END EL RIDE LATE
L'IDÉE DE FUSION A TRAVERS L'HISTOIRE By
Enfin les musiciens s'accordent à dire qu'il y a entre la consonance et la dissonance une opposition, une différence spécifique ; tandis qu'il n'y a, entre les degrés de fusion, qu'une transition sinon continue du moins sans contrastes tranchés. Le fait ne peut s'expliquer que par une éducation musicale factice, une habitude de mesurer les consonances supérieures directement, les dissonances indirectement : de là l'idée d'une opposition, qui n'a qu'une valeur et qu'une origine historiques. Au reste, l'exclusion des rapports septenaires, transition naturelle entre les tierces et les dissonances, accentue le manque de continuité entre la consonance et la dissonance dans la pratique musicale. Le sentiment ou le besoin de résolution agit encore. Lui aussi est né historiquement, puisque les Anciens l'ignoraient, et qu'on en suit le développement au Moyen-Age et dans les Lemps modernes (').
Il n'en reste pas moins que ce sont ces facteurs secondaires qui ont évolué, tandis que le fait fondamental de la consonance, la fusion, reste invariable. Même dans la musique moderne, la plus « expressive », à notre sens, de certains sentiments, si nous réclamons des dissonances, c'est pour en jouir comme telles; ce n'est donc pas qu'elles nous semblent plus douces : fait qui confirme leur vraie nature, toujours immuable, née de leur degré de fusion (?).
Le témoignage de l'histoire ne peut manquer de renforcer cette conclusion. Il confirme d'abord la définition de la consonance par la fusion.
Dès le début de la période historique grecque, les premiers Pythagoriciens ont admis concurremment deux définitions de l’« harmonie » ou « symphonie », c'est-à-dire de la consonance : la première par les rapports simples des nombres qui représentent les sons (*); la deuxième, étroitement liée à la première mais moins abstraite, par l'unité du multiple et l'accord du divers : c'est, comme les textes semblent nettement l'établir, la notion de fusion prise pour critère de la consonance (*).
(*) Zb., p. T5. — V. Helm., p. 273, 280.
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(3) Elle remonte aux considérations géométriques de Philolaos et probablement beaucoup plus haut encore. Stumpf, Geschichle des Consonanzbegriffs, Abbandl. Kônigl. Bayer. Akad., Phil.-Hist. Klasse, 1897, XXI, Munich, 1901, p. 6. — V. Jan, Musici scriplores Graeci, p. 120 el s.; plus haut, p. 61, n. 1.
(*) Stumpf, £. e., p. 8. Cette définilion donnée par les Pylhagoriciens postérieurs d'Alexandrie remonte certainement aussi à Philolaos et au delà. Celle £voste ou xpäotç est-elle celle des sons simullanés? La pralique des Grecs resle,
Ces deux définitions reparaissent perpétuellement chez les Pythagoriciens, les éclectiques et même les Aristoxéniens (*). Seulement elles se mélangent de plus en plus avec d'autres éléments.
C'est d'abord la notion d'agrément, qui apparait chez Aristote concurremment avec les deux autres (?). Celle de la rudesse a été ajoutée, mais subordonnée à la fusion, par l'école d’Aristoxène (°). L'idée de vibration par influence ou sympathie, dont l'application à la consonance semble appartenir aux néo-platoniciens, nous rapproche des considérations objectives de la science moderne (®). On a même voulu y voir, non sans témérité, une allusion précise à l'influence des harmoniques (*), dont nous connaissons le sort depuis Mersenne jusqu'à Helmhoitz.
comme nous le verrons, douteuse sur ce point; et on parlail de xo%ots pour la succession des consonnes et des voyelles. Mais Arislole suppose parlout la simullanéité (p. ex. De Sensu, p. 449 a 19; v. plus haut, p. 123, n. 1). Porphyre remarque que pour les disciples d'Archytas, les consonances font à l'oreille l'effet d'un seul son (Wallis, IL, p. 277). Le Platonicien Elien compare la consonance à du vin mêlée de miel, qui n’a le goût ni de l’un ni de l’autre, mais un lroisième goût parliculier ; landis que dans la dissonance le mélange ne s'opère pas, les deux sons se repoussent muluellement. (V. Gevaert, Hist., 1, p. 96, 102; Stumpf, Geschichle, L. c., p. 52). L'harmonie sinullanée des sphères célestes parait donner une gamme enlière (semblable au jeu de {onnerre des anciennes orgues, à l'accord dont J.-F, Rebel au xvirre siècle peignait le chaos, ou qu'admeltent des théories paradoxales comme l'Harmonie rendue claire de A. Loquin); el cependant elle est consonante ! (V. Plalon, Républ., X, p. 617; T.-H. Marlin, Etudes sur le Timée, 1841, IE, p. 37).
(1) Naturellement, la première fut dans la suile plulôl pythagoricienne, la deuxième plulôt arisloxénienne; mais le mélange persisla; les Pvylhagoriciens, dil Porphyre (1b., p. 270), définissent la symphonie ou consonance par le rapport numérique intelligible (A60ç) ; quand il devient sensible, ils la définissent par la fusion (xoots); d’autres disent sympalhié, unilé ou éclal (ketdTnta).
(*) Stumpf, L. e., p. 34. Koäotç xat oûvOects évavt{wv (De Anima, p. 407 b 30; v. 426 a 21, elc., éd. G. Rodier, 1900, II, p. 374 ets.
(5) SL, 46, p.38, 48. Nous n'avons pas le chapitre d'Arisloxène sur la symphonie. Il définit accessoirement la consonance par l'intervalle, son signe apparent; ce qui est un cercle vicieux évident. (Celte confusion a pourtant fait forlune et Stumpf se donne encore la peine de la réluler. 1b., p.38; Beitr., I, p. 68). Mais le Pseudo- Euclide (exlrail peut-êlre de l'Aristoxénien Cléonidas, du début du ne s.), définit la consonance : « La fusion (xpàotc) de deux sons, l’un aigu, l’autre grave; la la dissonance est le contraire : le manque de fusion (auto) des deux sons, de sorle qu'ils ne se fondent pas ensemble (üste un xoa0ÿvat), mais qu'ils sont rudes à l'ouïe (roxuvÜ var av ae v) » (Jan, Musici, p. 187, 19). Ue n'est pas là, malgré Helmhollz (p. 291), la continuité el la discontinuilé de la sensalion ; mais la fusion, dont la raucilé ne l'ail que lémoigner l'absence.
(*) Adrasle, dans Théon de Smyrne, Musici, p. 133. Le fait élait connu depuis longlemps (Aristote, Probl., XIX, 24, ele.).
(5) V. Jan, Musici, p. 91, etc.