Chesneau, La vérité sur le Louvre, etc., p
Viel-Castel écrit dans son journal, le 5 avril 1863 : « Nieuwerkerke déteste l’Académie des Beaux-Arts et il la craint, parce qu’elle a blâmé et dénoncé à l’Empereur la funeste restauration des tableaux du Louvre et parce qu’elle a demandé l’exposition dans le Musée de la collection Campanatout entière. J'ai dit, en leur temps,., les efforts que j’avais faits auprès de Nieuwerkerke pour arrêter la fureur restauratrice du conservateur des tableaux...; je l’ai dit aussi à la Princesse; Nieuwerkerke a été furieux... Il a conduit la Princesse dans les galeries du Louvre; il y a conduit un grand nombre de personnes et il leur a fait l’éloge le plus complet des restaurations. Cependant, quelques mois après, il remplaçait Villot, conservateur des peintures, par le myope Reiset, conservateur des dessins, et il faisait approuver par le ministre le règlement par lequel l’Académie des Beaux-Arts était désormais appelée à se prononcer sur la nécessité des restaurations. Les membres de l’Académie des Beaux- Arls sont actuellement ses ennemis, surtout M. Ingres, qui a écrit contre la dislocation du Musée Gampana. Tout récemment, pour jouer un tour à cet artiste, Nieuwerkerke et le fameux Chennevières ont retiré de la galerie du Luxembourg tous les tableaux du maestro et les ont placés dans un salon peu éclairé. M. Ingres a porté plainte à l’Empereur. »
Il est bon d’ajouter que Viel-Castel, quand il écrivait ces lignes, était brouillé à mort avec son cousin Nieuwerkerke qui, à bout de patience, et pour des raisons qui ne sont pas données dans les Mémoires , l’avait destitué le 12 mars 1863 et l’avait remplacé par Barbet de Jouy1.
1. Chabouillet connaissait les vraies raisons de la disgrâce de Viel-Castel; il me les a indiquées en termes vagues; peut-être a-t-il laissé quelques notes à ce sujet. En tous les cas, le motif allégué dans les Mémoires de Viel-Castel (un article de La France où les actes du surintendant étaient critiqués) est tout à fait insuffisant pour expliquer la mesure très grave dont il fut l’objet. — Horace de Viel-Castel, né le 16 août 1802, secrétaire-général des Musées le !•- janvier 1852, conservateur du Musée des Souverains le 1er janvier 1861 ; « a cessé ses fonctions le 15 mars 1863. » ( Archives du Louvre.) Le xxe siècle verra sans doute paraître une édition critique de ses curieux Mémoires ; mais où est le manuscrit?
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
Pour une fois, Delacroix se trouvait d’accord avec Ingres. Lui aussi protesta contre la dislocation du Musée Gampana dans une lettre adressée à Beulé, qui fut publiée dans le Journal des Débats du 9 novembre. Il est utile de transcrire ici ce document.
Monsieur le Secrétaire Perpétuel et cher Confrère,
J'ai l’honneur de vous adresser quelques observations relatives au grave sujet sur lequel l’Académie des Beaux-Arts a mission de se prononcer dans ce moment, et auquel elle a déjà consacré plusieurs de ses séances; je veux parler des questions relatives à la transformation projetée du Musée Napoléon III. Eloigné de Paris, je prends la liberté de soumettre à l’Académie le résumé imparfait des idées que j'eusse été heureux de développer devant elle à cette occasion, et pour lesquelles je sollicite toute son indulgence.
Je n’ai pas besoin de constater la peine qu’ont éprouvée tous les artistes à la nouvelle des remaniements qu’on s’est proposé de faire subir au Musée Napoléon III. Cette collection, célèbre dans l'Europe entière, avait été pour nous tous, dès son apparition, un sujet d’admiration et en même temps de la plus respectueuse et de la plus sincère reconnaissance pour l’Empereur, lequel avait daigné la prendre sous sa protection spéciale, en lui donnant son nom, après en avoir si libéralement doté la France*.
Il m’avait semblé, en particulier, qu’une grande partie de l’intérêt que présentait cette réunion d’objets admirables résultait de cette réunion même, et que la pensée de la réduire, sous prétexte d’en éloigner les pièces secondaires, était tout à fait contraire à l’intention évidente de son fondateur et à la destination d’un véritable Musée. 11 n’en est pas d’une semblable collection comme de celle d’un amateur passionné et exclusif, qui se plaît à n’admettre que des morceaux de choix, dont la rareté constitue souvent l’unique mérite. Une collection offerte à l’étude doit se composer, non seulement de beaux objets, mais encore de tous ceux qui, dans un ordre de mérité moins élevé, permettent toutefois de suivre et de juger les tâtonnements à travers lesquels l’art est arrivé à sa perfection.
Rien ne saurait être plus instructif. La curieuse collection de tableaux italiens du Musée Campana, que je citerai à ce sujet, a été, à mon gré, jugée superficiellement et, pour la plus grande partie, condamnée par des personnes qui ne se sont pas suffisamment rendu compte de son importance relative et des lumières qu’elle donne sur les origines et les progrès des écoles italiennes. Cette instruction, qui ne pouvait jusqu’à ce jour se trouver nulle part à Paris,