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VALEUR ESTUÉTIQUE DE LA FUSION DES SONS

On est surpris de voir celle différence de nature dans la consonance traduite par une différence de degré assez faible dans la fusion (!). Il y a disproportion entre le fait psychologique et l'usage esthétique (?). Stumpf lui-même accorde que l'octave ne diffère pas moins des aulres consonances, que les consonances de la dissonance; et il renonce à expliquer la chose (*). D'autre part ce fait psychologique permanent n'a pas partout la même importance privilégiée dans l'art : ainsi chez les Grecs anciens et Lous les peuples qui emploient des systèmes essentiellement monodiques à modalités lélracordales où pentacordales, dont le mode répèle ses intervalles caractéristiques de tétracorde en tétracorde, el non d'oclave en octave (f;. ”

d'abord le « troisième son » une oclave lrop haut, et s’excusa plus lard par la qualilé ou limbre de ce son (Tratlalo, p.170). Chladni plaça le « son renflant » une oclave trop bas (Maurat, Acad. Sc. Paris, 1859, t. 49, p. 512). Les erreurs analogues dans la mesure des limiles de l’audilion sur le sifflet de Gallon, les diapasons, elc., sont fréquentes (v. plus haut, part. Il, chap. T).

(t) V. plus haut (p. 130). — Même impuissance à sorlir de celte différence de degrés chez Helmhollz ou Euler. Pour employer des mélaphores, on pourrait dire, avec Drobisch, que les hauteurs ne forment pas une ligne continue, mais une spirale, repassant à chaque oclave au-dessus de son point de départ; ou même, avec Brenlano, que les sons homonymes (ul,,ul,.…) sont de même hauteur, différant seulement par une qualilé spéciale, la clarté (Tonps., IT, p. 196-200, 407).

(?) Du moins l'usage moderne occidental. Seule peut-être Ja théorie du rythme a le droit de présenter les rythmes binaires comme lout à fail privilégiés, tous les aulres élant boileux; c'est un des fails qui vérifient partiellement l'hypothèse.

(3) Tonps.; Il, p. 196 el s. Même rapport, selon Ptolémée, entre les sons homophones, les symphones el les emmèles (£. e., I, 4). H. Riemann, dont le dualisme rend toute son importance au problème, le trouve nettement abordé déjà chez Salinas, qui définil avec saint Augustin l’unisson principium «a quo de toutes les consonances, el l'oclave principium per quod (Salinas, De Musica, Salamanque, 1571, p. 63). Celle explicalion en vaut bien une autre, ajoute-t-il (Gesch. Musikth., p. 216); il oublie sans doute celle qu'il a proposée, el que Rameau semblait déjà indiquer (v. plus haut, chap. Il, p. 85-6) : quand nous inlerprélons un son par ses harmoniques 1, 2, 3, 4, 5, le premier est le seul à ne pas dépasser l’élendue moyenne de la voix : de là une expérience directe el lrès privilégiée de la fusion de l'octave. Celte explicalion ingénieuse a le lort d’exelure la fusion des double et Lriple oclaves, qui est en fail aussi forte (Ueber das musikalische Hôren, 1874, p. 18 ; Musikalische Synlaxis, 1871, p. 10; Kalechismus der Musikwissenschaft, 1891, p. 94, 96).

(#) V. plus bas (part. IT, chap. IT, $ 6). L'octave, que les anciens appellent souvent une « opposilion », paraîl avoir élé senlie par eux comme quelque chose de plus qu'une réplique de l'unisson : c’est ce qui explique sans doute le grand nombre de sauts d'oclaves, insignifiants selon notre goût, qu'il y a dans les deux hymnes delphiques et la mélodie de l'Anonyme de Bellermann (p.104). Aristoxène comple lreize Lons, et ses successeurs deux de plus : les derniers ne sont que des répliques à l'oclave, fort illogiques à notre sens (v. L. Laloy, Arisloxène, p. 90, 232, 254).

Le degré de fusion de la quarte n'est pas davantage adéquat à sa consonance, du moins depuis que la polyphonie en a dégagé neltement les fonctions harmoniques ; la preuve en est qu'on à écrit des volumes entiers pour savoir si elle est une consonance ou une dissonance, et qu'on en dispute encore. En réalité elle est tantôt l'une, tantôt l’autre suivant ses fonctions dans l’ensemble, de sorte que la question ne peutse résoudre que dans une théorie de l'interprétation, non dans celle de la fusion (*). j

L'accession progressive et tardive des Lierces et des sixtes au rang de consonances, non pas seulement dans la théorie mais dans la pratique, est un fait bien connu. On a essayé de l'expliquer par un processus en quelque sorte mécanique : la survivance du syÿstème Pythagoricien, qui donne des lierces inexactes sur les instruments à sons fixes comme les orgues. Mais la mesure dite « naturelle » des lierces est connue depuis l'antiquité (?); elle fut assurément pratiquée dans les chœurs sans accompagnement du moyen âge. Quant à la tierce Pythagoricienne, elle a persisté sur les orgues jusqu'au xvin° siècle, c'est-à-dire plus de cinq cents ans après les premiers emplois réguliers connus de la tierce simultanée : ce n'est donc pas celte sorte de mesure qui en à empêché l'usage. Il faut renoncer à donner une importance capilale à ces influences des conditions matérielles : elles sont dans l'art plus souvent un effet qu'une cause; en tout cas elles restent ici secondaires.

On pourra encore voir dans celte lente progression un effet purement psychologique de l'accumulation des habitudes acquises par les généralions successives des musiciens. Mais nous verrons que cette accumulation, réelle d'ailleurs, n’est qu'un fait secondaire dans l'évolution de l’art; elle ne devient un fait capital et une loi que lorsqu'elle concorde avec une phase primitive de l'art : ce qui est le cas pour les siècles du Moyen-Age considérés.

(1) V. plus bas, part. IT, chap. I, $ I.

(?) Archylas admet le rapport 5/4 au début du ve s.; Eralosthène, 6/5 à la fin du u®s.; leur emploi dans une théorie musicale ne remonte qu'à Didyme et Plolémée, aux 1° el re s, avant el après J.-C. ; il ne sera repris victorieusement que par Zarlino au xvit s. — Mais dans la pralique, la lierce caractéristique du genre enharmonique élail expressément un intervalle « incomposé »:; elle élait donc mesurée directement (Aristox., Harm., p. 61); el le senliment de sa valeur apparail nellement dans les monuments musicaux (v. Gevaert, Hist., I, p. 163: Mélopée antique, Gand, 1895, append.; Probl. d'Ar., p. 143). Mais ni dans la délerminalion des modes ni dans la polyphonie antiques elle ne paraît avoir joué de rôle imporlant : elle n'a jamais 616 qu'un intervalle que sa petilesse rendait « mélodique » (Plolémée, I, 4, 7).

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