LE RYTHME INCONSCIENT
pas. Plusieurs représentations, inconscientes chacune à part, peuvent par leur réunion donner un résultat conscient : c'est l'hypothèse de « l'inconscient psychologique » ().
L'excilation nerveuse est toujours un mouvement, c'est-à-dire un changement périodique d'élats ; à plus forte raison devons-nous la supposer lelle dans l’excilalion auditive, dont l'organe recoit directement les impressions mécaniques, sans l'intermédiaire de modificalions chimiques ou autres. Nous sommes donc fondés à dire que dans le nerfil y à un processus rythmique correspondant exactement, non aux propriétés qualitatives caractéristiques des vibralions extérieures, mais à leur rythme propre : c'est-à-dire, si l'on veut, au passage de chaque élongation maxima,-qui correspond à un maximum d'excitalion (?).
C'est « nalurellement » par analogie avec les rythmes conscients que nous devons juger comment ces rythmes inconscients produisent « l'harmonie et la disharmonie ». « Ce qui vaut pour les rythmes qui se déroulent dans la conscience, vaut aussi nécessairement pour ceux qui n'existent qu'inconsciemment ». Conscients ou inconscients, ne sont-ils pas également psychologiques (*)?
C'est la ressemblance des images sonores, ramenée à une identité partielle plus profonde ou coïncidence des rythmes, qui fonde l'harmonie. La vraie théorie de la parenté des sons se réfère directement aux éléments physiques et psychologiques du son luimême, el non aux accompagnements complexes du son, harmoniques ou sons résultants, comme le veut Helmholtz (*). Cette simplicité de rapports concrets ne va évidemment pas sans un minimum de complexité; c'est-à-dire sans un minimum d'activité de notre part : activité aussi nécessaire au musicien qu'au danseur; seules les théories abstrailes ne parviennent pas à expliquer pourquoi l'oclave est insignifiante : car pour elles la simplicité doit être un plaisir par elle-même. Inversement c’est la complication des rapports de ces rythmes inconscients qui en fonde la disharmonie, comme elle fait le désagrément des rythmes cons-
cients mal accordés.
Ceci posé, il y a trois données principales à considérer dans les
(1) La mindslufe des Anglais. V. p. ex. Taine, Intelligence, T, p. 1%5ets.
() Th. Lipps, Psychologische Sludien, Leipzig, 1885, p. 94. Remarquons que celle absence d’intermédiaires, ce caraclère mécanique de l'ouïe ne s'imposerait pas nécessairement à Lipps, puisqu'il ne croil pas que les terminaisons nerveuses soient des résonaleurs.
(8) « Seelische »; ib., p. 96.
(5) « Tonverwandisehaft ». — « Klangverwandlschaft »; ib., p.97.
fails musicaux élémentaires. C'est d'abord latendance d'un rythme, donné dans les éléments de sensation, à persévérer en soi; Lendance qui entre en conflit avec toute force qui s'oppose à ce processus. Ces rapports des rythmes inconscients font comprendre la facilité encore inexpliquée de certains mouvements, comme le passage à l'octave où à la quinte supérieures, et la résistance que rencontre inversement la marche descendante symétrique; le besoin de résolution tout particulièrement naturel de la septième de dominante (en ul : sol si ré fa); car elle est un entrecroisement instable de deux rythmes inconciliables, qui amène, comme dans un drame bien fait, par une nécessilé interne le besoin d'une résolution du conflit. L'opposition de l'harmonie à la disharmonie et celle du majeur au mineur, qu'Euler, Helmhollz ou Slumpf résolvent en degrés insensibles malgré tous les faits musicaux : tout cela s'explique encore par la théorie du rythme, et par elle Seule TO EE
En face de ces éléments « micropsychiques » ou inconscients, il faut aussi considérer les rapports des éléments « macropsychiques », c'est-à-dire ceux des sons dans la conscience; enfin le degré de l'attention, qui n'est autre chose que la force psychique en général, absorbée par ces processus, qui tendent à inhiber plus ou moins toute autre opération. C'est la concordance ou la discordance de ces trois forces qui expliquent toutes les nuances de la consonance et de la dissonance, et leurs rapports d'opposition réciproque (?).
Cette hypothèse ingénieuse est malheureusement toute gratuite. Le processus psychologique invoqué est inconscient à la rigueur : car un son continu ne nous parait rythmique à aucun degré. Or une telle conception n'est-elle pas littéralement inintelligible? Autant vaudrait nous demander de concevoir une couleur sans aucun degré de lumière, ou une force sans aucune intensité, qu'un élat psychologique sans conscience (*). Le seul fait d'expérience invoqué : le caractère discontinu des sons très graves, est controuvé, malgré l'opinion classique; car il semble résulter, non du son lui-même, qui reste continu, mais des trépidations diverses de l'air qu'entraine inévitablement la construction des sirènes
(1) 1b., p.123 ets., 132 et s., 160; Tonverwandischaft und Tonverschmelzung, P. P. S-0., 1899, XIX, p. 140.
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() V. les criliques de l'école néo-kantienne de Renouvier : p. ex. L. Dauriac, Un problème d'acoustique psychologique, Rev. philos., 1891, IT, p. 545, 565 ets.