VI. La perceplion musicale
Une juste notion de la perception est féconde en conséquences de toutes sortes.
S'il y a de la perception partout, ses différents degrés ne peuvent manquer de donner naissance à divers phénomènes psychologiquement et sociologiquemeut fort différents. Le vrai rapport notamment de la musique à la parole n'est un rapport ni de dérivation, ni d'hélérogénéilé, mais de subordination. Nous connaissous trois degrés principaux dans la détermination progressive des fonclions tonales, c'est-à-dire de l'interprétation des sons par leur relation avec un son choisi comme tonique. Ce sont : la parole, où ces rapports sont mulliples et confus (?); la mélodie, où ils sont plus distincts, mais virtuels; l'harmonie, où ils sont actuels et à chaque instant réalisés dans la sensation immédiate.
Telles sontles trois principales réalisations concrètes des diverses modalités possibles d'un mème mécanisme psychologique. On ne peut dire que l'une dérive de l'autre. Elles sont le produit d'une différencialion progressive : le langage primitif dut mettre confusément en usage des fonctions tonales tantôt multiples, tantôt précises, de sorte qu'il était à la fois parole et musique; cri, signe el chant. Ces deux formes se séparent peu à peu : le langage se borne à utiliser les notes les plus graves de la voix, tandis que le chant leur ajoute les notes aiguës, en même temps qu'il précise et simplifie de plus en plus les fonctions harmoniques : évolution qui se poursuit encore de nos jours, nos langues devenant incontestablement de moins en moins musicales ().
(') Nous avons déjà rappelé comment Plalon réserve l'étude de l'accompagnement aux seuls professionnels: el comment la polyphonie du Northumberland paraissail « difficile » aux mélodistes du x1r 5.
() V. A. Thiéry, Le lonal de la parole, Revue néo-scolastique, 1900-1901 ; Congrès de psychologie, 1900, p. 179.
() L'intermédiaire nalurel, ce sont les langues dont l'accent est encore musical, c'est-à-dire formé par des différences non d'inlensilé, comme chez nous, mais de hauteur : lelles furent les langues grecque el latine jusqu'aux premiers siècles du christianisme. Le vers qui correspond à cel élat de la langue était musicalement quelque chose comme un chant mesuré, mais presque sans temps forts. On sail
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