‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 38 sur 107 · LES LOIS I>E LA FISION DES SONS · texte numérisé non relu

LES LOIS I>E LA FISION DES SONS

l'autre, très contraire aux théories (i'IIehnIioUz, rtMalive aux haiMiioni(jues ').

^ l.e degré de fusion de deux sons n'est pas modifié par une altération minime du rapport de leurs vibrations ('). Quand cette alli^ration atteint une certaine grandeur, variable avec la hauteur alisolue, l'exercice et diverses circonstances individuelles, la fusion passe au dernier degré sans traverser les degrés intermédiaires. Et ce passage a lieu pour une différence d'autant plus petite que la fusion primitive était plus grande.

A celle loi, de nouvelles considérations de Slumpf permettent d'ajouter la suivante. Théoi-iquemcnt il convient de séparer deux ékMuenIs, toujours confondus en pralique : le sentiment de la pureté de l'intervalle, et la sensation de l'intervalle lui-n)ème ou de sa fusion. I.e premicu- seul est vraiment un srulinn'nt ('), variable par excès (sentiment de tension) ou par défaut (sentiment de mollesse) et qui, sans l'expliquer, est en fait la cause du Jugement de pureté ou d'impureté (*). Il n'a pour ainsi dire pas (le degrés; tout au plus pourrait-on constater que, malgré l'apparence, il est luvet-sniirnl proportionnel à la consonance (^) : tant

Cj Tonps.. 11, p. l;î7; v. llolm., p. 2()l. ?1, en eiïel, un nouveau son, inôme Ibrl, n'agit pas, à plus lotie raison un son laible. FaisL croit pourtant, d'après des expériences sur les tuyaux d'orgue, pouvoir formuler celte loi : « Par l'adjonclion des liarnioniques la fusion des plus hauls degrés est augmentée; celle des plus bas est diminuée » [Versuclie, l. c, p. 12'J;. C'est toujours la confusion déjà signalée {Tonps., II, p. liO cl s. ; Beilr., H, p. li). Le timbre n'est pas sans agir sur la fusion; mais les divergences individuelles ne semblent pas se réduire à une loi (l'uiips., H, p. 348 et s.; Zitin Ebifluss der Klfin(//arbe un f die Analijse, lieilr., 11. p. IGS .

{-) Tonps., II, p. 137. crcsl un cas particulier de celle loi tris générale, si souvent vérifiée par les psychopbysiciens, que îles changements dans l'intensité de l'excitation, minimes par rapport à elle, ne mudilienl pas la sensation. Ce qui est vrai des impressions est vrai de leurs rapports. Ainsi se trouve ramenée à un fait psycho-physiologique universel, l'exception qui ruine la doctrine purement numériijue des nombres simples, basée sur la simplicité des rapports comme telle.

(' C'est un don, que d'ailleurs les circonstances et l'habitude individuelle ou héréditaire peuvent modifier; dans ce dernier cas, le jugement a dû précéder le sentiment et le causer, en faisant paraître l'impureté anormale (Stumpf und Meyer, MaasbesUmmunijen ither die Reinheit consonanirr Intervalle, Beilr., Il, p. 155 et s.].

{') Ce sentiment peut être par lui-même plus fort que la différence spécifique qu'il présente suivant le sens de l'impureté : c'est sans doute pourquoi, lorsque nous enleu'.'ons deux sons trJs voisins, nous sentons affeclivement qu'ils sont dillerenls, avant de pouvoir juger lequel est le plus haut [Ib., p. 158; M. Meyer, i ■)., p. 73 et s. .

(^) La plupart des théoriciens pensent a priori le contraii'e : Ptolémée le premier déclare que « la corruption du meilleur est la pu'e ■>, que par suite c'est dans

loi LA l'SYCIlO-PIlYSIOLOGIE MLSICALE

s'en faiil que la reclierclie de V <• iiilonalion pure » soit fondée sur une bonne psychologie 1

— La fusion reste la môme quand on enlend chacun des deuxsons par une oreille diflerenle (' ).

