Tome h tv
3o5 Maximes
vertu , vice , honneur , infamie , vérité ^ mensonge , tout peut tirer son être de l'événement d'un combat ; une salle d'armes est le siège de toute justice : il n'y a «l'autre droit que la force , d'autre raison que le meurtre : toute la réparation due à ceux qu'on outrage est de les tuer , et toute offense est également bien lavée dans le sang; de l'offenseur ou de l'offensé. Dites ; si les loups savoient raisonner, auroient ils d'autres maximes?
Vit-on un seul appel sur la terre quand elle étoit couverte de héros ? Les plus vaillans hommes de l'antiquité songèrentils jamais à venger leurs injures personnelles par des combats particuliers? César envoya-t il un cartel à Caton, ou Pompée à César, pourtant d'affronts réciproques ? et le plus grand capitaine de la Grèce fut- il déshonoré pour s'être laissé menacer du bâton? D'autres temps , d'autres mœurs; je le sais ; mais n'y en a-t-il que de bon-
iifîb ? et rVoseroieiu - on s'enquérir si les
Diverses. 307
raseurs d'un temps sont celles qu'exige le solide honneur ? non , cet honneur n'est point variable; il ne dépend ni des temps, ni des lieux , ni des préjugés ; il ne peut ni passer , ni renaître ; il a sa source éternelle dans le cœur de l'homme juste et dans la règle inaltérable de ses devoirs. Si les peuples les plus éclairés , les plus braves, les plus vertueux de la terre, n'ont point connu le duel , je dis qu'il n'est pas une institution de l'honneur , mais une mode affreuse et barbare * digne de sa féroce origine. Reste à savoir si , quand il s'agit de sa vie ou de celle d'auirui , l'honnête homme se règle sur la mode , et s'il n'y a pas alors plus de vrai courage à la ijraver qu'à la suivre ? Que feroit , à votre avis , celui qui s'y veut asservir , d-ans les lieux ou règne un usage contraire ï A Messine ou à Naples , il iroit attendre son homme au coin d'une rue et le poignarder par derrière : cela s'apelle être brave en ce pays-ià; et l'honneur n'y cciisis;e pas