‹ Esquisse d'une Esthétique Musicale ScientifiqueChapitre 45 sur 100 · ESTHÉTIQUE ET PSYCHO-PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE ET PSYCHO-PHYSIOLOGIE

archels il n’y avait que les cordes pincées, ce serait là encore une évolution du goût, dont le sens est tout autre. Si nos contemporains demandent plus de dissonances, ce n'est pas quoique ce soient, mais parce que ce sont des dissonances, et parce qu'on le sait et qu'on les veut comme telles. L'histoire montre que la raison de cette évolution est sociologique, avant d'être psychologique. Entin, si l'usage normal de la conclusion mineure est moderne, et ne dale que du xvurt siècle, le mode mineur lui-même fut beaucoup plus anciennement en faveur que le majeur, dont la prédominance ne date guère que du xvin® siècle : fait qui est bien difficilement explicable dans la théorie d'Helmholtz, pour laquelle le majeur est le mode « naturel » par excellence.

De facon générale, comment la théorie physiologique prétendrait-elle expliquer le développement historique? En principe, elle pose pour idéal et but de l'art ce qui en est le point de départ et l'état simpliste et rudimentaire : parmi les intervalles, les consonances; Comme, parmi les consonances, l'octave. De sorle que tout ce que le développement historique ajoute à ce principe, et qui est le Lout de l'art, puisque c'en est loute la vie dans l’âge adulte, ne peut être pour Helmholiz, logiquement, qu'une sorte de dévialion pathologique. Tout système un peu complexe de musique serait tout entier contre nature! Mais si le développement de la musique a consisté à s'éloigner de son principe, c'est que ce principe prélendu n'en est pas un (").

Helmbholtz, en effet, en prenant la continuité et l'agrément pour l'essence de la consonance, a pris un élément accessoire, d'ailleurs réel et utile dans sa sphère, pour le principe essentiel. Un fait psychologique, exact comme tel, n'est pas forcément un fait esthétique. |

Les harmoniques, battements et sons résullants, sont les « épiphénomènes » de la consonance: ils ne sont dans l'édifice harmonique qu'une suprastructure légère, mais 1ls n'y soutiennent rien. Or, il y a deux sortes d'échafaudages : ceux qui supportent un édifice, et ceux que l'édifice soutient; ceux sur lesquels on construit, et ceux à l'aide desquels on badigeonne. Helmholtz a pris le tréteau des peintres pour l'échafaudage des maçons.

(1) V. P. Moos, Musik-Æsthelik in Deutschland, p. 315.

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