E. Ghesueau, La vérité sur le Musée Napoléon III, p
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
L’inauguration de ce qu’on appelait déjà le Musée Napoléon 111 avait été fixée au 1er mai ; elle eut lieu à la date indiquée, le jour même où s’ouvrit la grande Exposition Universelle de Londres. Le Moniteur du 29 mai publia la note suivante :
L’Exposition du Musée Napoléon III s’ouvrira au Palais de l'Industrie (Champs-Elysées) le jeudi 1« mai. L’entrée sera gratuite. Le mardi sera réservé aux études; des cartes d’admission seront délivrées à cet effet. Le lundi, le Musée sera fermé pour le service intérieur, etc.
Le 3 mai, le Moniteur annonça que le Musée était ouvert et ajouta: « L’administration provisoire du Musée délivre, sur demande écrite, des cartes d’étude pour le mardi aux savants, aux artistes, aux chefs d’atelier, ainsi qu'aux ouvriers recommandés par leurs patrons ».
Cette note, d’apparence inoffensive, était, en réalité, grosse de menaces pour le Louvre. Elle indiquait nettement ce qui, dès lors, était l’idée fixe de l’administration provisoire, comme d’un certain nombre de savants : que le Musée Napoléon III vivait d’une vie propre, qu’il ne s’adressait pas au même public que le Louvre, qu’il se proposait de fournir des modèles aux chefs d’industrie et aux ouvriers. On savait quelle était, pour ces derniers, la sollicitude de l’Empereur; en lui proposant de créer un musée pour les ouvriers, surtout pour les ouvriers sages, « recommandés par leurs patrons », on était sûr d’obtenir son assentiment.
Rien n’avait été négligé pour donner à l’exposition un caractère encylopédique ; ce que la collection Campana et les acquisitions faites depuis l’achat ne fournissaient pas, on le demanda aux missions scientifiques très fructueuses dont plusieurs jeunes savants, tous protégés et amis de Mmo Cornu, venaient de s’acquitter avec éclat. Pour la première fois, on vit au Palais de l’Industrie les originaux et les moulages rapportés de Syrie par Renan *, de Galatie par MM. Perrot, Guillaume et Delbet, de Macédoine par MM. Heuzey et Daumet. Une série d’articles intitulés : « No-
1. Les deux salles comprenant les objets recueillis par la mission de Phénicie furent ouvertes un peu plus tard ( Moniteur 24 mai 1862).
ESQUISSE D’UNE HISTOIRE DE LA COLLECTION CAMPANA Si
tice sur le Musée Napoléon III et Promenade dans les Galeries », par E. Desjardins, parut en feuilleton dans le Moniteur des 1er, 7 et 8 mai ; quelques jours après, la brochure réunissant ces articles était en vente dans les salles et servait à orienter le public. D’autres catalogues, hâtivement composés, mais utiles, et dont l’existence même était un reproche pour les conservateurs du Louvre, qui montraient si peu de zèle à en publier, vinrent bientôt s’ajouter à la Notice de Desjardins. J’ai sous les yeux un volume factice, acheté sur les quais par M. Seymour de Ricci, où l’on trouve reliées, à la suite de la Notice de Desjardins (28 éd., 1862, 70 p.), les brochures suivantes: 1° Catalogue de lamission d'Asie Mineure dirigée 'par M. G. Perrot (1862, 20 p.) ; 2° Catalogue de la mission de Macédoine et de Thessalie dirigée par M. L. Heuzey (1862, 33 p.); 3° Catalogue des objets provenant de la mission de Phénicie , dirigée par M. E. Renan (1862, 2e éd., 35 p.) ; 4° Notice sur les vases peints et à reliefs du Musée Napoléon III , par J. de Witte (s. d., 35 p.) ; 5° Catalogue des tableaux, des sculptures de la Renaissance et des majoliques du Musée Napoléon III (1862, 248 p., sans nom d’auteur) ; 6° Catalogue des bijoux du Musée Napoléon III (1862, 228 p., sans nom d’auteur). Une deuxième édition de ce dernier catalogue (242 p.) parut la mêmeannée avec une préface signée de l’auteur principal, Ch. Clément, qui nomme comme ses collaborateurs MM. Brunn et Castellani à Rome, Stromwald à Paris, ainsi que MM. L. Renier et J. de Witte. Déjà, le 2 mai 1862, Léon Renier avait fait hommage de la première édition à l’Académie des Inscriptions, en l’attribuant à la collaboration de MM. Clément, Brunn et Stromwald, sans nommer — c’était peut-être par inadvertance — celui qui aurait dû l’être avant les autres, Castellani.
La plus imparfaite de ces notices était celle des tableaux. Le compilateur anonyme, Cornu, regrettait, dans la préface, de n’avoir pu donner un catalogue raisonné : « Le temps nous a manqué. Placé dans l’alternative ou de laisser le public sans le moindre guide. . . ou de lui donner la traduction, seulement abrégée et simplifiée, du catalogue italien, nous nous sommes arrêté
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à ce dernier parti. Un grand nombre des attributions de ce catalogue sont discutables ; quelques-unes d’entre elles sont erronées. » Cette réserve était bien nécessaire, car le catalogue fourmille de grosses erreurs, qui ne sont pas seulement des erreurs d’attribution. Il y avait d’ailleurs une singulière exagération à dire, dans la même préface, que « le catalogue, fait d’une manière complète, ne serait rien moins [sic)1 qu’une histoire de l’art en Italie à l’époque de la Renaissance. » Le manque presque absolu de tableaux authentiques de grands maîtres, dans cette masse de 646 panneaux, enlevait toute apparence de bon sens à ce langage, qui devait provoquer, en manière de représailles, de sévères ou ironiques appréciations.
Mais c’est surtout la notice de Desjardins qui était faite pour mettre le feu aux poudres. Préjugeant l’avenir de la collection acquise par l’Empereur, le jeune et ambitieux écrivain opposait le nouveau musée à tous les musées connus, parce que ce n’était pas une réunion « d’objets d’art choisis avec goût », mais une véritable histoire de l’art « dans toutes ses transformations. » L’intérêt de ce musée unique « réside principalement dans l’ensemble qu’offrent les séries, au point que, si l’on songeait à les diviser, la valeur toute spéciale de cette collection et même de chacun des objets qui la composent en serait certainement diminuée » (p. 7). Dans la Conclusion (p. 68), Desjardins revenait à la charge, mais cette fois en son nom propre, tandis qu’il avait semblé, dans le préambule, interpréter la pensée même du Gouvernement : « Nous répétons ici le vœu que nous avons exprimé en commençant, de voir conserver réunies les richesses de ces séries, dont l’ensemble même fait l’intérêt tout spécial et rehausse la valeur artistique du Musée Napoléon III. » Il faut convenir que Vitet fut excusable de croire trouver là l’expression d’une opinion officielle, d’autant plus que la Notice avait paru d’abord dans le Moniteur.
Voici comment était distribuée la collection :