L'INTERPRÉTATION DUALISTE
toute son extension pratique dans le dualisme contemporain, dont il constitue la partie durable et solide.
De la doctrine d'Helmholtz, von OŒEtlingen retient la définition de la consonance par les harmoniques ; et il en élargit singulièrement la notion. Pour lui, les harmoniques n'agissent pas nécessairement sur la sensalion même et en vertu d'un mécanisme tout passif, à la fois physiologique et psychologique ; car leurs intensités relatives ne sont pas fonction de leur importance musicale ('), et même leur présence réelle et actuelle n’est pas nécessaire : la mémoire peut toujours suffire à la suppléer. OEltingen admet donc, en l'élendant démesurément, le prineipe appliqué avec plus de réserve par Helmhollz : « Tout harmonique d'un son, dit-il, est par la suite dans la mémoire un son réel » (?).
Ces harmoniques, en effet, n'agissent qu'en vertu d'une « interprélalion ». Encore un principe de l'école d'Helmhollz, et de même considérablement élargi : c'est lui qui devient fondamental. La consonance n’est qu'un fait dérivé de l'interprétation, bien loin que l'interprélalion soit fondée sur la consonance ().
Nous inlerprélons un son par un autre lorsqu'il est représenlalif de cet autre, c'est-à-dire qu'il peut être substitué à Jui en remplissant quasiment la même fonction, parce qu'à travers Jui c'est l'autre que nous pensons. Toute la musique dérive de ce principe, appliqué par l'école dans le sens d’un « dualisme » de l'interprétation modale, en vertu duquel il n'y a et il ne peut y avoir que deux modes : le majeur et le mineur.
Celte parenté avec un son «tonique » ou « phonique », ou, selon le terme de H. Riemann, une « prime » inférieure ou supérieure, dans les deux accords parfaits, majeur et mineur, cons- Litue toute consonance ou loule dissonance possibles; car ces mots
() I n'y a plus, dès lors, de relalion physique satisfaisante entre le numéro d'ordre des harmoniques et leur valeur musicale relalive : aussi A. von OEllingen en revient-il explicilement à des spéculations d'ordre purement numérique, qui ne sont que lrop dans la logique du dualisme, mais qui, d’ailleurs, ne le satisfont pas lui-même {Harmoniesystem in dualer Entiwickelung, 1866, p.53 et rem.).
(2) OEllüingen, t6., p. 40, 47, 52.
@)1b.,p. 2 et s. — V. H. Riemann, Éléments, p. 119 : « Sont consonanls les sons qui apparliennent à une seule el même harmonie (accord parfait majeur ou mineur) el qui sont compris dans le sens de celle harmonie. Sont dissonants les sons qui apparliennent à des harmonies différentes. C'est là l'alpha el l'oméga de loule la Lhéorie harmonique ». Il n°y a donc pas d’intervalles dissonants, mais seulement des sons dissonants dans des intervalles toujours consonants, ceux de « l'accord ». Rameau déjà délerminail celui des deux sons qui est dissonant, pour préparer celui-là seul (Trailé, p. 97.
se disent au sens propre de trois sons, el non de deux ou d'un plus grand nombre. Seule, en effet, l'interprétation de trois notes est unilatérale : au contraire, la consonance de deux sons est incomplète et par suile ambiguë : elle peut toujours être interprétée de deux façons; dans la pratique le choix dépend, à chaque fois, du contexte musical ('). Et la dissonance est un système qui suppose toujours plus de trois sons exprimés ou sousentendus, c'est-à-dire deux centres au moins d’interprétalion : toute dissonance est le conflit de deux sons fondamentaux ou de deux parlies d'accords parfaits amalgamées en un seul groupe. Enfin l'impossibilité d'établir un des deux rapports avec un ou plusieurs sons serait la discordance, c'est-à-dire l'impossibilité de donner au son un sens dans une pensée musicale.
La difficulté caractéristique du système dualiste d'OEttingen, c'est sa siluation ambiguë vis à-vis de la doctrine d'Helmbholtz : il l'accepte sans l'approuver ; il base tout sur les harmoniques, mais sans les supposer présents. Or la mémoire des sons partiels ne peut être réellement supposée chez tous; car, pour qu'elle reproduise comme un son réel tout son partiel une fois entendu, il faudrait, en règle générale, que cet harmonique eùt élé auparavant remarqué dans la même situation; et il ne l’est pas normalement par le musicien, mais tout au plus par l'acousticien (*). La supposition des sons phonique et Lonique est donc toute graluite. Ces harmoniques qui n’en sont pas, ce sont en vérité les nombres de la série arithmétique, et non des réalités psychologiques. La théorie d'OEllingen reste en définilive en suspens entre deux influences; elle est comme un compromis entre le formalisme numérique des anciens el la doctrine plus concrète d'Helmholtz.
H. Riemann aspire enfin à s'émanciper Lout à fait de la tutelle du grand physicien. « En musique, la consonance est une conception psychologique plutôt que physique ou physiologique ; elle est la résultante, non de la coïncidence de certaines ondes sonores ou de certaines sensalions audilives, mais bien de la combinaison
(1) 16., p. 45. — D'ailleurs do mi sol, consonant en majeur, est dissonant en miueur; pour do mi sol, c'est l'inverse; mais l'interprélalion majeure pour l'un, mineure pour l'autre, est celle qui s'impose « naturellement » en l'absence de toute autre indicalion; il n'en est pas de même pour les groupes de deux sons : do-mi où mi-sol sont essentiellement ambigus. — On a prélendu que la dissonance élail autrefois l'adjonetion d'un son élranger à un accord; aujourd'hui, celle d’un accord à un autre accord : lelle serait la raison de sa complicalion progressive. Cetle conceplion n’est ni nouvelle comme théorie, ni exacle comme expression de l'évolution (V. J. Combarieu, d'après Schüz, Rev. mus., 1904, p. 505-7).
(2). Tonps., Il'p. 360'els "Beitr., Ip 91.