Chennevières, Souvenirs, II, p
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
les libérer de leurs dettes1. D’autre part, à ce moment à la fois brillant et troublé de sa carrière, l’Empereur devait tenir beaucoup à contenter Mm0 Cornu, dont la famille et les familiers — Sébastien Cornu, Léon Renier, Clément, Renan, Desjardins — avaient été mis ou devaient être mis en évidence par l’acquisition et l’organisation du nouveau Musée.
M. Grandidier m’a raconté qu’après le prélèvement opéré par Guédéonow, Mœe Cornu vint visiter Rome, qu’on lui fit admirer ce qui restait du musée Campana et qu’elle s’employa dès lors à faire aboutir le projet d’achat. Ce voyage de M“e Cornu à Rome ne m’est pas autrement attesté et l’informateur de M. Grandidier — un ami de son père — a pu fort bien se tromper sur ce détail; mais il est sûr que Mmo Cornu était très en faveur de l’achat et que ses amis s’y employèrent à son défaut.
Cette réserve doit être faite ici, car, contrairement à une opinion accréditée, H/me Cornu ne voyait pas l'Empereur en 1861.
Iiortense Lacrûix, née en 1810, était la fille d’une dame de compagnie de la reine Iiortense. Filleule de la reine, elle fut élevée avec Louis-Napoléon dans le château d’Arenenberg, voisin du lac de Constance, et prit toute jeune un grand empire sur ce caractère vacillant et maladif. Pendant les années que le conspirateur passa dans la forteresse de Ham, elle lui rendit de nombreuses visites et s’employa à corriger ses écrits; peut-être connut-elle alors la future marquise Campana et sa mère, qui furent parmi les amies fidèles du prétendant. Quand Louis-Napoléon se fut échappé, Iiortense Lacroix le rejoignit en Angleterre; elle ne cessa de le fréquenter à son retour. Mais le coup d’Etat, qu’elle n’avait ni prévu, ni conseillé, les brouilla pour douze ans. Mme Cornu, mariée en 1834 au peintre Sébastien Cornu, élève d’Ingres, demeurait alors à Vincennes ; elle entendit de là le bruit des fusillades dans Paris. Lorsque le prince-président vint pour la voir, après le crime, elle cria du haut de l’escalier, pour qu’il l’entendît, qu’elle ne voulait pas recevoir chez elle des assassins.