‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 30 sur 55 · Desjardins, Du patriotisme dans les arts , p · texte numérisé non relu

Desjardins, Du patriotisme dans les arts , p

aux conservateurs du Louvre, qui ne se souciaient nullement d’y attirer le public.

Le ton de la presse française, enthousiaste au début, resta généralement favorable. Il n’en fut pas de même de la presse étrangère, anglaise, belge et allemande. LaFrance de 1861 et le rêveur aventureux qu’elle souffrait à sa tête n’étaient guère aimés au dehors et excitaient autant de jalousie que d’inquiétude. L’Empereur s’était découvert en achetant la collection Gampana ; on le visait en la dénigrant. Cela n’était pas vrai seulement de l’étranger, mais en France, où l’opposition des salons légitimistes et orléanistes faisait volontiers flèche de tout bois.

Mais, comme il arrive dans les choses humaines, les mémorables polémiques qui remplirent l’été et l’automne de 1862 furent alimentées par des causes multiples. Il y avait les raisons politiques que j’ai indiquées; il y avait des rivalités personnelles; il y avait enfin le conflit de deux doctrines qui n’ont pas cessé depuis de se partager l’opinion, toutes les fois que l’organisation des Musées nationaux s’est trouvée enjeu.

Je vais résumer d’abord les deux thèses en conflit et énumérer les arguments qu’invoquèrent les adversaires, en laissant de côté, pour l’instant, ce qui était de pure polémique ou touchait à des antagonismes personnels.

Voici d’abord la thèse du surintendant des Beaux-Arts et des conservateurs du Louvre, que l’on trouve exposée, par exemple, dans la brochure d’Ernest Ghesneau, Les intérêts populaires dans l'art , la vérité sur le Louvre , le Musée Napoléon III et les arts industriels, publiée dans les derniers mois de 1862.

Le Musée Campana n’a pas été réuni par son fondateur d’après un pian préconçu et systématique ; c’est un assemblage hétérogène des produits de fouilles exécutées en Italie et d’acquisitions souvent faites en bloc, au hasard des occasions.

Ce Musée contient non seulement des objets en double, mais des centaines de répliques sans intérêt des mêmes types, en par-

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ticulier dans la section des vases. Il abonde, surtout dans celle des tableaux primitifs, en pièces médiocres, mal attribuées, qui ne peuvent rien apprendre au public et constitueraient, dans un grand musée comme le Louvre, un encombrement plutôt qu’une richesse.

D’autre part, c’est bien pour le Louvre et pour combler ses lacunes que ce musée a été acquis; cela a été dit formellement par le marquis d’Espeuilles, rapporteur du projet d’acquisition au Sénat, et cela était si bien conforme aux intentions de l’Empereur que le souverain avait d’abord confié à des conservateurs du Louvre la mission de le renseigner sur l’importance de la collection à acquérir*. Acheté avec l’argent de toute la France, ce musée est parfaitement propre non seulement à enrichir le Louvre d objets d’une réelle valeur, mais à fournir aux musées de province des spécimens très instructifs, sinon de premier ordre, de la céramique antique, de la peinture italienne du xvc siècle, de la majolique, etc.

Conserver, dans son intégrité, un pareil Musée, en présence et à quelques pas du Louvre, serait créer un double emploi aussi préjudiciable à l’éducation artistique du public qu’au bon renom de la science et des connaisseurs français.

A quoi Sébastien Cornu et ses amis, parmi lesquels de nombreux amateurs et artistes, répondaient par les considérations suivantes :

Campana n’a nullement collectionné « au petit bonheur ». « Tous ceux qui l’ont connu au temps de sa prospérité savent qu’il se préoccupait fort de créer des séries historiques suivies. 11 avait grande prétention à cet égard, surtout pour ses vases et ses terres cuites. Personne n’ignore à Rome qu’il lui arrivait de refuser souvent un objet d’art d’un certain mérite, mais dont il possédait l’équivalent historique... Il dit encore aujourd’hui, à qui veut l’entendre, que son intention a toujours été de faire un Musée historique universel... Eût-il jamais conservé des produits dont le dessin est si rapide et la peinture si négligée, s’il n’eût

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