‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 17 sur 55 · Desjardins, op. L, p · texte numérisé non relu

Desjardins, op. L, p

2. [Guédéonow], Notice sur les objets d'art de la galerie Campana à Rome, acquis par le Musée impérial de l'Ermitage. Paris, 1861 (la préface est datée de Rome, mars 1861 ; la note finale de Paris, juin 1861). Je possède l’exemplaire de Beulè.

Dès le début, la collection Campana avait été offerte en bloc à la Russie et nous avons vu que Gigli alla porter son album à Saint-Pétersbourg. Des négociations, dont j’ignore le détail, eurent lieu en 1860. Vers la fin de cette année, E. Guédéonow, envoyé par l’empereur Alexandre II, les reprit avec activité et, le 20 février 1861, il acquit, au prix de 630.000 francs, une importante série d’objets (767 pièces) qu’il présenta au public, dans une brochure imprimée à Paris, comme les plus précieux de la collection.

Les achats de Guédéonow sont répartis par lui en dix-huit sections :

1° Vases primitifs « de style asiatique » (fouilles de Caere); 26 pièces;

2° Vases étrusques à vernis noir {bucchero) ; 41 pièces;

3° Vases étrusques peints de la première et de la seconde manière (ce sont des vases grecs du VIe et du Ve siècle) ; 138 pièces ;

4° Vases divers; 233 pièces;

3° Vases d’Arezzo; 10 pièces;

6° Vase de Nola ; 35 pièces;

7° Vase de Ruvo et de Grande Grèce ; 35 pièces ;

8° Le vase de Cumes, à reliefs dorés et polychromes, dit « le roi des vases grecs » ;

9° Bronzes figurés ; 18 pièces;

10° Armes diverses, entre autres le casque de Vulci ; 42 pièces ;

11° Candélabres; 6 pièces;

12° Miroirs; 20 pièces;

13° Vases de bronze; 21 pièces ;

14° Ustensiles divers ; 16 pièces;

15° Objets divers ; 14 pièces;

16° Statues antiques, bustes, sarcophages, etc. ; 78 pièces ;

17° Camée et anneau d’or reproduisant les traits de Livie ;

REVUE ARCHÉOLOGIQUE

18° Peintures à fresque de Raphaël, provenant de la villa Spada ou Mills sur le Palatin et du Casino dit de Raphaël près de la Porta Pinciana

Jecrois que les objets acquispar Guédéonow vaudraient aujourd’hui plus de dix fois ce qu’ils ont été payés. Le vase de Cumes est, en son genre, un chef-d’œuvre dont le Louvre regrettera toujours d’être privé; il y a aussi quelques pièces de grand style parmi les vases archaïques, les bronzes et même les statues. Mais la plupart de ces dernières, comme l’a établi le nettoyage auquel les a soumis récemment Kieseritzky, ont été restaurées à outrance et souvent d’une manière absurde, presque frauduleuse ; le camée de Livie est moderne; les fresques attribuées à Raphaël ne sont même pas de Jules Romain et ont été défigurées par des repeints stupides. C’est ce que Desjardins et d’autres n’eurent pas tort de dire en 1862, quand on prôna en France, dans l’opposition orléaniste, l’acquisition si pompeusement annoncée de Guédéonow. Les étrangers furent plus équitables. « Les choix de la Russie, écrivait Brunn, n’ont pas fait tort à l’ensemble du Musée; une certaine valeur d’apparat, plus que le mérite réel des objets, est visiblement ce qui a déterminé les acquéreurs’. » — « Newton, ému d’abord, fut rassuré dès qu’on lui eut communiqué la liste des objets compris dans le lot russe. Il déclara que, pour lui, la collection était intacte. Ce sentiment fut partagé par MM. Visconti, Tenerani et

1. « Acquistata la villa f Spada] dall' inglese Carlo Mills, procuré di riparare ogni danno ulteriore, fece ripulire con gran diligenza i dipinti superstiti sotto la direzione di Pietro Camuccini nel 1824, valente ne’ ristauri e fratello del célébré pittore barone Vincenzo. Di poi le pitture furono segale dal muro ed acquistate parte dal marchese Campana, e parte da Mgr. Domenico Fioramonti, segretario delle lettere latine del Papa. Il prelate pertanto compro quelle rappresentante le Muse , i segni del Zodiaco etc., e le fece collocare dietro cornici dorati. » (Moroni, Dizionario, t. C, p. 273.) J’ai vu les fresques transportées à l’Ermitage; ce sont des barbouillages, indignes de figurer dans ce splendide Musée.

2. On dit cependant que Brunn lui-même avait été le conseiller de Guédéonow!

Castellani *. » Desjardins donne un renseignement intéressant5 : « Ce n’est pas sur l’ensemble de la collection que M. Guédéonow a pu faire son choix. Le gouvernement pontifical avait fait une forte réserve à laquelle le commissaire russe n’a pu toucher et qu’il n’a même pas connue1 2 3. Celte réserve tout entière est comprise dans le lot de la France. » IJ est probable, en effet, que si Guédéonow avait pu acquérir le « tombeau lydien », pièce d’apparat s’il en fut, il n’y aurait pas manqué. Mais que dire d’un vendeur qui, autorisant un acheteur à prélever ce qui lui plaît dans une collection, ne laisse même pas voir l’ensemble de cette collection ? Si la commission pontificale a vraiment agi de la sorte envers Guédéonow, elle s’est conformée au code d’honnêteté qui régnait, à cette époque, dans les Abruzzes. Nous verrons d’ailleurs qu’il y a des indices sérieux d’une fraude analogue et non moins grave commise, parles mêmes représentants de Pie IX, au détriment de la France.

La part de la collection Campana acquise par la Russie n’est encore qu’imparfaitement connue. Stephani a catalogué les vases peints en 1869; dans sa préface, il avertit que lorsque les vases arrivèrent à Saint-Pétersbourg, ils avaient perdu leurs étiquettes (!), de sorte que l’identification des pièces avec celles qui sont portées au grand catalogue italien demeure, en partie, conjecturale. Un certain nombre de vases, notamment celui de Cumes, ont été mal publiés dans les Comptes-Rendus', on attend, et l’on attendra peut-être longtemps, un catalogue illustré des autres. Pour les bronzes et les ustensiles, c’est à peine si deux ou trois pièces ont été publiées. Les statues ont été reproduites en similigravure dans le catalogue russe de Kieseritzky; mais il n’a pas osé — pas plus, d’ailleurs, que ses collègues du Louvre — défaire l'œuvre impudente des restaurateurs. Dans les t. II et III de mon Répertoire de la statuaire , j’ai publié des

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