‹ Esquisse d'une Esthétique Musicale ScientifiqueChapitre 26 sur 100 · DUALISME · texte numérisé non relu

DUALISME

ou relalifs. Mais ce n'est pas une raison pour élever cette pratique moderne à l'absolu.

Le dualisme remplit-il du moins efficacement cette fonction ? Avec les doubles harmoniques d'un son, il engendre bien « l'accord mineur abstrait »; mais non l'accord majeur engendré parallèlement : le même son u{ produit les accords d'ut majeur et de fa mineur; or ils ne sont que très secondairement apparentés dans l'harmonie (").

C'est surtout le rôle identique attribué aux deux génératrices : ou « primes » supérieure et inférieure, qui jure avec la prépondérance que la basse possède seule dans l'harmonie usuelle, aussi bien majeure que mineure (?); et, comme conséquence capitale, la place prépondérante prêtée à la cadence plagale en mineur, comme parallèle de la cadence parfaite en majeur (*). Là encore, l'explication théorique est inadéquate aux faits musicaux.

Il faut soigneusement faire dans le dualisme deux partis : le parallélisme, et la théorie de l'interprétation harmonique. La doctrine de l'interprétation a réalisé un progrès considérable et, croyons-nous, définitif, dans l'esthétique musicale moderne, en substituant l'idée de perception active à celle de sensation passive; nous la retrouverons dans ce rôle. Mais le parallélisme est un artifice malheureux, et qui encombre fâcheusement la terminologie dualiste, excellente par ailleurs, de conventions et de formules parasites (*).

{) L. Boutroux, Réflexions sur le système d'harmonie de M. Riemann, Rev. mus., 1903, p. 630. « C’est par une conceplion purement mathématique que nous faisons intervenir les harmoniques inférieurs » (p. 629).

(2) C'est en effet la quinte mi qui doit être le « centre harmonique » de l'accord mineur {a do mi; mais elle est impliquée si fortement dans la basse (comme harmonique supérieur), que celle-ci peut « la remplacer complètement » (H. Riemann, Manuel, p. 150 n. ; v. 25, 40). Or ce « remplacement », qui ne devrait être qu'accidendel, est en fait universel et nécessaire. Il est si arbitraire que cerlains dualistes l’attribuent à la tierce do (A. Guillemin, /. c., p. 268, 300).

() H. Riemann, Manuel, p. 39; V. d'Indy, L. c., p. 111. — La cadence parfaite (c'est-à-dire majeure) en mineur, est normale depuis le moyen âge; elle n’est dans le dualisme qu'un dérivé secondaire : un « enchaîinement de la contre-harmonie à la tonique » (Manuel, p. 50).

(#) V. plus bas, part. IT, chap. [. — V. loul le chiffrage, surtout celui des accords mineurs (mi ° — la do mi, elc.); el p. ex. : « l'accord inférieur de quarte el sixte » [do mi la], «inconnu de l'ancienne théorie » (Manuel, p. 43, n.); la parenté directe de « contre-harmonie » avec w£{ majeur, allribué à /a mineur, tandis que celle de fa majeur avec ut n'est qu’une « marche de contre-quinte » (p. 52); « l'élève aura déjà (!) remarqué que cette formalion est pourlant la plus simple et la plus nalurelle » (p. 56); l'accord ré fa la si substitué en mineur à la seplième de dominante mi sol 3 si ré (p. 149); l'aulorisalion de redoubler certaines lierces d'accords mi-

Le système ajoute donc l'embarras d’une déterminalion arbitraire aux autres difficultés soulevées déjà par toutes les théories qui donnent, malgré l'histoire, une valeur absolue aux modes et à leur « expression »; el en particulier par celles qui spéculent sur les propriétés abstraites des nombres (!).

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