Gela est parfaitement juste et n’a jamais été mieux dit
2. J’ignore à quels projets Delacroix faisait allusion; M. Frœhner croit qu’il s’agit des donations Lacaze et His de la Salle.-
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Déjà un précieux tribut d’admiration avait été payé à cette belle collection, et l’illustre M. Ingres avait regardé presque comme un devoir de la recommander aux lumières et à la protection de l’Académie; je viens à sa suite, et en termes affaiblis, témoigner au moins de ma vive sympathie et de mes vœux pour la conservation du Musée Napoléon III.
Veuillez agréer, etc.
lïug. Delacroix,
Membre de l’Institut.
Revenons maintenant en arrière pour raconter deux curieux épisodes de cette histoire : la consultation des Académies et la publication, par M. Frœhner, des inscriptions recueillies par MM. Renan et Heuzey, qui étaient exposées au Palais de l’Industrie.
La décision de l’Empereur de consulter les deux Académies compétentes remontait, comme nous l’avons vu, au mois d’août; le surintendant était chargé de la faire connaître aux intéressés. Par le motif, ou sous le prétexte, que beaucoup d’académiciens étaient en vacances et loin de Paris, Nieuwerkerke attendit jusqu’au commencement du mois d’octobre; il saisit d’abord l’Académie des Beaux-Arts et puis, une dizaine de jours après, celle des Inscriptions. Les procès-verbaux des séances de cette compagnie, alors rédigés par Ernest Desjardins (tà titre privé), ont conservé le souvenir des réclamations que souleva la communication tardive de Nieuwerkerke.
A la séance du 17 octobre 1862, le secrétaire perpétuel, Guigniaut, transmit une lettre du directeur-général des Musées, en date du 15 octobre, écrite au lieu et place du ministre d’Etat et sur l’ordre exprès de l’Empereur. Cette lettre annonçait qu’une commission avait été chargée de faire, entre les objets d’art et d’archéologie dont se composait le Musée Campana, le choix de ceux qui pourraieut être affectés aux Musées des départements et ce, en vertu du décret de Vichy (11 juillet 1862). « L’Empereur,
ajoutait le directeur-général, tout en rendant justice aux lumières et à la compétence des membres de la Commission, a voulu, par un dernier scrupule, que l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et celle des Beaux-Arts fussent consultées, à l’ellet de savoir si, parmi les objets éliminés, quelques-uus ne seraient pas regrettables pour le Musée du Louvre. » En conséquence, M. de Nieuwerkerke demandait à l’Académie de vouloir bien fixer le jour où elle se transporterait au Palais de l’Industrie, pour se conformer au désir de l’Empereur. Il ajoutait que l’opération était urgente, l’exposition devant être close à la fin du mois et le transport de la collection s’effectuer aussitôt. Il s’excusait enfin du retard de cette communication, alléguant l’absence d’un grand nombre de membres des deux Académies pendant les derniers mois de l’été.
Guigniaut exprima le regret qu'une communication de cette importance eût été faite tardivement, alors qu’il restait peu de temps pour qu’une opération si sérieuse fût conduite avec tout le soin qu’elle méritait. D’ailleurs, informations prises, il croyait savoir que le délai si court laissé à l’Académie pour s’acquitter de sa mission n’était pas « d’absolue rigueur. » Il importait, disait-il, vu que l’Académie des Beaux-Arts avait été saisie huit jours plus tôt et avait déjà tenu plusieurs séances au Palais de l’Industrie, que l’Académie des Inscriptions pût s’entendre avec elle, par l’intermédiaire des deux bureaux, sur les points communs du travail à faire, ainsi que sur les règles à adopter pour qu’il fût fait le mieux possible.
Là-dessus Longpérier représenta que, si la besogne était urgente, elle était en même temps très simple. Après l’examen par la commission ministérielle et l’élimination d’un certain nombre d’objets doubles ou même faux, il ne s’agissait plus que d’une révision finale et sommaire; l’Académie des Beaux-Arts ayant à peu près terminé la part qui lui revenait de ce travail, il importait que l’Académie des Inscriptions regagnât le temps perdu et ne retardât pas la fin nécessaire de l’opération.
