LES PSEUDO-CLASS19UES
loppements de celle lonalité, qui reslaienl uniques, au moins en principe, dans la « suite », sont eux aussi régis par une dialectique toute technique, basée sur les seules affinités ou les parentés régulières et fort peu « expressives » des tons.
En lout ce développement, point de sentimentalité extérieure à la technique, du moins comme partie intégrante de celle-ci : le classique produit naturellement et spontanément ses œuvres, sans calcul rationnel ni alFectivilé passionnelle prépondérante. Mozart était un compositeur spontané comme La Fontaine était un « fablier ». Peu de théorie, peu d'éthologie, entre deux âges ordinairement raisonneurs et exaltés : celui des précurseurs et celui des romantiques. Les « règles » classiques se dégagent ou s'imposent d'elles-mêmes, bien plus qu'elles ne sont imposées. Les classiques laissent des exemples et des œuvres plus que des théories ou des principes raisonnes ('). Ce n'est pas Mozart, c'est Monloverde ; ce n'est pas Beethoven, c'est Wagner ; et même dans l'art naturellement critique et raisonneur par destination, ce n'est pas tant Racine et Molière que la Pléiade et le cénacle romantique, qui raisonnent leur technique avant de la faire vivre, et pour la faire vivre.
C'est encore avec une remarquable constance que nous retrouvons donc quatre fois dans l'histoire, mais chaque fois avec les nuances infinies que tout organisme vivant comporte, les trois caractères distinctifs de l'âge classique, ce type normatif autour duquel gravite chaque grande conception de l'art.
Pseudo-classiques. — Les effets de l'attraction universelle ne sont jamais les mêmes à courte et h longue distance. Les grands classiques n'exercent pas seulement une influence éducative lointaine. Leur âge, presque toujours très court, comme toute période d'équilibre, est d'ordinaire immédiatement suivi par une phase de gravitation subordonnée, d'imitation le plus souvent servile, quelquefois féconde, toujours mitigée par l'action latente de tendances romantiques encore timides. Le mélange peu harmonieux et mal fondu de ces deux grandes orientations engendre la
disent ses carnets d'esquisses à propos de la même œuvre, perd à être poussée Irop loin dans la musique inslrumenlale... Même sans description on reconnaîtra que l'ensemble est plus une sensation qu'un tableau musical. » (J.-G. Prod'homme, I.es symphonies de Beethoven. 1906, p. 2.34, d'après G. Noltebohm, Zireite Beelhoveniana, Leipzig, 1887, p. 375).
('} « Les grandes sonates de Beethoven, dit Berlioz, serviront d'échelle métrique pour mesurer le développement de notre intelligence musicale ».
période ordinairement ingrate des pseudo-cla?siques. Le drame français du xviii'' siècle en a fourni dans l'art littéraire le type achevé.
A la vérité, l'espèce de compression c}ue les règles classiques, alors dans leur plus grande force, exercent sur le sens esthétique de cette génération, en rend le plus souvent la production courte et peu féconde; si bien qu'elle mérite à peine de compter parmi les grandes périodes : époque de transition, vouée pour ainsi dire à la médiocrité, parce qu'elle reste enchaînée à un passé déjà mort, et demeure pourtant impuissante à enfanter un avenir qu'elle sent déjà vivre en elle. Cependant il faut reconnaître qu'à plus d'une reprise cet âge de consécration et de transition n'a pas été sans grandeur.
L'histoire, incapable de hxer authentiquement, à un siècle près, la véritable époque classique des mélodies grégoriennes, est, à plus forte raison, impuissante à définir l'âge secondaire qui l'a suivie. Au contraire, cette période semble avoir été nettement distinguée par les Grecs. C'est l'époque dorienne de Thalétas et de Tyrtée, appelée « la deuxième fondation de la musique », la « première fondation » désignant l'âge classique précédent. Nous savons seulement qu'elle fut féconde en institutions musicales dans le monde dorien (').
L'âge pseudo-classique de la polyphonie est également très distinct : c'est la brève période du « madrigal dramatique », ce genre hybride qui introduit un drame avant la lettre dans la polyphonie, et y réinstalle en maiti-esse la description, que le goût épuré de l'époque classique avait réussi à bannir. La langue de Paleslrina décrit désormais des scènes de lavoir, des bavardages ou des cris d'oiseaux; elle fait déjà dialoguer des personnages; mais la forme classique, encore à peine morte, pèse de tout le poids de son autorité sur ce diame naissant, et c'est un chœur collectif qui représente les personnages les plus individuels. C'est ainsi que dans tous les âges de Iransilion, oîi le prestige d'une forme classique vieillie lui survit encore, « sur des pensers nouveaux on fait des vers antiques ». L'époque littéraire de Chénier s'est bien comprise elle-même et s'est reconnue dans ce vers, dont le véritable sens est la description d'un art pseudo-classique, où la forme et le fond sont et doivent être mal liés.
L'âge moderne nous présente le même phénomène : c'est l'œuvre presqu'enlière des grands musiciens qu'on a le tort d'appeler
Cl Plulanjue, l. c. cliap. IV, p. 113i 0: v. ùclil. Tli. lieiiiacii, u. 89.