscience , n'est pas d'être tentés , mais de nous laisser vaincre aux tentations. îl ne dépend pas de nous d'avoir ou de n'avoir pas des passions ; mais il dépend de nous de régner sur eues»
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Tous les sentimens que nous dominons sotst légitimes ; fous ceux qui nous dominent con: criminels. Un homme n'est pas coupable d'aimer la femme d'autrui , s'il tient cette malheureuse passion asservie à la loi du devoir ; il est coupable d'aimer sa propre femme , au point d'immoler tout à cet amour.
Les passions les plus à craindre ne sont pas celles qui , en nous faisant une guerre ouverte , nous avertissent de nous mettre en défense ; qui nous laissent , quoi qu'elles fassent , la conscience de tomes nos fautes , et auxquelles on ne cède jamais , qu'autant qu'on leur veut céder.
Il faut plutôt redouter celles dont l'illusion trompe au lieu de contraindre , et nous fait faire , sans le savoir , autre chose que ce que nous voulons.
Comment réprimer la passion m£rne la plus foible , quand elle est sans contrepoids ? Voilà l'inconvénient des caractères fro'ds et tranquilles. Tout va
bien
Diverses. toç
bien tant que leur froideur les garantit des tentations ; mais s'il en survient une qui les atteigne , ils sont aussi-tôt vaincus qu'attaqués ; et la raison , qui gouverne tandis qu'elle est seule , n'a jamais de force pour résister au moindre effort.
On n'a de prise sur les passions f que par les passions. C'est par leur empire qu'il faut combattre leur tyrannie ; et c'est toujours de la nature elle-même 9 qu'il faut tirer les instrumens propres à la régler.
Il n'y a que des âmes de feu, qui
sachent combattre et vaincre. Tous les
' grands efforts , toutes les actions sublimes
j sont leur ouvrage ; la froide raison n'a
jamais rien fait d'illustre ; et l'on ne
| triomphe de ses passions , qu'en les op-
i posant l'une à l'autre. Quand celle de
'la vertu vient à s'élever, elle domine
i seule et tient tout en équilibre. Voilà
comment se forme le vrai sage , qui
l n'est pas plus qu'un autre à l'abri des