L'IDÉE CONCRÈTE DE CONSONANCE
un substitut des notes voisines si-r6, de l'accord parfait de sol.
La quarte, consonante par sa fusion, peut donc devenir une consonance apparente, une demi-dissonance par sa fonction. Or si psychologiquement elle peut être envisagée en elle-même, abstraction faite de toute relation lonale, sa fonction dans un ensemble fait partie intégrante de sa signification musicale, et en est inséparable : de là l'impuissance des théories de la sensation pure à rendre comple de la pratique sur ce point.
Cette solution élégante comporte une généralisation indéfinie. C'est ainsi que la notion d'une ambiguité fondamentale de tout intervalle tranche définilivement celte autre question si souvent débatlue de « l'intonation juste », en impliquant son impossibilité absolue. Car la même note doit pouvoir changer à chaque instant de fonction, et par conséquent être mesurée par rapport à des sons différents, ou entrer dans des intervalles dont la mesure n'est pas identique. L'idée d'interprélalion est, dans l'art tout entier, d'une portée incalculable,
Nous avons déjà dit que le dualisme, excellent ou à peu près en tout ce qui concerne l'interprélalion, est délestable dans tout ce que lui impose le parallélisme. Malheureusement l'une des parties retentit forcément sur l'autre ; el on ne saurait trop regretter que les abus théoriques du système en aient embarrassé la pratique d'une foule de parallélismes arbitraires et artificiels.
Mais la notion fondamentale d’une interprétation active qui vient transformer la passivité de la sensation et lui donne la vie esthétique, ou du moins la rend possible : voilà une acquisition positive et définilive de l'esthétique moderne. Par elle s'exprime assurément dans sa plus grande partie la complexité des notions concrètes de la consonance et de la dissonance, qui sont avant toute chose des degrés divers ou des applications différentes de la même interprétation : l'une par des images prochaines et simples, l’autre par des images lointaines et compliquées. Il suffit, pour la rendre salisfaisante, de reprendre cette notion à de nouveaux points de vue, pour la compléter et l'élargir.
IT, L'accord et les fonctions harmoniques : idée concrèle de consonance el de dissonance.
La notion dualiste de l'accord, comme celle des trois fonctions harmoniques, si elle peut servir de base à la science moderne, est encore cependant quelque peu étroile dans ses formes absolues et immuables. La superstilion d'une génération physique de
l'accord par les harmoniques est peut-être la cause première de tout le mal. Puisqu'aussi bien la nature essentiellement psychologique du phénomène est enfin reconnue, autant renoncer délinitivement à l'expliquer par des sons partiels objectifs : ils sont un des signes mais non l'essence des faits musicaux.
Or cet abandon définitif d'une illusion rend la conception beaucoup plus large. En effet, un certain nombre de phénomènes plus concrets semblent constituer l'essentiel de la réalité psychologique, dont la double série prétendue des sons partiels ou résultants communs n'est que le substitut.
C'est d'abord la fusion, celle sorte de ressemblance des sons, dont on veut faire paradoxalement un phénomène dérivé de l'accord, alors que celui-ci en est au contraire manifestement un composé, qui reste fondamental. Ses lois sont à la base de toute autre. La perception musicale consiste donc en premier lieu à interpréter lout son comme partie intégrante d'un des premiers degrés de la fusion, qui sont l'octave, la quinte el les tierces, avec leurs renversements. L'accord parfait dans la musique moderne comprend ces trois termes essentiels.
Mais la liste des degrés dont la fusion ou la ressemblance harmonique permet que l'un se substitue à l'autre dans les mêmes fonclions musicales ne s'arrête pas nécessairement là. La seule Jalilude que nous laissent à cet égard les systèmes abstraits, c'est d'admettre que, dans une période primitive, l'interprélalion par la quinle à été la seule usitée, ce qui a fourni cerlaines gammes pentaloniques sans demi-lons; et que, dans l'avenir, les nombres ou les harmoniques les plus rapprochés pourront s’adjoindre aux cinq premiers, seuls employés jusqu'ici. En effet, les sons partiels 7, 11,13, elc., ne peuvent-ils pas aussi bien ou presque aussi bien que les autres « représenter » leur son fondamental? Helmhollz invoquait la dureté de ces intervalles, du moins dans leurs renversements, dont les battements sont désagréables. Riemann considère simplement leur trop grand rapprochement, qui porte à les faire interpréter comme identiques aux notes les plus voisines, dont la fonction harmonique, étant plus claire, rend la substitution facile (). Ces deux raisons sont également faibles :
!)} Soient les harmoniques do mi sol sil, , (sil abaissé ou septième « nalu-
( relle ») : on interprèlera invinciblement (?) ce soi-disant sik comme la deuxitme quinle inférieure d'uf (do-fa-sil); par suile il n'aura de sens que par la première (fu), c'est-à-dire (1 qu'il l'appelle comme résolulion (H. Riemann, Katech. Akustik, p. 105). L'inlerprélalion s’est faile d’abord par la quinte, puis par la lierce; « nous tendons même insensiblement vers l'emploi des seplièmes aussi pour la délermi-