‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 46 sur 55 · Chesneau, op laud., p · texte numérisé non relu

Chesneau, op laud., p

2. J’ai tiré les renseignements qu’on va lire d’un dépôt d’archives; je tiens à dire qu’ils ne m’ont pas été fournis par M. Froehner, auquel j’ai seulement soumis une épreuve de cet article, comme des autres chapitres du présent mémoire, et qui m’a obligeamment signalé quelques corrigenda.

3. Froehner, Die griechischçn Vasen und Terracotten der Grossherzoglichen

il vint à Paris, hautement et chaudement recommandé, avec l’intention de se consacrer à l’archéologie dans la ville qui était alors le Paradis des collectionneurs et le plus grand marché d’objets d’art du monde. Le 10 janvier 1861, il se présentait chez Nieuwerkerke et lui exprimait le désir de travailler dans le département des antiquités grecques et romaines du Louvre. Nieuwerkerke lui donna une lettre de recommandation pour Longpérier, sans lui dissimuler qu’il demandait une faveur singulièrement difficile à accorder. Mais M. Froehner plut à Longpérier, qui se méfiait volontiers des jeunes Français sortis de l’Ecole d'Athènes, mais se sentait plus à l’aise avec un étranger, dont il croyait — bien à tort — n’avoir rien à craindre1. Longpérier le reçut souvent et lui suggéra l’idée de s’occuper des catalogues du Louvre, que le surintendant et le public ne cessaient de réclamer. Ce qu’il fallait avant tout, c’était un catalogue des vases antiques-, M. Froehner croyait pouvoir le rédiger et le'publier en un an, s’étant mis d’accord avec Longpérier (je cite un document très autorisé) sur les questions d’exégèse archéologique. Entre temps, il voyait aussi Nieuwerkerke, qui l’invitait à ses soirées du Louvre, honneur alors très recherché et accordé avec parcimonie. M. Froehner avait espéré être introduit auprès de l’Empereur par la tante de ce dernier, la grande-duchesse Stéphanie de Bade, qui voulait du bien au jeune archéologue; mais elle mourut avant de pouvoir tenir sa promesse. C’est Nieuwerkerke qui recommanda M. Froehner à Napoléon III, pour lui lire, le soir, Drumann et Mommsen, en vue de Y Histoire de César dont la rédaction avançait. Le lecteur était instruit, souple

Kunsthalle zu Karlsruhe, Heidelberg, 1860 ( sorgfciltige , noch heute unentbehrliche Schrift, écrit M. Winnefeld, Beschreibung der Vosensamunlung zu Karlsruhe, 1887, p. îv).

1. On m’a raconté que Longpérier songeait, dès cette époque, à faire entrer au Louvre son fils Henri, qui était beaucoup trop jeune; Froehner devait occuper la place jusqu’au jour où, Henri étant d’âge, il serait loisible de remercier sans façons l’archéologue badois. Je ne garantis pas cette histoire, mais je la crois vraie.

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et spirituel; il se trouva bientôt, avec lEmpereur, sur un pied d’intimité surprenant.

Vers le milieu de l’année, M. Froehner eut le malheur de perdre son père; on lui offrit une place de professeur de grec en Allemagne, mais il hésita à l’accepter, parce que cela l’eût obligé à renoncer à l’archéologie « pour se faire pédagogue ». Au mois de septembre, il s’adressa de nouveau à Nieuwerkerke, demandant a être attaché temporairement au département des Antiques, avec une petite rétribution prise sur les fonds du matériel, en vue de la rédaction du catalogue des vases. Le directeur général transmit la demande à Villot, secrétaire général du Musée depuis le 1er avril 1861; celui-ci, après en avoir conféré avec Longpérier, émit un avis très favorable. Longpérier donnait les meilleurs renseignements sur les connaissances archéologiques du jeune homme et désirait vivement qu’on pût l’attacher pendant un an environ à sa conservation afin de terminer (!) les inventaires et les catalogues.

Nieuwerkerke approuva; la nomination devait être faite le 1er janvier 1862. Elle fut retardée par la mort de Mm0 de Longpérier (20 septembre 1861). Le 10 février 1862, M. Froehner entra au Louvre comme attaché temporaire à la Conservation des Antiques; il devait être chargé des fonctions de conservateuradjoint le 23 mars 1863 et pourvu définitivement de cet emploi après sa naturalisation, le 21 juillet 1866.

