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I. Les principes modernes de l'interprétation harmonique

De par sa passivité, la sensation brute, enregistrement pur et simple de l'impression psycho-physiologique, est impuissante à donner leur sens musical aux sons. Ils ne l'acquièrent que lorsqu'ils sont interprétés comme une partie d'un ensemble, réel ou imaginé. C'est cette synthèse active que nous entendons par le mot de perception.

Le principe de l'interprétalion revêt chez la plupart des théoriciens des formes vagues et sans consistance.

Beaucoup ont pensé qu'on ne pourrait sortir de l'idée de quantité que par l'idée de qualité. Mais celle-ci étant tout aussi indé-

‘terminée que celle-là, tout reste encore à faire quand on a posé ce principe. Ce qu'on peut démèler de plus précis et de plus utilisable dans cette notion de qualité, c'est l’idée d'opposition. Encore faut-il bien l'entendre.

La prend-on au sens d'Herbart? Alors ce sont les deux notes de l’octave qui s'opposent entre elles. Les sons forment un conlinuum homogène dans lequel ils fusionnent par degrés; les degrés se mesurent par le nombre de demi-tons tempérés qui les séparent, jusqu'au douzième, l'octave, qui est le son le plus opposé au premier et par conséquent celui qui fusionne le moins avec lui, tandis que la seconde mineure fusionne le plus.

On ne saurait trop admirer ce résultat de la psychologie «

priori, aussi contraire aux fails psychologiques, s'ils'agit de fusion, qu'aux faits musicaux, si l'on parle de consonance. Notons que ce n'est pas ici le dogmatisme des nombres qui est en cause; car Herbart rejette explicitement leur valeur, en admeltant le tempérament égal non comme un pis-aller, mais comme une exigence posilive de l'imagination musicale. Bien loin que l'esprit du musicien « calcule », tout ce qui est calcul : rapports numériques et rapports rythmiques (qui ont le malheur d'être calculables), est exclu par lui de l'esthétique. Il s'agit donc d'un lout autre dogmalisme, mais lout aussi dangereux parce que tout aussi indélerminé : le dogmalisme de la qualité abstraite, après le dogmatisme de la quantité ().

Nous concevons la qualité et les oppositions de facon plus applicable avec l'école Hégélienne. Engel transporte au sein de la gamme les opposilions célèbres : thèse, antithèse, synthèse. Pour lui c'est la quinte qui est, non la première des dissonances, comme pourrait ou devrait dire Euler, mais, en un sens tout autre que numérique, la première des oppositions : l'opposition essentielle à la lonique, où l'esprit a pour fonction de revenir après s'en être le plus éloigné. Et de même que la dominante s'oppose, de même la médiante, assez heureusement nommée, a pour fovclion de concilier ces deux éléments antagonistes de toute musique, et sert de transilion entre eux. Comme toute réa- Jilé au monde, la réalité musicale est triple (*).

Telle est la conception, d'ailleurs forl acceptable, que Engel appuie sur l'autorité d'Hauptmann, et qui n'est qu'une suggestion de l'Hégélianisme. À ces applications extrêmement particulières de la plus haute et la plus abstraite métaphysique, il n'y a qu'une conslalation à opposer : c'est qu'elles sont des justifications après coup, arbitraires et par trop indéterminées pour ajouter rien aux faits, auxquels il faut encore les remercier de vouloir bien être conformes, quand elles le sont,

: Mais le principe de l'interprétalion à revêtu dans les temps modernes des formes plus précises et plus fécondes. Déjà formulé partiellement par l'école de Rameau et d'Helmholtz (), il a pris

(") Herbart, Werke, 1850, 1, p. 151; VIT, p. 5, 194. V. Psychologische Bemerkungen zur Tonlehre, 1811. Herbart élail lui-même pianiste el compositeur.

(?) G. Engel, Æsthelik der Tonkunst, Berlin, 1884, p. 15 ets.

(#) La « sixle ajoutée » (/a la do ré) remplace el « représente pour ainsi dire », dans l'accord de sous-dominante {f« La do), la dominante (sol) par sa quinle (ré). Rameau, Nouveau système, p. 62. — Le mot favori de Riemann, Klangvertrelung (interprétation harmonique des sons), est emprunté à Helmhollz.

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