Cf. Corp. inscr. lat ., t. III, 2, p. 1001 et suiv
ESQUISSE D UNE HlSTOIKE DE LA COLLECTION CAMPANA 103
qui pourrait en abuser. Je lis dans une lettre inédite d’un témoin de la séance, datée du 25 avril 1869 : « La délibération fut précédée d’une conversation spéciale et, lorsqu’on alla au vote, tous les bulletins portèrent sans exception le nom de la Bibliothèque impériale, bien que chacun pensât que cet établissement manquait de la place nécessaire. Le souftlet si cruellement appliqué en cette circonstance... a eu un certain retentissement dans le monde savant. Toute l’École d’Athènes sait cela. » « Cela » était d’autant plus excessif et injuste que les textes en question n’ont pas été publiés d’abord en France, mais envoyés par Renier et d’autres à Mommsen. Combien plus sage se montra Renan, qui faisait peu de cas, comme il le disait lui-même, de ces querelles pour « la priorité dans l’erreur! » Au tome Ier de sa Mission de Phénicie , publiant une inscription où il faut lire GAL à un endroit indistinct, il écrit en note, avec une réserve charmante : « C’est ce qu’a bien vu M. Froehner, Philologus de Goetlingue, 19e année (J 862), p. 135. Je remarque une fois pour toutes, afin d’éviter le reproche de reproduire des textes déjà publiés, que les 16 inscriptions de la mission de Phénicie publiées par M. Froehner ont été copiées par lui pendant que ces monuments étaient exposés au Musée Napoléon III et à une époque où notre travail épigraphique était déjà commencé. » Renan ajoute, à la page suivante, qu'il a remis lui-même à Mommsen, en mai 1863, tous les renseignements qu’il avait sur les inscriptions de la Syrie. Nulle part il ne dit, comme il l’aurait pu et comme on l’a fait à Berlin, que les publications de M. Froehner étaient incorrectes1 2.
M. Heuzey ne se mit pas non plus en frais d’indignation; mais il distingua finement, dans l’avant-propos de la Mission archéologie en Macédoine , entre les « communications volontaires », comme celles qu’il a faites à Mommsen pour le Corpus s, et les
1. Cf. Corp. inscr. Lat., t. III, 183 : Renan repperit, edidit male Froehner.
2. M. Heuzey, après son retour de Macédoine, rencontra Mommsen à un dîner chez Ambroise Firmin-Didot. Le savant allemand insista pour voir les carnets de M. Heuzey, qui Finvita à un dîner intime, après quoi Mommsen, jus-
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
« contributions forcées... levées par de prétendus savants de qui l’on pourrait dire, comme des soldats étoliens : ln alieno bello suam praedam faciunt. » La citation est si heureuse qu’elle fait passer sur l’inexactitude désobligeante de l’épithète accolée au mot « savant ».
A mon tour, en 1886, ayant été attaqué sans raison et sans mesure par M. Froehner dans la préface des Terres cuites de la Collection Gréau , je lui rappelai, avec une erreur de date, sa publication indiscrète des inscriptions syriennes’. Dans sa réponse 3, M. Froehner a écrit quelques lignes utiles à citer, parce qu’elles ont trait à l’histoire du Musée Campana qui fait l'objet de la présente étude : « En publiant, eu 1862, quelques inscriptions de Phénicie et de Macédoine, j’ai usé d’un droit absolu. Ces textes étaient dans le domaine public5; ils appartenaient à l’Etat, ils figuraient dans un catalogue sommaire qui se vendait aux portes du Musée Campana* et ils faisaient partie d’une exposition où l’on n’était admis qu’en payant*. De plus, je ne les ai pas publiés sans dire qui les avait rapportés d’Ürienl. Mon droit a été reconnu formellement par le ministère même qui avait organisé le Musée; mais ma publication ayant déplu à des hommes dont j’apprécie le tact et le jugement, je reconnais volontiers que j’ai eu tort. »
Basta cosi \ Mais cette aventure aurait pu être utile à la science si elle avait fourni l’occasion d’une entente internationale sur les droits respectifs des Musées, des « inventeurs » et du public en matière de documents archéologiques et épigraphiques. Malheureusement, la question n’a même pas encore été sérieusement
qu’à deux heures du matin, travailla, avec l’acharnement que nous lui avons connu encore dans sa verte vieillesse, à transcrire jusqu’aux moindres fragments copiés dans les carnets du jeune archéologue. Entre autres supériorités, Mommsen avait celle de savoir être tout entier à sa besogne du moment.