‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 37 sur 107 · LES LOIS DE LA FUSION DES SONS · texte numérisé non relu

LES LOIS DE LA FUSION DES SONS

Slumpf considère que loules les dissonances et même les intervalles non musicaux sont du même degré. Cependant, il a cherché h pousser plus loin la distinction pour se rapprocher de la pratique musicale : les groupes septénaires, comme -i/7 (ou la « septième naturelle ») et o/l (ou, à peu de chose près, le triton) forment par leur degré de fusion un intermédiaire naturel entre les consonances et les dissonances proprement dites. C'est un fait que la pratique musicale actuelle n'a pas encore songé à utiliser ('). Toutes les dissonances viennent ensuite ensemble; à peine peut-on mettre les septièmes avant les secondes ('). Les intervalles non musicaux en lin sont au même rang; la fusion ne permet pas de distinguer autrement entre eux; ce sont des *< critères accessoires » qui interviennent à cet elfet chez le musicien.

De la consonance on passe à la dissonance par degrés à peu près continus. Mais on constate facilement que la dislance qui sépare chaque degré croît avec le degré de la fusion elle-même (').

Il faut noter que les non-musiciens et surtout les enfants ont une tendance à interpréter un manque de fusion plus manifeste comme une plus grande multiplicité de sons : aussi les enfants non -musiciens, qui n'entendent souvent qu'un son pour l'octave, en entendent-ils facilement trois pour la tierce; ils en imaginent même jusqu'à cinq au lieu de deux (*).

fadeurs accessoires tout autres que la fusion. De là la sensibiliLo présentée parfois à ces différences par des non-musiciens, insensibles par conlre à des dissonances très fortes (Z. P. P. S-0., ib., p. 104, 191, 193; Tonps., II. p. 155 et s., 168 et s.; Beltr., II, p. 4, 161).

(') Il est très remarquable que Gaudence (date incertaine, entre les u*^ et iv» s.) classe le triton avec le diton ou tierce majeure parmi les « paraphonies » ou demiconsonances; c'était évidemment une nouvc-aulé (ciat'vîxa'., Miisici, p. 337-8). Jan, Gevaert, etc., se bornent à considérer le passage comme isolé et e.xceptionnel ; on n'a aucune raison d'en suspecter rauthenlicité. On peut aller plus loin : pour appeler la tierce une demi-consonance, il a fallu que Gaudence la mesurât non par le rapport pythagoricien exagéré 64/80, mais par le rapport simple le plus voisin 4/5; et de même le triton, par 5/7 et non par 32/45, rapport presque équivalent mais plus complexe, et intervalle dur; tandis que 5/7 donne, par les sons résultants 3 et 2, l'accord sol si ré fa* (avec septième naturelle) qui est presque consonant; d'autre part, tous les observateurs le reconnaissent pour un triton. Comme degré de fusion, 4/7 et 5/7 sont parfaitement « paraphones » (Stumpf, Gesc/iiclile des Consonanzhe{jvi//'es, Abhandl. Kônigl. Bayerischen Akad. Wissensch., 1897, Municb, 1901, XXI, p. 68 et s.; lieil)-., I, p. 5). La Tonps. (II, p. 135. 15 i, 177) n'attribue pas un caractère aussi consonant aux groupes septénaires.

(*) Faist et Meinong arrivent sensiblement au même résultat (Beitr., II, p. 7).

(^) Tonps., II, p. 174.

(«; 76., p. 371 s., Beilr., I, p. 37.

132 LA PSYCUO-PUYSIOLOGIE MUSICALE

Parmi ces données expérimentales un certain nombre de faits généraux peuvent être nommés les lois de la fusion. Stumpf en énumère huit.

— Les degrés de fusion dépendent des rapports des nombres de vibrations sonores. C'est la loi fondamentale; mais à préciser cette dépendance on retomberait dans toutes les difficultés des théories abstraites, comme celle d"Euler. Aussi n'est-ce qu'une loi approchée, un simple « fil conducteur » (').

— Le degré de fusion est indépendant de la hauteur absolue des sons considérés. C'est l'un des points sur lesquels la théorie d'IIelmholtz, basée sur les battements, va le plus contre les faits (').

— Il est indépendant de l'intensité, toutes choses égales d'ailleurs; aussi bien de l'intensité absolue, ce qui est naturel, que de l'intensité relative des deux sons (^).

— La fusion de deux sons donnés n'est pas influencée par l'addition d'un troisième son. Cette loi comporte deux sortes d'applications, fort importantes pour la pratique comme pour la théorie : l'une, relative aux accords de plus de deux sons(*);

(') Elle se vérifie pourlanl assez bien, nous l'avons vu, pour le Irllon (V. Stumpf, Seiieies ûber Tonverschmelziinrj, Beitr., II, p. 8, 9; A. Faist, Versuclte, l. c, p. 122;. Mais les différences de hauteur qui existent entre les perceptions du même son par chacune des oreilles, et qui peuvent s'exagérer jusqu'à la diplacousie, permettent de n'y voir pas une loi rigoureuse Tonps.. II, p. 138, n. 1).

(-) Celle loi s'applique, vers le grave, jusqu'à la limite où les hauleurs ne sont plus appréciables; vers l'aigu, la fusion diminue dès la septième octave, c'est-àdire bien avant celte limite (76., p. 136).

v'j Ib. A. Faist a cru pouvoir conclure que la fusion croît quand les intensités de deux sons décroissent, tout en gardant entre elles le même rapport; qu'elle esl plus grande quand c'est le son le plus bas qui est le plus intense; plus petite quand c'est le plus aigu [Versuche, l. c, p. 126). Cette correction est erronée; la fusion ne varie pas sensiblement, jusqu'au point où le son faible cesse d'être perçu. Seulement d'autres facteurs, comme l'agrément, varient avec l'inlensilé, et il vaut mieux les éliminer en égalisant autant que possitjle les intensités; ce qui n'est pas facile, surtout par delà l'intervalle d'octave (Stumpf. \eueres, lieilr., II, p. 10, 21).

(♦) Un accord devient d'autant plus confus cl difficile à analyser qu'il est plus complexe; mais deux sons de cet accord, autant qu'on puisse les distinguer du reste, gardent entre eux la même fusion [Tonps., Il, p. 137). Kiilpe croil à tort ^Griiiulriss der Psychologie, 1893 que par l'adjonclion d'un sol entre deux ut, la fusion de l'octave est abaissée par la présence de la quarte et de la quinte; celle de la quarte, élevée par les deux autres. C'est confondre avec la fusion, qui resle invariable, la distinction de la perception, ou le ton de sentiment, qui en effet varient (Slumpf, Seueres, Beitr., II, p. 11 et s.\

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