IL. Compléments et confirmation historique
Sltumpf ne se dissimule point que la fusion n'explique pas tout dans la consonance. Il fait appel pour combler ces lacunes à des « critères accessoires ». Ces emprunts ne sont pas sans affaiblir quelque peu la portée de la doctrine. Qu'importe, si cet éclectisme n'a pour résultat que de rendre leur juste portée à des faits exacls en eux-mêmes, mais que certains théoriciens ont outrés par espril de système ?
La question des sons successifs est Ja plus embarrassaute.
Nous apprécions parfaitement la consonance de deux sons qui se suivent, el même, ce qui aggrave la difficulté, nous l'apprécions mieux en fait que celle des sons simultanés. Or des sons successifs ne fusionnent évidemment pas à proprement parler. La difficulté devient aiguë si l'on songe que, dans l'histoire comme dans la formalion de la pensée musicale chez l'enfant, la mélodie semble généralement précéder l'harmonie (*).
La persistance du souvenir, qui produit un moment une fusion réelle des sons successifs en les représentant dans la mémoire simullanément, suffil à expliquer ce fait. Nous avons vu qu'Helmholtz à fait du même argument un usage beaucoup trop général et d'ailleurs sophistique; mais il garde sa valeur dans une théorie de Ja fusion : car celle-ci ne suppose qu'un souvenir rapproché et
incomplèles (Beitr., I, p. 40). — Le fail qui domine chez les musiciens, en pareil cas, c'est l'inlerprétalion : dans les formules de 4 ou 5 sons durant moins d'un dixième de secunde chacun, les meilleurs juges ramènent les plus inusilées à des formes voisines el connues : p. ex. do la! mil, sil, à ré [az lu do, où la do mi sol, ou vi sol si ré (O0. Abrabam und K. L. Schaeler, Ueber die Maximale Geschwindigkeil der Tonfolgen, Z. P. P. S.-0., 1899, XX, p. 412).
(1) Beitr., 1, p.59 ets.; Stumpf und Meyer, ib., 11, p. 163. — Cependant H. Cornelius, voulant conslruire une lhéorie de la fusion des représentalions qui soil universelle et non réduile à celle des sons simultanés, appelle fusion l'absence d'analyse des louls de sensalion ou simullanés ou successifs (Ueber Verschmelzung und Analyse, Vierlelj. f. Wissenschafllische Philos., 1892, p. 417). Les bruils, comme ceux de Ja pluie ou du vent, les sensations de mouvements dans la vue el le loucher, la combinaison en série continue des images séparées du slroboscope, sont des exemples, — conleslables assurément, — de fusion successive (1b., 1893, p. 42-9).
même immédiat, au courant d'une mélodie par exemple, c'est-àdire un fait très réel. Quant à la priorité de la musique homophone, d'abord elle n’est pas absolue; et de plus Stumpf n'hésite pas à admettre comme un principe accessoire, mais nullement fondamental, l'expérience primitive des harmoniques, par l'intermédiaire des instruments : c'est elle qui a dù fournir les prototypes des intervalles mélodiques, dont leur fusion intrinsèque a confirmé l'usage ().
La question des degrés de la consonance est également capitale. Or la fusion ne permet de distinctions suffisamment profondes ni entre certaines consonances, ni surtout entre les consonances et les dissonances,
Des profanes même, insensibles aux plus dures dissonances, distinguent les tierces des sixles, leurs renversements; et leurs formes majeures de leurs homonymes mineures. Or le degré de fusion est dans tous les cas le même. Il faut invoquer ici la direction du mouvement sonore et la distance absolue; celle-ci influe, à côté de la distance relative, jusqu'à faire prendre une lierce très grave pour une seconde; pareillement, le « resserrement » des intervalles « diminués » est sensible par lui-même. Les sensalions du gosier peuvent même servir de crilères accessoires, du moins dans l'intérieur d'une échelle très limitée (°).
On distingue encore les dissonances musicales entre elles, et toutes ensemble des intervalles faux où non-musicaux. Or, pour tous les degrés inférieurs, la fusion est sensiblement la même. C'est la notion de « parenté des sons » qui intervient maintenant. Stumpf l'interprète comme une fusion à la première ou la deuxième puissance. Les parentés de tierce et de quinte, ou de tierce et quinte ensemble, paraissent être, du moins actuellement, les seules en usage; et on ne peut guère concevoir qu'une parenté de plus de deux degrés soit psychologiquement possible, comme le supposent les Pythagoriciens; du moins serait-elle trop lointaine pour assurer pratiquement l'intonation. C'est cette parenté différente qui distingue les dissonances entre elles, et c'est son absence qui sèpare les sons non musicaux des dissonances musicales de même fusion. Mais elle reste un facteur secondaire, simple dérivé de la « fusion » (*).
() 1b., 1, p. 58; p. 60 et s. V. Wallaschek, Buch, plus haut, chap. II (Mais ce dernier ne croit compatible avec celle explication que la distinction de deux degrés de fusion seulement).
() Tonps,, Il, p. 404; Beilr., I, p. 70.