‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 5 sur 107 · IV. EUmenls psijcho-phijsiologirjues · texte numérisé non relu

IV. EUmenls psijcho-phijsiologirjues

L'oreille est le produit d'une lente différenciation de notre sensibilité cœneslhésique. Elle est l'organe tactile spécialisé dans la perception des ébranlements, c'est-à-dire des variations périodiques de la pression dans le milieu où sont plongées ses terminaisons nerveuses.

L'oreille humaine perçoit dans ces ébranlements leur force, liée à l'amplitude des vibrations; leur acuité, liée h la rapidité ou la périodicité des mouvements; leur qualité proprement dite, liée à la forme de l'ébranlement, plus ou moins régulière et surtout simple ou complexe (' . Telles sont les qualités du son : intensité, hauteur, timbre.

Il est évident que rien de qualitatif ne peut être prévu et défini par les théories abstraites et numériques : elles ignorent nécessairement les données physiologiques ou psychologiques; c'est pourquoi elles ne s'occupent que de celle de ces qualités qui se prête seule à la mesure pour des raisons qui ne sont pas impénétrables, mais que nous n'avons pas à examiner ici (') : la hauteur.

La psycho-physiologie, tout en étendant le domaine de l'étude, en précise la conception, restée si profondément indéterminée dans les théories exclusivement numériques. Le « rapport simple » devient pour elle, en un sens plus concret, le rapport de deux harmoniques ou l'absence de battement; telle est du moins la position d'Helmholtz. Depuis que cette considération physique et

') Nous avons pu nous dispenser de faire une place à part aux points de vue intermédiaires entre la mathématique et la physiologie ;la mécanique p. ex. , parce qu'ils sont intimement liés à celle-ci, et présupposés par elle sans conteste.

(') Les animaux inférieurs (araignées, crustacés, poissons, etc.) et certains sourds-muets inéducables ne perçoivent probablement les ébranlements sonores que comme mouvements mécaniques (Y. P. Bonnier, L'audilioti, 19<J1, p. 4, 14, etc.; Marage. l'ourquoi certains sourds-muets entendent mieux les sons fjraves, Acad. Sciences, Paris, 1905, II, p. 780, etc.;.

[^) La psychologie du sens musculaire nous parait y jouer un rôle prépondérant. V. plus loin part, lit, chap. II.

LK FACÏKLR rSVCUO-PUYSlOLOGIQUE ±)

pliysiologique a élé reconnue enfin comme accessoire et superficielle, on le traduit par cette relation toute spéciale de la « fusion » des sons, qu'on peut appeler une sorte de i-essemblauce sonore : tel est le point de vue des principaux psychologues contemporains, à la suite de Slunipf.

Mais harmoniques ou fusion ne tendent à expliquer que la sensation, c'est-à-dire l'appréhension par la conscience d'une impression extérieure t'uregistrée passivement par nos organes. Ur la psychologie qui en reste à la considération de ces faits de passivité demeure tout à fait incomplète, quoi que puissent prétendre ses partisans, trop facilement séduits par la simplicité de r « atomisme psychologique ■ . Pour expliquer les faits musicaux les plus élémentaires, à celte passivité où l'organisme joue évidemment le plus grand r<Me, ol (|ue le nom de psycho-physiologio peut par suite caractériser, il faut ajouter des faits d'activité plus spécialisés, où les lois propres de la représentation paraissent dépasser de beaucoup les nécessités matérielles, tout en les présupposant : c'est le domaine propre où la psychologie moderne se reconnaît, jusqu'à un certain point, indépendante et irréductible.

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