— La fusion reste identique pour deux sons imaginés et pour les deux mêmes sons perçus objectivement (*).

— La fusion d'un intervalle n'est pas modifiée par l'addition d'une ou plusieurs octaves à l'intervalb simple (').

II resterait à ajouter un dernier fuit général : la durée des sons ne change rien à leur degré de fusion; mais dans les durées très brèves, au-dessous d'un quart de seconde environ, le jugement sur la fusion peut être considérablement modifié par des facteurs accessoires (*).

les consonances les plus paiTailes que le désaccord esL le plus sensible. Bien au contraire, dit Slumpf : c'est aux riches qu'on peul voler le plus sans qu'ils s'en aperçoivent I Le manque de siîrelé de l'oclave a été déjà aperçu par quelques théoriciens perspicaces (Tiirk, Le lempéramenl, 1808; v. K. Kœnig, A. Guillemin;. HelmhoUz le suppose même parfois, incidemmenl (p. 238). C'est la quinte qui semble la plus sûre; soit pour des raisons d'éducation, soit parce que cette consonance est moyenne comme grandeur et comme « expression ». {Beitr., Il, p. 147, IGd . Remarquons que les recherches n'ont pas porté sur les dissonances, mais sur les degrés des consonances. Partout où intervient l'atlraciion p. ex., il est certain au contraii-e que le sentiment de pureté est extrêmement flottant : c'est qu'il s'agit alors d'un processus tout différent de la mesure des sons.

(') Tonps., II, p. 1.38. Tant que la différence d'un même son à chaque oreille ne produit pas une diplacousie (v. I, p. 206 et s.;, cette séparation, loin de nuire à l'observation, rend au contraire l'analyse plus facile, du moins aux non-musiciens, la localisation leur servant de critère indirect (II, p. 336). Ajoutons que, lorsque une différence très minime des deux sons est aperçue par le sujet, il tend à l'exagérer, à l'estimer un demi-ton, ou au m oins un quart de Ion [Beilr., II. p. 151 . La sensation devient ici une interprétation.

(-) La chose ne va pas d'elle-même : car d'autres phénomènes, comme les battements, peuvent ou n'être pas imaginés, ou l'être inexactement; on ne peul au contraire imaginer deux sons sans leur degré e.xact de fusion [Tonps., II, p. 13ti).

(') C'est l'analyse simple ou la distinction des deux sons qui est facilitée par la différence de hauteur comme par d'autres facteurs accessoires; mais celle-ci une fois l'aile, lUi et uU forment un tout dans la sensation plus facilement que «<, et sol , , et ni plus ni moins que ut, et ul, [Ib.]. Faist croit à tort, toujours par la même confusion, que la fusion dirainue avec le nombre des octaves : les résultais qu'il obtient se contredisent, parce que les différences de l'intensité, très difficile à régler dans ce cas, viennent troubler le jugement [Versuclie, l. c, p. 131 ; Réitères, Le, p. 14-18,.

*) Parfois peut-être jusqu'à aller même contre la loi fondamentale qui lie la fusion à la simplicité du rapport des vibrations (M. Meyer, Beilr., II). C'est sans doute qu'il s'agit là d'un jugement porté, non directement sur la fusion, mais seulement sur le sentiment de « plénitude » des sons, qu'on interprète indirectement comme un jugement de fusion. Ces expériences sont d'ailleurs délicates et encore

LES ACCESSOIlîi:S DE LA 1 TSION 133

Ces lois son l établies par des luélhodes purement psychologiques, d'après robservation des faits, sans aucun emprunt à une hypollièse pliysiologiqiie quelconque : elles sont donc incontestables autant que le sont les faits. Elles constituent ainsi la base sûre d'une théorie de la consonance.

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