V. Rôle historique de l'harmonie el de la mélodie
Les divers processus qui caractérisent soit l'harmonie, soit la mélodie sont d'un usage esthétique extrêmement variable selon les types sociologiques envisagés.
Le jugement de distance a été très peu étudié jusqu'à présent. Il paraît exercer une influence importante dans l'évaluation des intervalles chez quelques peuples. Peut-être faut-il attribuer à une division en deux parties égales de la quinte la « tierce neutre », ni majeure ni mineure, psychologiquement très supporlable, en usage chez beaucoup de primitifs ('). De même, certaines gammes formées d'un seul intervalle toujours le même, au lieu des deux au moins que comportent les nôtres (?).
Cè procédé se combine fréquemment avec l'attraction; cette collaboration engendre des intervalles qui, inconnus de notre civilisation, sont caractéristiques du grand art pour d’autres, par opposition au chromatique ou surtout au diatonique vulgaires, taxés de plalitude ou d’infériorité. Notamment la division en deux parties égales de certains intervalles dont la fusion bien déterminée fournit les deux extrémités fixes (*) : comme la tierce mineure, qui produit deux moitiés de trois quarts de ton chez les Arabes (*) ou dans la musique ecclésiastique des Grecs moder-
(*) Hollenlots, Indiens Bellaculas, Zuñis du Mexique, Asabas, Javanais, Siamois, elc. Les observalions des voyageurs sont souvent douteuses; mais des expérimentateurs exercés ont fail, surtout au moyen du phonographe, des conslatations indiscutables. (V. J.-P.-N. Land, Die Tonkunst der Javanen, Viertelj. f. Musikwiss., V, 1890; Slumpf, Tonsyslem und Musik der Siamesen, Beilr., IN, 1901).
(2) Echelles siamoises à 7 sons, javanaises à 5 sons (salendro), ele.
(#) Tel paraît êlre le seul processus originaire : lui seul répond à un mécanisme psychologique naturel. Les emplois plus inexplicables du procédé peuvent èlre regardés avec vraisemblance comme poslérieurs, el forgés artificiellement par imilation et lransposilion du premier.
(*) Les lravaux faits depuis Villoleau (Description de l'Egyple) sur la musique arabe sont peu sûrs: depuis lui, les uns y affirment l'existence de tiers et de deuxtiers de lon, niant celle des demi ou des quarts de lon (V. Instilut égyptien, 3 déc. 1887); les autres ramènent ces intervalles prélendus à de simples « ornements » par chevrolement, d'un syslème lout entier diatonique (S. Daniel, La musique arabe, Alger, 1819), ou loul au moins à une différenciation sublile des # el des que notre tempérament égalise (J.-P.-N. Land, La gamme arabe). Mais l'échelle « normale » d'où les Arabes paraissent tirer loules les autres depuis le vins s, contient les inlervalles suivants mesurés en centièmes de demi-lon tempéré selon la méthode de J, Ellis : 502 (200) a (150) six (150) do (200) ré (150) mik (150) a (200) sol. On ÿ remarque la division égale des deux lierces mineures