Beulé, que l’escalier de l’Acropole (découvert par Titeux)
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avait fait membre des deux Académies, se rangea à l’avis de Guigniaut. Il n’y avait, pas péril en la demeure; le premier intérêt, c’était que la mission de l’Académie des Inscriptions fut remplie avec réflexion et maturité. D’ailleurs, contredisant Longpérier, il déclara que le travail auquel s’était livrée l’Académie des Deaux-xArts n’était qu’une étude préparatoire, faite séparément par les diverses sections, dont le jugement devait être, selon l’usage, ratifié par toute la compagnie.
A la suite de cette discussion, on nomma une commission de six membres, composée de Hase, Léon de Laborde, Wallon, Brunet de Presle, Egger et Miller; ces Messieurs, joints aux membres du bureau (E. de Bougé, P. Paris, Guigniaut), devaient se rendre sans retard au Palais de l’Industrie. La désignation des commissaires ne fut pas le résultat d’un vote; elle eut lieu par les soins du bureau, qui exclut tous les membres de l’Académie ayant appartenu à la commission ministérielle (notamment Longpérier). Mais il était entendu que tous les membres sans distinction étaient invités à se joindre à leurs collègues pour les éclairer de leurs avis.
Le 24 octobre, Egger, rapporteur de la commission, exposa qu’elle avait été reçue au Palais de l’Industrie par Nieuwerkerke et Longpérier. Dans une salle spécialement disposée à cet effet, elle avait trouvé et examiné1 2 les objets mis à part par la commission ministérielle pour être concédés soit à des établissements de l’Etat, soit aux musées des départements, à savoir :
1° Environ 60 séries de vases antiques, presque tous sans figures, d'une valeur évidemment secondaire, en général bien conservés;
2° Une série d’environ 60 bas-reliefs en terre cuite;
3° Une série contenant un nombre à peu près égal de sarcophages étrusques en terre cuite, ornés de bas-relifs et de figurines en ronde-bosses.
1. La visite, m’apprend M. Froehner, ne dura guère qu’un quart d’heure.
2. Il s’agit de petites urnes étrusques, improprement qualifiées de sarcophages ■
Il a été déclaré à la commission académique que chacun de ces objets était représenté, et cela souvent par plusieurs exemplaires, supérieurs par leur état de conservation et par leur beaulé, dans la partie du Musée Campana destinée à être réunie aux collections du Louvre. La commission ministérielle avait maintenu sans exception, dans le lot du Louvre, tous les bijoux, toutes les verreries, toutes les peintures antiques, tous les objets en bronze, toutes les inscriptions grecques ou latines. Elle n’avait fait d’élimination que parmi la surabondante collection des vases et des objets en terre cuite, tout en poussant le scrupule jusqu’à conserver des pièces d’une fabrication imparfaite, mais qui, par leur imperfection même, pouvaient éclairer les connaisseurs sur certains procédés de l’industrie ancienne.
Enfin, répondant à l’inquiétude exprimée par un membre de la commission sur les conséquences d'une dispersion possible du nouveau Musée entre les diverses collections du Louvre, M. de Nieuwerkerke avait déclaré que la collection Campana conserverait, sous le nom de Musée Napoléon III, son intégrité distincte, qu’elle serait transportée et laissée dans les salles voisines du Musée des Antiques, où seulement elle s'augmenterait des acquisitions déjà faites ou à faire, dans le même genre d’objets, par le souverain régnant.
