X ESTHÉTIQUE INTELLECTUALISTE
ques, comme fait l'école de Wronski (!), il faut se garder de rejeter « priori Loules ces tentatives. Chacune peut avoir ses raisons d'être, soit dans la commodité particulière qu'elle offre au calcul, soit dans l'approximation plus grande qu'elle présente par rapport à telle partie de la théorie ou à telle particularité d'une pratique locale ou contemporaine. Toutes ne peuvent manquer de se découvrir des analogies plus où moins précises avec tels phénomènes naturels, qu'on donnera comme autant de vérifications « objectives ».
Mais leur vérilable raison d'être, c'est, partout et toujours, la superstition des nombres. Superstition magique à l'origine, comme on le voit bien chez les premiers Pythagoriciens, — devenue superstition scientifique ou métaphysique sous les formes dogmatiques ou réalistes de la pensée moderne.
Ces systèmes sont-ils donc tous faux? Il serait plus juste de dire qu'ils sont tous vrais, — si du moins ils se reconnaissent comme abstrails et appellent, au lieu de les exclure, des déterminalions supérieures pour se compléter eux-mêmes.
Mais, ordinairement, la question est mal posée par les intellectualistes. Ils discutent longuement si c'est la mesure pythagoricienne ou le principe des nombres simples qui exprime la réalité musicale. C'est comme si l'on demandait : le méridien terrestre élant pour les uns de quarante millions de mètres, pour les autres de cent vingt millions de pieds, est-ce enfin de pieds ou de mètres qu'il est réellement composé? La question n'a pas de sens. Elle dérive de la substitution directe de l’abstrait au concret, qui est une des illusions fondamentales du dogmatisme. Une formule abstraite n’a pas de réalité concrète par elle-même; elle a seulement un intérêt théorique : un rôle légitime, mais subordonné; et cet intérêt se mesure à la fécondité de ses conséquences, à la richesse de ses applications plus concrètes.
Or les développements du principe des rapports numériques
(!) Un nombre est dil rythmique quand il est décomposable dans les facteurs premiers {, 2, 3, 5, 17, désignés par le lhéorème de Gauss relalif à l'inscription des polygones réguliers dans un cercle : prélendue « analogie » aperçue par H. Wronski, généralisée par C. Durulle (£. c., p. 428), puis par Ch. Henri (Cercle chromatique, 1889; Rapporteur esthétique, 1889, etc. — V. G. Lechalas, Etudes esthétiques, 1902, p. 111 et s.). Mais la formule de Gauss admellant pour les polygones d'autres nombres premiers supérieurs à 17, on les exclut arbitrairement de la théorie musicale, lout en prétendant encore la baser sur ce théorème mulilé : « Ils appartiennent à la gamme enhurmonique et à d’autres gammes d'un ordre supérieur {?), qui ne peuvent être encore pour nous qu’un objel de pure spéculation » (C. Durulle, L. c., p. 330).
sont abondants. De là leur valeur indéniable. Leur défaut est même d'être surabondants. Et ils le sont doublement, par la multiplicilé indéfinie des principes qui sont capables d'expliquer chaque conséquence de fait, et par la multiplicité encore moins définie des conséquences qu'on peut tirer de chacun de ces principes. Quand une équation fournit plusieurs solutions toutes également possibles, c'est qu'elle est indéterminée. Ajoutant de nouvelles données, on la déterminerait de plus en plus, jusqu'à ce qu'elle n’en offrit plus qu'une seule.
De même en est-il pour la théorie musicale, C'est une imperfection en elle, et non une perfection, que de fournir plusieurs solutions abstraitement possibles. Précisément parce qu'elle en indique plusieurs, elle ne contient pas en elle de quoi choisir parmi elles. Ce sont des conditions d'ordre supérieur, psychologiques et sociologiques par exemple, qui font que, dans un organisme conscient et plus précisément dans un temps ou un pays donnés, une seule des formes possibles s'est trouvée réalisée; encore pourrait-elle être toujours aussi bien ou presque aussi bien mesurée par une foule d'autres combinaisons numériques.
Cette indétermination tout abstraile nous invite donc d'ellemême à passer à un système de délerminations supérieures et plus concrètes, puisqu'elle les appelle pour se réaliser.