CONCLUSION
Deux notions dominent toute la philosophie moderne, et semblent en constituer aujourd'imi les acquisitions les plus définitives depuis le triomphe de la critique de la connaissance. Elles ont inspiré notre méthode dans l'étude scientifique des éléments de l'esthétique musicale, comme elles doivent inspirer toute élude intégrale d'un fait concret.
Ce sont d'abord la distinction et la subordination de dilTérenls plans irréductibles dans les réalités de divers ordres accessibles à la science. C'est ensuite la reconnaissance de lois sociologiques d'un caractère spécifique, et qu'on doit sans doute placer au sommet de toutes les autres dans l'ordre décioissant de l'abstraction, qui est aussi celui de la complexité croissante.
La notion d'une distinction irréductible des divers plans de la réalité est déjà nettement posée dans la théorie aristotélicienne des catégories. Mais la notion de leur subordination hiérarchique et régulière est une conquête de la philosophie moderne, peu à peu mais invinciblement imposée par les progrès successifs des sciences, et aussi par l'autorité souveraine de l'idée d'évolution. Hegel l'a fortement marquée dans sa construction logique du monde par le grandiose processus dialectique des thèses, antithèses et synthèses. Comte exprime à sa façon une conception toute voisine au fond dans sa classification des sciences. Enfin le mysticisme contemporain la reprend sous une forme volontairement inoins définie et plus métaphorique, dans l'espoir d'exprimer ainsi avec plus de force le caractère impénétrable des divers replis de la conscience,^
Ce qu'il y a de commun à tous ces systèmes, séparés d'ailleurs par tant de divergences profondes, c'est la notion d'un processus ascendant et irréversible, c'est l'idée que le supérieur ne contient l'inférieur que pour y surajouter une nouveauté particulière, qui ne saurait y être réduite.
Lalo 21