Ces assurances reçues, et vu l’étude parallèle confiée à l’Académie des Beaux-Arts, la commission s’était contentée d’examiner : 1° un certain nombre d’objets absolument écarlés comme faux ou comme altérés par des restaurations indiscrètes; 2° les deux ateliers où l’on réunit et où l’on s’efforce d’appareiller des centaines de fragments provenant soit des vases, soit des basreliefs en terre cuite, et d’où pourraient sortir un jour, avec quelques pièces dignes de figurer dans les collections du Louvre, des morceaux qui enrichiraientle fonds destiné à d’autres collections ; 3° une série de vases réservés en vue des échanges que l’Empereur, a-t-il été dit, se propose de faire avec les musées des départements pour enrichir la collection gallo-romaine de Saint-Germain1.
1. Il n’existe à Saint-Germain aucune trace d’échanges de cette nature. En
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Après en avoir délibéré, la commission académique proposait, à l’unanimité, de répondre au directeur général des Musées dans le sens d’une adhésion pure et simple aux conclusions de la première commission.
Ces conclusions du rapporteur furent adoptées par l’Académie et transmises au directeur général des Beaux-Arts, représentant le ministre d’Etat.
On remarquera que, dans ce rapport d’Egger, transcrit presque textuellement ci-dessus, il n’est fait aucune mention des statues antiques, mais seulement des marbres à inscriptions. L'Académie des Inscriptions poussait la modestie jusqu’à se déclarer incompétente sur le chapitre des statues antiques, comme sur celui des tableaux italiens du xve siècle! Attitude, hélas, trop caractéristique d’une époque où, sauf quelques tout jeunes gens, devenus depuis des maîtres, personne en France ne s’intéressait sérieusement à l’histoire de l’art antique, à tel point qu’en 1870, lorsque la place de Longpérier devint vacante1, il n’y avait pas un archéologue capable de la remplir et qu’on nomma Bavaisson après avoir songé à Barthélemy”! Toutefois, dans l’occurrence,
revanche, le Musée de Saint-Germain possède un très beau vase à figures rouges (inédit), provenant du Musée Campana.
1. Nieuwerkerke avait fini par perdre patience. Le 14 février 1870, il écrivait à M. Froehner : « J’ai l’honneur de vous prévenir que je viens de mettre en congé illimité M. de Longpérier, conservateur des antiques, et qu’à partir de ce jour je vous charge de tout le service de ce département. Vous aurez, avant tout, à prendre immédiatement les moyens que vous jugerez convenables pour que, dans le plus bref délai possible, l’inventaire des antiques soit terminé, afin que je puisse, après dix-sept ans de retard, le remettre au ministre de la maison de l’Empereur. » Longpérier donna sa démission le 1er juin 1870. Le 7 juillet, un décret de Saint-Cloud créa pour M. Froehner une place de conservateur des objets d’art affectés au service des Palais Impériaux, des Bâtiments et Jardins de la Couronne ; F. Ravaisson fut nommé conservateur des antiques, M. Heuzey conservateur-adjoint. M. Héron de Villefosse, que M. Froehner avait distingué à la Société de numismatique, avait été nommé attaché aux antiques le 20 février 1869. L’emploi de M. Froehner fut supprimé par décret le 23 septembre 1870; le 17 septembre, M. Ch. Ravaisson, fils du conservateur des antiques, avait été chargé des fonctions d’attaché (titulaire le 25 janvier 1874).
2. Je tiens cela de M. de Barthélemy lui-même; Longpérier avait fait le vide autour de lui, Ravaisson, qui n’avait aucun titre sérieux d’archéologue, l’em-
l’Académie, qui comptait parmi ses membres Laborde et Beulé, poussa l’humilité un peu loin. Sa besogne de « repêchage » avait été prestement accomplie : elle s’était contentée de ne rien « repêcher» du tout. Pour Longpérier, câme de la commission ministérielle et très influent à l’Académie des Inscriptions, c’était un triomphe complet.
L’Académie des Beaux-Arts, comme on pouvait s’y attendre, fut de moins bonne composition. A la suite de visites collectives et de discussions dont le détail n’a pas été conservé, elle ajouta aux objets désignés par la commission ministérielle 39 sculptures antiques, un certain nombre de faïences en relief et de majoliques, enfin 206 tableaux (la commission n’en avait retenu que 97 sur 646) 1 .
