‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 7 sur 107 · LE FACTEUR PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LE FACTEUR PSYCHOLOGIQUE

plus lard une conception analogue, essaiera de la justifier avec force par les variations historiques de l'échelle musicale (').

Parmi les contemporains, Gurney, porté par son empirisme k penser, avec Ileliiiliollz, qu'à la perception des formes musicales la seule oreille suffit, voit dans cette forme un « mouvement idéal », c'est-à-dire essentiellement une synthèse des parties (*). Un expérimentateur comme Wallaschek estime que le son devient musical là où la perception du tout précède celle des composants et la domine [').

L'école néo-criticiste reprend l'idée de la « perception musicale » de Basevi sous les noms de « forme >> ou d' « idée musicale » (V). Four des raisons de principe, d'ailleurs tout étrangères à la musique, son formalisme (') exige une distinction de nature entre la « forme » et la « matière » de toute pensée. Il sépare donc, dans la perception musicale comme dans toute autre, des images et un jugement; et comme, d'autre part, l'école se refuse à admettre des jugements inconscients à la rigueur, elle ne saurait accepter la conception plus vague et délibérément indéterminée qu'on a proposée de ce mot : « la pensée musicale » (').

(') Félis. Biographie universelle des musiciens, ail. Félis, elc.

") " Idéal motion »; E. Gurney, Power of sound, Londres, 1880, chap. XIV. — V. Helmliollz, l. c, p. 4.

(') L. c, p. 40 et s. — V. .■Estketik der Tonkunst, 1880, pari. II.

(" A. Basevi, Inlrodaclion à un nouveau système d'harmonie, Ir. fr. E. Delà- U'e, Florence, 1865, p. 10 et s. « La différence entre la perception et la sensation consiste uniquement en ce que la sensation est une impression qui ne se dépasse pas elle-même; au contraire, la perception se rapporte k l'affinité des sensations sonores entre elles, soit qu'on les entende, soit qu'elles se présentent d'elles-mêmes à la mémoire. Le son qui revient à l'esprit, grâce à cette affinité, c'est-à-dire le son perçu, peut acquérir assez de force, comme nous le Verrons, pour eiïacer en nous, dans une certaine mesure, l'impression de son différent que nous entendons. Ce fait singulier échappe à l'attention des psychologues et même des théoriciens de la musique » (ib., p. 12). — A la vérité. Hameau avait déjà indiqué le fait. Les dualistes le développeront.

{^] Rappelons qu'il s'agit ici d'un formalisme plus général que celui de Hanslick, ou distinction d'une foi'me et d'un contenu dans la musique : celui de Kant consiste à poser une distinction analogue, mais universellement dans toute manifestation de la pensée.

(*) L. Dauriac, Essai sur la psyr/wlof/ie du musicii^n, Revue philosophique. 189.3-5. De l'intelligence musicale, ib., 1895, I, p. 31, 44, 258 et s. Essai sur l'esprit musical, 1904, p. 55 : » Nous qualifierons d'intellectuel tout acte synthétique ». Sur la controverse entre MM. Dauriac et Combarieu, v. Rev. philos., 1894; Esprit musical, p. 289. — J. Combarieu renonce à définir son concept de « pensée musicale », de même que Cl. Bernard renonce à définir l'organisme et la vie, tout en en faisant la science (Revue musicale, 15 juillet 1905). C'est la conception aristotélicienne et aussi positiviste, toujours défendable, sinon défini-

Mais il suffit de poser que l'inconscient prétendu n'est jamais qu'un degré de la subconscience et de rejeter les distinctions abusives du formalisme, en concevant que toute la pensée n'est que relation, sous toutes ses formes et même sous celle des qualités sensibles, pour que l'objet de la querelle s'évanouisse tout entier. C'est, nous semble-t-il, ce qu'impliquerait un relativisme et un idéalisme bien compris.

Ainsi, quelle qu'en soit la formule, le fait est constant : étant donnés des sons objectivement multiples, ils ne deviennent susceptibles d'un sens musical que lorsqu'une unité fonctionnelle est perrue dans celte multiplicité. La perception musicale est essentiellement une interprétation.

Il y a nécessairement deux formes principales de la multiplicité et par suite de la perception des sons : lune dans la succession, c'est la mélodie; l'autre, dans la simultanéité, c'est l'harmonie. Nous en étudierons les éléments l'un après l'autre,

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