Le projet de catalogue des vases ne reçut même pas un commencement d’exécution; d’ailleurs, l’acquisition de la collection Campana et le transfert de cette collection au Louvre devaient bientôt imposer, à Longpérier et surtout à Froehner, de plus pressants et de plus difficiles devoirs.

La publication, dans le Philologus, des textes épigraphiques exposés au Palais de l’Industrie, souleva, à l’Académie des Inscriptions, des protestations passionnées. Dans la séance du 26 septembre, Léon Renier demanda la parole « pour dénoncer à l’Académie un abus qui devait exciter toute sa sollicitude... »

« L’Académie, ajoutait-il, a entendu, dans une de ses dernières

séances, une communication de M. Egger sur les inscriptions grecques et latines rapportées de Phénicie par M. Renan. Elle regrette d’apprendre que nos confrères n’auront pas la priorité de la publication de ces documents. Un employé de la direction générale des Musées, à laquelle la garde du Musée Napoléon III est actuellement confiée, vient de publier ces inscriptions, ainsi que celles qui ont été rapportées de Macédoine et d’Épire par M. Ileuzey. Je désire que cet abus de confiance soit, de la part de l’Académie, l’objet d’une réprobation assez énergique pour empêcher que, par un abus semblable, M. Perrot soit, comme il y a lieu de le craindre, privé également de la priorité de publication du nouveau texte du Testament d’Auguste. »

Le secrétaire perpétuel Guigniaut demanda où avait été faite la publication dénoncée, qui lui paraissait, comme à Léon Renier, caractériser un véritable abus de confiance de la part de l’employé en question. Il lui fut répondu que les inscriptions se trouvaient imprimées dans le dernier cahier du Philologus , paru à Goettingue. Je transcris la suite du compte-rendu de la séance par Desjardins.

« Un membre 1 désire savoir quel est le droit en pareille matière et si la reproduction d’inscriptions exposées en public n’est pas de droit commun.

« On fait observer que le fait de l’exposition n’entraîne point pour le premier venu le droit de publication, que les auteurs mêmes de la découverte des monuments exposés ne sauraient exercer qu’avec l’autorisation du pouvoir dont ils ont reçu leurs missions respectives. Qu’est-ce donc quand il s’agit d’un employé du Musée même auquel est remis le dépôt de ces monuments? Il y a là tout à la fois abus de confiance vis-à-vis de l’autorité dont il relève et violation du double droit, soit de l’État, soit des auteurs des découvertes.

« Personne ne demandant plus la parole, sur la proposition

1. C’était le bon helléniste Alexandre, auteur d’un Dictionnaire grec-francais et d’une édition, encore précieuse, des Oracles sibyllins.

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de M. le vice-président, l’Académie décide qu’il sera écrit en son nom, par M. le secrétaire perpétuel, à M. le ministre d’Etat, pour porter à sa connaissance l’abus dénoncé et en demander la suppression, au moins pour l’avenir. »

Au moment de faire tirer cette feuille de ses comptes rendus. Desjardins ajouta la note suivante, qui réduit à néant l’accusation d’abus de confiance et laisse seulement subsister celle d’indiscrétion ;

« Il a été écrit par la personne en question, et dit plus tard à sa décharge, que lors de l’envoi des inscriptions à Goeltingue, le décret réunissant les collections du Musée Napoléon III au Musée du Louvre n’avait point encore été rendu, et que l’employé de ce dernier Musée s’était trouvé, en copiant et en publiant ces inscriptions, dans le droit commun. L’administration même a paru partager cet avis, en thèse générale et abstraction faite de la qualité de la personne. Mais cette application immédiate et absolue du droit commun, qui enlèverait aux missionnaires de l’Etat la priorité de la publication de leurs découvertes, des monuments et des textes rapportés par eux, a soulevé de sérieuses difficultés dans l’Académie. Quant au fait particulier, elle a persisté à le considérer comme d’un très mauvais exemple et, dans tous les cas. au moins comme une grave indiscrétion. »

Il résulte de celte note, comme d’un passage de la brochure de Chesneau1, que la plainte adressée par Guigniaut au ministre d’État n’eut aucune suite et que le ministre refusa même de blâmer M.Froehner. Celui-ci ne devait porter que plus lourdement les conséquences de sa juvénile erreur. Au commencement de 1869, l’Académie des Inscriptions reçut, à titre de présent, une collection d’inscriptions découvertes dans la région du Bas-Danube, notamment à Troesmis, par divers agents français2. Il fut décidé que les blocs qui les portaient ne pouvaient être donnés au Louvre, parce qu’il y avait, dans cet établissement, un archéologue

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