Ce sauvetage de 200 tableaux provoqua tout de suite des critiques : « Si les membres de l’Institut avaient eu à juger une collection d’œuvres contemporaines, malgré certaines préventions de goût et d’école, personne plus qu’eux n’eût été apte à choisir et à désigner des œuvres dignes d’être conservées. Mais le travail qu’ils ont eu à faire était bien plutôt œuvre d’expert, de peintre-archéologue, habitué à reconnaître l’authenticité d’un tableau, à distinguer une copie d’avec un original; il exigeait des connaissances toutes spéciales, purement d’application — nullement le génie esthétique. Autre chose est de dire : « Cette œuvre est belle » et d’affirmer : « Cette œuvre est de tel artiste du xve siècle. » Eh bien! l’homme le plus habile dans cette connaissance historique et pratique de l’art et des artistes, celui qu’à Paris lout le monde vient consulter pour éclaircir un doute sur l’authenticité d’un tableau, M. Reiset, pour le nommer, conservateur des peintures au Louvre, faisait partie de la première commission. C’est pourquoi il est permis de craindre qu’en ajoutant environ 200 tableaux à ceux qui avaient été choisis
porta par la faveur de l’Impératrice, dont il fréquentait assidûment les réceptions (Chennevières, Souvenirs, II, p. 1 16). Cet éminent penseur cultivait les relations avec les grands et croyait, par expérience, à leur utilité.
1, Reiset, Notice des tableaux du Musée Napoléon lll, Paris, 1867, p. 8-9,
antérieurement, l’Académie des Beaux-Arts ne nous ait dotés malgré nous d’œuvres tout à fait inférieures, de copies médiocres et de pastiches plus ou moins habiles1. »
Ainsi, l’Académie des Inscriptions avait donné gain de cause à Longpérier, mais l’Académie des Beaux-Arts avait condamné à la fois Longpérier et Reiset, l’un à conserver 39 statues antiques, l’autre à s’accommoder d’un supplément de 206 tableaux. La leçon était surtout sévère pour Reiset, puisqu’on l’accusait implicitement, sur trois œuvres intéressantes, d’en avoir méconnu et mal jugé deux. Reiset en conçut un ressentiment qu’il exprima, en 1863, dans la préface de la Notice des Peintures du Musée Napoléon III , exposées dans les salles de la Colonnade du Louvre. Il fan t reproduire cette page élégante et pleine de fiel.
Les tableaux choisis par l’Académie des Beaux-Arts échappaient, tout le monde le comprendra, à notre humble juridiction. Les décisions de ce corps illustre sont pour nous sans appel, et nous espérions n’avoir qu'à transcrire ses jugements. Cet espoir a été déçu. L’Académie ne nous a pas fait connaître les attributions qu’il fallait donner aux tableaux désignés par elle, et la liste remise par M. le secrétaire perpétuel ne contenait que des numéros.
Notre embarras, déjà grand sur la première partie de cette collection, n’a donc pu que s’accroître en ce qui concerne la seconde. Nous avions du moins, pour cette première partie, l’appui et les avis des membres de la commission. Plusieurs des tableaux choisis par eux avaient d’ailleurs une notoriété qui manque complètement ici. Tout nous fait défaut et nous aurions vivement désiré d’avoir la liberté de garder le silence, quand une si haute autorité jugeait convenable de ne pas parler. L’abstention eût servi à la fois notre goût et nos intérêts.
Reiset oubliait complètement, en écrivant cela, que l’Académie des Beaux-Arts n’avait pas été chargée d'une expertise, mais que lui, conservateur des peintures au Louvre, était payé pour faire un travail d’expert. Malgré sa mauvaise humeur, il s’en acquitta fort bien, parce qu’il était, avec Morelli, le meilleur connaisseur de son temps.