‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 26 sur 55 · Voir la lettre de Mérimée à J. de Witte, citée plus haut · texte numérisé non relu

Voir la lettre de Mérimée à J. de Witte, citée plus haut

En 1856, lors de la naissance du prince impérial, elle parut s’adoucir un peu, mais continua à bouder fièrement, se contentant de relations indirectes avec son ancien ami. Si je suis bien informé, ses deux principaux intermédiaires étaient Mocquard, secrétaire et chef du cabinet de l’Empereur, et Charles Thélin, ancien valet de chambre du prince à Ilam, devenu trésorier de la cassette impériale, grand dispensateur de secours et de pensions.

Le 21 mai 1860, M”® Cornu disait à l’Anglais Nassau Senior1 : « Il m’a demandé il y a quelque temps de faire pour lui des recherches en Allemagne au sujet de son livre (l 'Histoire de César). Mocquard m’écrivit une lettre de remerciements. Louis-Napoléon y ajouta de sa main ces mots : « Ceci me rappelle les bontés que Mm<> Cornu avait pour le prisonnier de Ham. Les extrêmes se touchent, caries Tuileries, c’est encore une prison. » — En 1861 , l’Empereur lui envoya un vase de jade, provenant du pillage du Palais d’Eté près de Pékin. Elle dit à Senior : « Nous ne nous voyons pas, mais nous correspondons. Je lui sers d’intermédiaire auprès de plusieurs savants allemands. Je lui procure des renseignements pour son livre, comme je faisais à Ham pour son livre sur l’artillerie. » C’est cette année même qu’eut lieu l’achat de la collection Campana et la nomination de Sébastien Cornu à la direction provisoire du nouveau Musée; on comprend dès lors l’importance de ce témoignage : « Nous correspondons », recueilli par l’écrivain anglais.

La réconciliation n’eut lieu qu’en 1863, le 5 mars ; c’est encore grâce à Senior que l’on peut fixer cette date. Napoléon avait écrit à Mme Cornu une lettre pathétique; elle refusait de le voir depuis douze ans; il ne supportait pas la pensée que la mort pouvait le surprendre avant que Mme Cornu eût embrassé son fils, qui allait avoir sept ans. Mme Walewska vint chercher Mme Cornu de la part de l’Empereur et la conduisit aux Tuileries. Elle le trouva, dans le cabinet du souverain, avec l’Impératrice. « Méchante femme, s’écria l’Empereur, voilà douze ans que tu me tiens ri-

1. E. d’Eichthal, Revue de Paris, 1897, t. IV, p. 195 et suiv.

REVUE ARCHÉOLOGIQUE

gueur». On s’embrassa, on pleura; puis on envoya chercher l’enfant, que Mme Cornu embrassa avec effusion. « Après un reste de gêne, disait-elle à Senior, nous causâmes aussi familièrement que jamais. Depuis, je le revois ou je revois l’Impératrice deux ou trois fois par semaine... Mais, de temps à autre, la destruction de nos libertés, les massacres de 1 8ol , les déportations de 1852, les représailles de l’attentat d’Orsini se dressent devant mon esprit et j’ai horreur des embrassements d'un homme couvert du sang de tant de mes amis. »

Si cette noble femme surmonta ainsi ses scrupules — dont elle eut peut-être tort de faire si franchement la confidence à un étranger — elle n’usa jamais de son influence que pour le bien public, dans l’intérêt des savants et des hommes de lettres qu’elle groupait autour d’elle, qui lui parlaient et lui écrivaient à cœur ouvert. Je ne trouve pas d’exemple qu’elle ait sollicité pour ellemême une faveur. Son mari, en 1862, fut privé de sa situation d’administrateur du Musée Napoléon III; la preuve qu’elle n’en voulut pas à l’Empereur de ce coup porté à l’un des siens, c’est qu’elle se réconcilia avec lui l’année suivante et que Cornu ne reçut pas de compensation. D’autre part, presque au lendemain de la réconciliation, sachant qu’un poète républicain, Leconte de Lisle, en était réduit à brûler ses livres pour se chauffer, elle obtint pour lui la pension modeste qui lui a été si cruellement reprochée plus tard1. Elle ne chercha pas à briller aux bals de la cour; elle n’eut point de loge à l’Opéra; mais, seule de son sexe, elle avait obtenu l’autorisation de suivre les séances de l’Académie des Inscriptions et elle en profitait régulièrement, s’asseyant, m’a dit M. Pingard, sur la petite banquette à droite du bureau, où les académiciens venaient faire cercle autour d’elle, sourds aux coups de la sonnette présidentielle qui annonçait le début de la séance. Duruy, ministre libéral et hostile à la Congrégation, la tenait au courant de ses grands projets dans des lettres vibrantes

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