III. Le tempérament
La réalisation des interprétations de tout ordre suppose un mécanisme indispensable : le tempérament; c'est-à-dire la possibilité d'identifier des sons de valeurs très voisines : par exemple si-, ut elréor, sur le piano. Plus exactement et si l'on remonte aux causes, c'est la possibilité d'assigner à un son de hauteur fixe plusieurs fonctions harmoniques qui exigeraient chacune prise à part une valeur légèrement différente. La réciproque n'est pas moins vraie : il est possible de faire remplir une même fonction harmonique par des sons très voisins, mais pourtant réellement différents.
On n'aperçoit ordinairement pas assez la généralité de ce phénomène ('). Il ne sert pas seulement à simplifier dans la pratique le doigté des instruments à sons fixes, et à rendre possibles les modulations par enharmonie. Il trouve sa place partout oîi il y a à concilier des intervalles mélodiques et harmoniques, dont nous verrons que les dimensions ne concordent pas; partout où une même note se prête à jouer explicitement ou implicitement plu-
('; 11 a évideminent élé toujours inslinclivemeul pratiqué, mais non toujours reconnu. Après les Grecs, c'est au xv« s. seulement qu'on en a retrouvé la notion (B. de Ramis, De Musicu, Bologne, 1482) : il s'agissait alors d'un tempérament partiel, donc inégal, chargé seulement d'introduire dans la gamme les premiers s et [,, alors seuls usités. Prosdocimus avait le premier distingué nettement les 17 degrés de l'échelle chromatique complète et sans tempérament {Libellits monocliorcli, 1413, Gouss., 111, p. 2ô7i.