‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 26 sur 107 · LA THÉORIE DE RAMEAU · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DE RAMEAU

à celle élernolle a naluve », celle enlilé donl le nom seul au xviii'' siècle cou vrai l loules les hardiesses.

Quelle est maintenant la portée de ce principe ? Tout d'abord il n'était que le « principe de l'harmonie », c'est-ci-dire à la fois de la consonance, de la dissonance et de renchaînement de la basse fondamentale; mais comme il l'est aussi de la mélodie, qui dérive de l'harmonie, on peut dire qu'il est le principe unique de toute la musique (M.

Ce n'est pas encore assez : dans la Gi'w'rahon, le même principe explique l'origine de la parenté des deux modes majeur et mineur, que le '/'raih', par hostilité pour le dualisme de Zarlino, avait laissée dans l'ombre; celle des tons, ramenée aussi <à la communaulé d'iin plus ou moins gi'atid nombre d'harmoni(jues; et même les c moindres intervalles », qui peuvent donner naissance aux divers <■ genres », bizarres en apparence, des Anciens (*).

La Démonstralion étend encore sa portée de la composition de la musique à la « fabricpie » des instruments, et même à l'invention de nouveaux instruments; surtout k l'amélioration des voix, par la beauté du son et sa llexibilité dans les tremblements et roulements, en grande vogue dans cet âge « préclassique » ; à la formation de l'oreille et la réformation des mauvaises habitudes. Eu ellet les capacités musicales dépendent pour ainsi dire tout entières de notre capacité de sentir les eflets du principe, c'est-àdire avant tout de dilFérencier « trois choses très distinguées dans la nature, indépendantes de mon organe, et très sensiblement différentes pour elle : du bruit, des sons fondamentaux et des sons harmoniques » (').

Dès lors l'ambilion de Rameau ne connaît plus de bornes : il rêve d'étendre son principe hors du domaine musical « à tous les arts du goût, qui ont les sens pour juge, et pour règle les proportions » ; en lin » à toutes les sciences soumises au calcul » (*).

Helmhollz, plus sobrement et avec plus de grandeur, tirera son « principe naturel » d'une loi universelle de toutes les vibrations, c'esl-à-dire d'une loi de la mécani([ue : le principe de Fourier.

Dégageons enfin la signification de ce « principe » dans l'histoire. Rameau l'a u)arquée lui-même avec une profondeur digne

') Traité, passiin ; v. Génér., chap. XVII, p. 162 el s.; Registres Acad. Se. Paris, Extrait, 10 déc. 1749, p. xliv et s. (2) Génér., Préf.; chap. V, XllI; Uém., p. 63, elc. v') Déin., p. 13; v. 14, 15; Préf., p. xxii. (') Nouvelles réflexions de M. Rameau, 1752, Préf. ; Observations, 1754, Préf.,

p. XV.

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de ce grand esprit : c'est un passage du malhématiijue au physique. « C'est dans la Musique que la nature semble nous assigner le principe Phisique de ces premières notions purement Matliématiques sur lesquelles roulent toutes les sciences; je veux dire, les proportions Harmonique, Arithmétique et Géométrique » ('). Ces deux sortes de notions, l'une abstraite, l'autre plus concrète, sont intimement liées et inséparables : « La musique est une science Phisico-mathémalique ; le Son en est l'objet Phisique, et les rapports trouvés entre différens Sons en sont l'objet Mathématique ». « Le Son, comme notre objet Phisique doit toujours être réputé triple de sa nature, dans Tordre de la proportion Harmonique l. --. — ... Quant à l'objet Mathématique..., on peut le tourner de toutes les façons, le combiner, le renverser, supposer les parties du tout détachées les unes des autres, les supposer successives; les comparer entre elles, etc., pour en faire usage selon les cas. Cet objet Mathématique... prend sa source dans la proportion harmonique » (*).

Ainsi de ces deux notions celle qui fonde l'autre, c'est la plus concrète, dont la seconde n'est qu'un extrait. Se basant sur la première seule, on tomberait dans l'erreur de toutes les théories anciennes qui prennent « l'inconnu pour principe du connu, le produit pour le générateur » ; qui admettent pour base « non pas simplement une seconde conséquence; mais seulement une des combinaisons de cette seconde conséquence, en un mot du Système Diatonique tiré de la succession fondamentale par quintes successives, qui, de son coté, prend sa source dans la résonance d'un Corps sonore ». Voilà le malheur de la théorie de la musique : « Le Phisicien mal informé des Lois de la nature, s'y est précipité comme Géomètre, dans des calculs où il s'est perdu » (').

11 n'y a rien à reprendre à celte conception si lucide d'un « principe naturel »; il n'y a qu'à la compléter. Armés des données de la science moderne, qui a créé, depuis le siècle de Rameau, et la psychologie et la sociologie, nous devrons dire, pour être conséquents avec sa méthode, non plus simplement : la musique est

>' Dém., Préf., p. vi. — » Dans les sciences physico-malhémaliques, telles que la musique, les démonslralions doivent bien être géomélriques, mais déduites physiquement de la chose démontrée » (J.-J. tiousseau, fJicL, art. Système).

;-) Génér., p. 30, 31.

;») Génér., p. 39; p. 217; p. 39. — V. ib., p. 47; Observ , p. 20. Cependant Rameau, dans ses derniers ouvrages, pour e.xpliquer plus aisément le mode mineur et surtout le détail des dissonances, est trop souvent revenu à « prendre les propriétés des nombres pour celles des sons » (Rousseau, Dicl , art. Dissonance).

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