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^cS Maximes
k s'y faire tuer par sou ennemi , mais à
Je tuer lui r ême.
Rentrez en vous-même , et considérez s'il vous est permis d'attaquer , de propos délibéré, la vie d'un homme, et d'exposer Ja vôtre pour satisfaire uns barbare et dan*gereuse fantaisie , qui n'a nul fondement raisonnable ? et si le triste souvenir du sang v rse dans une pareille occasion , peut cesser de crier vengeance au fond du cœur de celui qui l'a fait couler ? Connoissez-vous aucun crime égal à l'homicide volontaire ? Et si la b-jse de toutes les vertus est l'humanité , que panserons-nous de l'homme sanguinaire et dépravé , qui l'ose attaquer dans la vie de son semblable ? Souvenezvous que le citoyen doit sa vie à sa patrie , et n'a pas le droit d'en disposer sans le çon?é des loix ; a pîas forte raison contre leur défense.
Mais quelle espèce de mérite peut- on $onc trouver à braver la mort pour com-
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Diverses. 309 qu'en refusant de se battre on se fait mépriser et de qui encore ? des gens
oisifs , des méchans , qui cherchent à s'amuser des malheurs d'autrui ; voilà vraiment un grand motif pour s'entr'égorger \ quel mépris est donc le plus à craïndfe , celui des autres en faisant bien , ou le sien propre en faisant mal ? Croyez moi; celui qui s'estime véritablement lui-même , est peu sensible à "injuste mépris d'autrui , et ne craint que d'en erre digae : car le bon et l'honnête ne dépendent point du jugement des hommes , mais de la nature des choses ; et quand tout le monde approuveroit votre prétendue bravoure , elle n'en seroit pas moins honteuse. Il est faux d'ailleurs qu'à s'abstenir d'un duel par vertu , l'on se fasse mépriser. L'homme droit , dont toute la vie est sans tache , et qui ne donna jamais aucun signe de lâcheté , refusera de souiller sa main d'un homicide , et n'en sera que plus honoré. Toujours prit à servir U patrie ? à protéger le foibl« ,
îio Maximes
à remplir les devoirs les plus dangereux , lï et à défendre , en toute rencontre juste et honnête, ce qui lui est cher, au prix de son sans . il met dans ses démarches cette inébranlable fermeté qu'on n'a point sans le vrai courage. Dans la sécurité de sa conscience, il marche la tête levée; il ne fuit ni ne cherche son ennemi. On voit aisément qu'il craint moins de mourir que de mal faire ; et qu'il redoute le crime , et non le péril. Si les vils préjugés s'élèvent un instant contre lui , tous les jours de son honorable vie sont autant de témoins qui les récusent ; et , dans une conduite si bien liée , on ju^e d'une action sur toutes les autres.
Savez -vous ce qui rend cette modération si pénible à un homme ordinaire ?
C'est la difficulté de la soutenir dignement ; c'est la nécessité de ne commettre ensuite aucune action blâmable : car si la crainte de mal faire ne le retient pas dans ce dernier cas, pourquoi l'auroit-elle retenu dans
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Vautre , ou l'on peut supposer un motif plus naturel ? On voit bien alors que ce refus ne vient pas de la vertu , mais de lâcheté ; et l'on se moque , avec raison , d'un scrupule qui ne vient que dans le péril. N'avez-vous point remarqué que les hommes si ombrageux et si prompts à provoquer les autres , sont , pour la plupart , de très- malhonnêtes gens, qui , de peur qu'on n'ose leur montrer ouvertement le mépris qu'on a pour eux , s'efforcent de couvrir de quelques affaires d'honneur l'infamie de leur vie entière : Sont-ce-!à des hommes à imiter ? Mettons encore à part les militaires de profession , qui vendent leur sang à prix d'argent ; qui , voulant conserver leur place , calculent par leur intérêt ce qu'ils doivent à leur honneur, et savent , à un ésu près , ce que vaut leur vie.
Laissez se battre tous ces gens-là. Rien n'est moins honorable que cet honneur dont ils font si §rand bruit \ ce n'est qu'une
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mode insensée , une fausse imitation ds vertu, qui se pare des plus grands crimes. L'honneur d'un homme qui pense noblement , n'est point au pouvoir d'un autre ; il est en lui même , et non dans l'opinion du peuple : il ne se défend ni par l'épée , ni par le bouclier , mais par une vie intègre et irréprochable ; et ce combat vaut bien l'autre en fait de courage. En un mot , l'homme de courage dédaigne 1© duel , et l'homme de bien l'abhorre.
Je regarde les duels comme le dernier degré de brutalisé où les hommes puissent parvenir. Celui oui va se battre de saieté de cœur n'est, à mes yens , qu'une bete féroce , qui s'efforce d'en déchirer une autre ; et s'il reste le moindre sentiment naturel dans leur ame , je trouve celui qui périt moins à plaindre que !e vainqueur. Voyez ces hommes accoutumés au sang ; ils ne bravent les remords , qu'en étouffant la voix de la nature ; ils deviennent , par degrés, cruels çt ixjieasibiss \ ils $5 jouetu
èe la vie des autres ; et la punition d'avoir pu manquer d'humanité , est de la perdre enfin tout- à - fait. Que sont - ils dans çeç état ?
Du Suicide.