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LES INTERVALLES HARMONIQUES ET MÉLODIQUES

le jugement d'égalité. La dichotomie est done seule pratiquée directement (!) : par exemple la quinte peut être divisée en deux parties égales, deux. tierces « neutres » intermédiaires entre la majeure et la mineure; ou la lierce mineure en deux intervalles de trois quarts de ton. I ne s'ensuit pas, bien entendu, une mesure mathématique, mais une sorte de tempérament exécuté par tâlonnements où par une habitude mécanique tout à fait étrangère à notre système, et en général à toute harmonie fondée avant tout sur la fusion; mais les systèmes mélodistes peuvent beaucoup mieux l'employer, et certains l’affectionnent. Des raisons d'êlre de ce goût spécial, la sociologie seule peut connaitre.

Au reste, ce procédé de la mesure des sons reste ordinairement subordonné à la fusion, et à l'attraction, qui lui fait concurrence. Les diverses nuances que ces trois processus psychologiques peuvent fournir, soit par leur combinaison, soit par leur antagonisme, sont extrêmement subtiles et n'ont pas encore été sérieusement étudiées. Qu'il nous suffise d'avoir établi par des faits que l'harmonie et la mélodie peuvent comporter chacune des phénomènes qui ne sont nullement homogènes. Les traces de continuité qu'on découvre dans la mélodie en sont la première preuve. Mais il y a des faits plus probants.

Il. Différences des intervalles harmoniques et mélodiques.

Il faut étudier expérimentalement les deux espèces de la perception musicale pour constater les différences presqu'imperceptibles mais caractéristiques qui distinguent leurs intervalles.

L'idée de mesurer par expérience les intervalles, ou tout au moins de vérifier dans les faits les mesures théoriques, n’est pas nouvelle. On connaît les anecdotes légendaires, d’ailleurs souvent inexactes ou même absurdes, sur les prétendues constatations expérimentales de Pythagore. L'école pythagoricienne répugnait à l'expérience, et l'école d'Aristoxène ne s'adressait qu'au témoignage direct de l'oreille, ce qui est pis. On sait que l'absence

(*) Les théoriciens hésitent à définir l'égalité de deux parties d'un intervalle par une proporlion arithmétique (dans l'octave d'u, ul-sol — sol-ul) ou géométrique {entre fa et solh) ou par un milieu entre ces deux : p. ex. 250, ou 200, ou 225 entre 100 et 400 vibrations (G. Engel, Die Bedeulung der Zahlverhältnisse für die Tonempfindung, Dresde, 1892; v. À Guillemin : « centre de gravité d'un accord », Premiers éléments, 1904, chap. VIT). — En fait, les réponses des sujets interrogés sur cette égalité sont hésilantes ou contradictoires, parce qu'ils jugen: malgré eux par d’autres éléments importants et forcément associés : fusion, inlerprélation, p. ex. (Stumpf, Viertelj. f. Musikwiss., 1895, p. 244),

d'instruments et le réalisme des qualités sensibles sont la principale cause des grandes infériorités de la physique des Anciens (*).

Dans les temps modernes, V. Galilée et Zarlino, dans leur polémique sur la mesure ptoléméenne ou pylhagoricienne des intervalles, invoquaiént le témoignage de l'expérience et la pratique du chant populaire; mais chacun dans son sens, et sans observations sérieuses : en réalité, toutes leurs raisons sont déduites a priori(?). Bien des tentatives isolées et peu sérieuses se sont encore produites. Par exemple Galin déclare établie par une expérience directe, et seulement vérifiée par le calcul, sa conception de deux demi-tons dans le rapport de 2 à 3, remplaçant les demi-tons majeur et mineur ; mais il ne donne pas cette expérience, et pour cause (*).

C'est à Delezenne que revient l'honneur d'avoir le premier institué sérieusement une recherche expérimentale dans ce

(*) En fait d'acoustique, les anciens ont accumulé par tradition des erreurs expérimentales qu'ils ne vérifiaient jamais : la hauteur est directement proportionnelle au poids de marleaux ce sur la méme enclume (alors que c'est celle-ci qui serait le corps sonore !), à la densité des cordes, à leur tension (comparez la for-

mule usuelle : n — er ci = ): le son d'une jarre vide est à l'octave grave de 2 T d

la même à demi-pleine (alors que, des deux sons qu'elle rendrait, le principal serait effectivement d’un ton ou d'un demi-ton plus haut!); les ensembles vocaux sont plus intenses que la somme des voix qu'ils contiennent (on sait que l'inverse est seul vrai), elc. — Mersenne, Printz, Rousseau et d’autres prennent encore la peine de réfuter quelques-unes de ces erreurs, el admellent les autres sans sourciller (V. Weckerlin, Calaloque bibl. conservaloire, Paris, 1885, p. 16, 124, 146, ele. ; Zeller, Hist. philosophie des Grecs, tr. fr., 1879, p. 385-6, n.; Th. Reinach, Dict. antiq., art. Lyra, p. 1446, col. T; commentaires sur les Problèmes d'Aristole, XIX, 2, 50, elc.; éd. Gevaert, sect. A. — Pour l’ « harmonie des sphères célestes », v plus haut, p. 137, n. 4).

(2) Zarlino croit n’entendre chez les paysans que le « dialonique synton » de Plolémée (Istilulioni harmoniche, 1558, part. 11, chap. XVI); V. Galilée « trouve par une longue observalion » que « la pralique moderne » use de lrois espèces de genres dialoniques diversement mèêlés ; il différencie les voix et les divers instruments d’après les systèmes d'intervalles qu'ils pratiquent {Dialoyo, Florence, 2e éd., 1602, p. 30). Il s'agissait de savoir si l'arl copie la nalure, supposée parfaite, et n'a pas plus à modifier les sons « naturels » qu'un peintre n’a à modifier les couleurs (Zarlino, ib., part. Il, chap. XLIT, XLV; Venise, éd. 1578, p. 148, 157, ele.) ; ou si l'art (c'est-à-dire l'artifice des soute ns, p. ex. la mesure des sons par séries de quintes) doit corriger la nature, comme le fail un médecin : de sorte que les voix se formeraient d'après les instruments, el non réciproquement. Mersenne, parlisan de Zarlino au fond, reste éclectique comme loujours (Harm. univ., 1. I, pr. 3; I, p. 7, 9). — Toute celte discussion est un épisode, mémorable à plus d'un lilre, de l’élernelle querelle des Anciens el des Modernes en musique.

(3) P. Galin, Exposilion d'une nouvelle méthode, 1818, p. 80.

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