‹ Esquisse d'une esthétique musicale scientifique (volume 2)Chapitre 68 sur 107 · LES PSEUDO-CLASSIQUES · texte numérisé non relu

LES PSEUDO-CLASSIQUES

romanliques pour cette unique raison qu'ils sont les contemporains du roQianlisnie lidrraire, et en verlu de la prévention qui consiste à juger d'un art par un autre, du « primitif » Lully par le « classique » Racine, ou du ^ pseudo-classique » Voltaire par le « précurseur » Rameau; et n croire que tous les arts contemporains sont nécessairement dans un Age homonyme, c'est-à-dire dans un même stade de leur développement!

A. y regarder de près, Schuman n est littérairement un romantique : ses invectives contrôles « Philistins », ses appels passionnés à un art nouveau sont d'un révolté ('). Mais le réfractaire s'apaise dès qu'il s'agit des formes de son art : et il les emprunte purement et simplement aux grands classiques, sans oser affronter la lutte contre la souveraineté de leur style. Par ses sentiments ou par ses idées et comme critique, il est de son temps; comment pourrait-il en être autrement? Mais comme musicien, il emprunte les formes classiques de la symphonie, de la sonate ou du lied, non sans en^d^velopper l^esgrjt. mais sans y faire d'innovations profondes.

Les vrais réfractaires, ce seront les romantiques, Wagner ou Berlioz, avec leur art raisonneur, leur mélange décidé des genres et leur abus des ressources les plus sensuelles de l'orchestre. Au contraire, voici Chopin, dont presque toute l'œuvre n'emprunte que le seul timbi-e du piano, et répugne au coloris orchestral, trop sensoriel et trop brutal pour un arl encore classique parla forme C); voici Schumann, génie profond, mais que la richesse de l'orchestre en)barrasse et trahit toujours; et Mendelssohn, amoureu.x un peu convenu de la pureté la plus sereine; et Schubert, aussi pur et plus vivant : leur désir d'e.vpression à tout prix les amène à chaque instant au seuil du dranie symphonique ou de la U)usique à programme; mais ils n'osent pas le franchir. L'autorité des modèles classiques les arrête toujours sur la pente. Le théâtre même, ce genre mêlé, si propre aux âges romantiques, les a toujours attirés et n'a jamais pu les retenir : sans doute parce qu'ils l'auraient souhaité autre qu'il n'était, autre qu'il ne peut être. Plus courageux que Mozart ou moins pressés par le besoin, c'est un fait bien caractéristique : ces demi-classiques n'ont guère écrit que des ouvertures. Ils n'ont pris de l'opéra que ce qu'il a

'; V. Les DavidsbihuHer, l83i-~ ; Gesammelte Schriflen, l-W: Sclineider el -Maréclial, Schuman», p. 92). En reranche, Scliumann, admiraleur de Berlioz, a rompit lemenl méconnu le romantisme de Wagner Jr/. du 7 août lS47;Z,e//re à Van Bruyck, 8 mai 1853, etc.).

(••') V. E.'poirée, Chopin, 1*JU6, p. 12.

(le moins mélangé, la seule pari de c musique pure .- qu'il conlienl.

Quand on les pratique intimement, on demeure par moments étonné que ces très grands artistes se soient arrêtés à mi-chemin, tant on a chez eux l'impression du progrès et de la vie. Leur loi est de se buter, leur borne est la demi-mesure. Le pseudo-classique peut avoir du génie; mais comme celle des précurseurs, bien ([ue d'une autre façon, sa fortune est ingrate. Romantique par le fond, il reste classique par la forme; et il n'arrive ainsi qu'à être a la fois un classique et un romantique manqué 'j.

in. Etat post-clossirjue : romanliqnps et décadents.

Après la période de la santé et de l'âge mûr, viennent naturellement la vieillesse et la maladie. Maladives et déséquilibrées en effet nous apparaissent les techniques venues trop lard ; ne se suffisant plus à elles-mêmes dans leur vie propre, elles cherchent à l'enrichir démesurément par tous les moyens extérieurs; et elle leste au fond très pauvre, parce que ce n'est pas s'enrichir que d'emprunter.

Mais il ne faut pas prendre ces métaphores à la lettre, ou ces mots au sens vulgaire : pour le sociologue comme pour le psychologue, il y a de fort belles vieillesses et des élats pathologiques pleins de géniales folies. Quand on est en dehors de la moyenne, on n'est pas forcément au-dessous. Encore une fois, une classification morphologique n'est pas par elle-même une échelle des valeurs.

Deux phases doivent être distinguées dans le processus postclassique : au courant de la dégénérescence le lomanlisme résiste, la décadence s'abandonne; il réagit, elle se laisser aller.

Romnni.iqurs. — L'âge romantique a pour laison d'être sa réaction contre le système classique. Telle est la loi de sa genèse. Il cerisure volontiers les écoles précédentes; et loisqu'il n'inaugure

V ^V. Niemann Mitsil,- uni/ Musiker, l'J04, 3. Tafel) nomme assez justement lécole de Spolir, Mendelssohn, Schumann : « vomanliche formell klassizîslische) ::^chii.le •<. — D'autre part la crilique moderne, loul imprégnée du romantisme contemporain, nous semble e.xagérer 'surtout en Allemagne) la valeur normalh-e de cette école, dont le véritable rang n"est que celui de psej/f/o-classique. C"est la même exagération, ou si Ton veut le même faux-sens, qui s'est produit, nous l'avons vu, au sujet de J.-S. Bacb.

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