Voir Viel-Castel, Mémoires , t. VI, p
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ce que le Moniteur déclarait le 4 novembre 1862 : « Jamais il n’a été question de créer un Musée spécial en dehors du Louvre; au contraire, dans toutes les discussions qui se sont produites sur la demande de crédits pour l’acquisition des collections Campana, il a toujours été établi que ces collections viendraient compléter les richesses artistiques de même nature que renferme le Louvre. » Cette note est doublement inexacte, car, d’abord, il n’y avait pas eu de « discussion » au Parlement et, en second lieu, l’acquisition de la collection avait été décidée par l’Empereur seul, indépendamment du Parlement et sans l’aveu de la direction des Musées.
Vers la lin du mois de juin, on sut que la solution favorable au Louvre avait définitivement prévalu en haut lieu. Sébastien Cornu, « jugeant sa mission accomplie », donna sa démission le 26 juin. Le ministre d’Etat commença par la refuser et ne l’accepta, sur de nouvelles instances, que le 10 juillet.
Le 5j uillet, Napoléon 111 écrivait de F ontainebleau à Mmc Cornu *:
« Ma chère Hortense,
« Je regrette vivement que votre mari ait donné sa démission. Il a pu y « avoir, de la part du directeur des Musées, des choses qui aient blessé votre « mari; mais, quant à moi, j’ai toujours tâché de faire valoir son goût parfait, « son talent et son érudition ; seulement je n’ai pas varié dans mon intention de « placer au Louvre le Musée Campana. L’Etat ayant dépensé trente millions « pour le Louvre et fait qu’il renferme ce que l’État a de plus précieux; et d’un « autre côté le Musée Campana est trop important pour le placer dans un bâti- « ment quelconque. J’aurais voulu aussi que l’exposition en durât plus longtemps, « mais Walewski n’a plus de fonds et nous n’aurions pas pu en demander de nou- « veaux. Voilà la question dans sa simple vérité. Mais, à part la question de « principe, je voudrais bien trouver à employer votre mari conformément à ses « goûts et à ses aptitudes et cela je le désire non seulement à cause de l’amitié « que je lui porte, mais dans l’intérêt de l’art, de la science. Aidez-moi donc dans « ce sens, vous me rendrez doublement service.
« Napoléon. »
1. Biblioth. Nat., ms., nouv. acq. fr. , 1067, f. 139. Je dois la copie à l’amabilité de M. Seymour de Ricci. Quelques lignes sans importance, au commencement et à la fin de la lettre, ont été omises. — Le dossier dont fait partie
Le 12 juillet intervint le décret suivant, signé la veille par l’Empereur à Vichy* :
« Napoléon, etc., etc.
« Vu la loi du 2 juillet 1861, qui a autorisé l’acquisition du Musée Campana ;
«< Vu l’article 6 du sénatusconsulte du 12 décembre 1852;
« Avons décrété et décrétons ce qui suit :
« Art. 1. — Seront réunis aux collections de la Couronne, pour former le Musée Napoléon III, les objets composant le Musée Campana.
« Art. 2. — Ne seront pas compris dans la remise à faire à la liste civile impériale les objets doubles ou reconnus inutiles pour les collections du Louvre.
« Ils resteront à la disposition du ministre d’État pour être concédés soit à des établissements de l’État, soit aux Musées départementaux.
« Art. 3. — Le ministre d’État et le ministre de notre Maison sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
« Fait à Vichy, le tl juillet 1862.
« Napoléon.
« Le Ministre de la Maison de l’Empereur, « Le Ministre d’État,
« Vaillant. « Walewski. »
En même temps, le Ministre d’État désignait une commission chargée de séparer et de répartir les doubles dans les musées de province. Cette commission se composait de MM. de Nieuwerkerke, directeur général des Musées, président; Prosper Mérimée et F. de Saulcy, vice-présidents; Beulé, Charles Clément, Sébastien Cornu, Courmout, de Longpérier, Ravaisson, Reiset, Léon Renier, Du Sommerard, Horace de Viel-Castel, Viollet-le-Duc, J. de Witle, Darcel. Léon Renier, Cornu et Clément refusèrent d’en faire partie ; on y adjoignit un peu plus tard le peintre Flandrin, que l’on savait opposé à la dispersion du Musée Campana, du moins à celle de la section des tableaux.
Le 12 juillet, sur un ordre ministériel, Ch. Clément remit le Musée Napoléon III à l’administration du Louvre, qui lui recette pièce contient plus de 250 lettres de Napoléon III à Mme Cornu (1820-1872). La plupart des lettres écrites de Ham ont été publiées en extraits par M. Jerrold ( Life of Napoléon the third).
1. Le texte a été reproduit par Clément de Ris, Les Musées de province, p. 7.
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fusa toute décharge, tout récolement contradictoire des objets comprenant la collection ; ce refus motiva, delà part de Clément, une lettre qu’il adressa le lendemain au ministre d’Etat, « pour décliner la responsabilité d’une manière de procéder qui ne lui semblait pas régulière. » A cette allégation de Cornu, Clément et Saglio ‘, on a opposé une version détaillée du même incident, qui montre combien les rapports étaient alors tendus entre Cornu et Nieuwerkerke et explique l’âpreté des polémiques qui avaient déjà commencé à ce moment. Voici cette version, telle que l’a donnée Chesneau1 2 :
Les 4 800 000 francs volés par les Chambres ayant été absorbés pour l’achat, le transport et l’installation des collections, ainsi que par l’entretien du personnel, il fallait ou clore immédiatement l’exposition, ou en faire supporter les charges ultérieures à la Liste civile. On s’arrêta à ce dernier parti. Courmont, chef du Bureau des Beaux-Arts, représentant le ministre d’État, fut chargé, de concert avec les administrateurs provisoires, de livrer possession à M. le directeur général des Musées, représentant la Liste civile. Mais lorsque Nieuwerkerke et Courmont se présentèrent, Cornu était démissionnaire et ils ne trouvèrent que l’administrateur-adjoint Clément. Il fut convenu que les deux premiers, munis du catalogue d’acquisition, feraient eux-mêmes l’inventaire des objets, Clément s’offrant à se mettre à leur disposition pour les renseigner. Mais quand on s’adressa à Clément, il ne répondit pas et ne reparut pas au Musée. Alors, en l’absence de l’administrateur provisoire qui, seul, avait les pouvoirs nécessaires pour remettre le Musée à l’administrateur définitif, celui-ci prit purement et simplement possession au nom de la Liste civile, en présence du représentant du ministre d’État.
Victorieuse ainsi à grand’peine, l’administration du Louvre fit preuve d’une activité qui n’était guère alors dans ses habitudes.