‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 6 sur 107 · V. Lli'nnmls psycliologir/urs proprownl dils · texte numérisé non relu

V. Lli'nnmls psycliologir/urs proprownl dils

Le tort des psycho-physiologistes trop exclusifs est de considérer par abstraction chaque son ou groupe de sons en lui-même et indépendamment de ses rapports avec tout le reste de la représentation totale : rapports inséparables pourtant de tout fait concret. La critique de ces théories simplistes tendra uniquement à nous faire prendre conscience de cette complexité réelle, qu'ellesamèneraient à méconnaître.

C'est pourquoi il n'est pas sans importance d'établir qu'à côté de l'idée de sensation, celle de perception s'impose invinciblement à la lumière de la psychologie moderne. Sans doute, ces deux fonctions sont voisines et intimement liées. On pourra toujours essayer de diminuer indéfiniment l'intervalle qui les sépare et rétablir la continuité entre elles; mais la réduction de l'une à l'autre dépasserait les faits (').

,'; I^'élude moderne des localisalions cérébrales ou des « maladies de la musique » parail confirmer celle vue. V. R. Wallaschek, Psychologie und Palholof/ie der Voislelluvg, Leipzig, l'j05, pari. 1 el 11, chap. XII, p. 11.3, etc. ; D'' Ingenieros, Le langage musical et ses troubles hystériques, 1907. Les cas palhologiqués (aphasies, amusies, surdités tonale et musicale) montrent que la faculté de sentir les sons ou de les produire, el celle de percevoir ou d'établir un rapport entr'eux,

Xous entendons par » perception » la position de rapports entre les termes bruts donnés par les sens; l'adjonction d'une activité de l'esprit à la passivité sensorielle; la reconnaissance d'une unité dans la muUiplicité donnée ; en d'autres termes encore, l'interprétation d'une donnée quelconque de la conscience par sa relation avec toutes les autres.

En vertu du caractère organique et organisateur de la conscience, toute sensation qui y pénètre s'enveloppe nécessairement, en plongeant dans ce milieu vivant et mobile, d'une virtualité de rapports qui en mesure la richesse et qui est confusément perçue.

Or, un son n'est susceptible de revêtir un caractère musical qu'en tant qu'il enveloppe une multiplicité de rapports, c'est-àdire dans la mesure où il est non seulement senti, mais perçu. Une expérience bien connue des physiciens consiste à faire tomber successivement sur un corps dur plusieurs planchettes mesurées à l'avance. La première produit un bruit, c'est-à-dire une sensation de hauteur indéterminée et en apparence indéterminable; le bruit de la seconde est en rapport confus avec le premier; à la troisième ou à la quatrième chute, nous reconnaissons les notes de la gamme : le bruit est devenu un son musical. Que s'est il passé qui puisse amener celle transformation psychologique indéniable d'une qualité dans une autre? Uniquement une perception de rapports surajoutés par l'esprit à la sensation brute. Or, ce qui est vrai du bruit est vrai du son lui-même : rattaché à d'autres par un rapport que l'esprit musicalement doué est seul à percevoir, il prend une signification, il passe pour ainsi dire à une puissance supérieure; il ne devient pas encore, au sens propre, esthétique, mais il devient une matière susceptible de revêtir une forme esthétique dès qu'un autre facteur l'aura fait passer à un plan supérieur de la réalité.

Le fait psychologique de la perception ne saurait être contesté aujourd'hui. La formule seule en est variable. Dans l'antiquité, Arisloxène, eu digne disciple d'Aristote, déclarait déjà : « L'étude de la musique procède de deux facultés : la sensation de l'ouïe et l'intelligence. En efîet, d'une part, c'est par l'ouïe que nous discernons les grandeurs des intervalles; d'autre part, c'est par l'intelligence que nous pensons leurs fonctions » i '). Félis, reprenant

sont entièremenl séparables, ne varient nnlleinent en raison directe et peinent même exister l'une sans l'autre.

') Aristoxéne, Harmoniques, éd. Meibomius, p. 38; v. 38; Plutanine, De Musica, chap. X.XXIV. p. 1143 F.

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