C’est inexact
posée et l’on continue à ne pas savoir si une inscription ou une statue, découverte depuis dix ans ou davantage, au cours de fouilles officielles, appartient ou non à celui qui a le temps et le courage de la publier.
L’Exposition du Musée Napoléon III ferma ses portes le 31 octobre 1862; on employa le reste de l'automne et les mois d’hiver à en transférer le contenuau Louvre et à faire les premiers envois en province. Le déménagement des antiques (marbres, terres cuites, vases et bijoux) eut lieu sous la haute surveillance de Longpérier; M. Froehner s’y employa également, comme en témoigne un document du 9 décembre 1862, qui lui alloue une indemnité de 500 francs « pour travaux au Musée Campana ». Mais le gros de la besogne était confié à Pennelli, l’ancien restaurateur de Campana, qui, pendant la longue captivité du marquis, avait fait fonction de custode de la collection et qui, venu à Paris avec elle, croyait qu’il serait nommé conservateur-adjoint au Louvre, où il resta seulement comme chef d’atelier.
Pennelli connaissait à merveille le Musée Campana; il en connaissait surtout les rapiéçages et les faux, puisqu’il en était l’auteur. J’ai entendu conter, à ce propos, une anecdote piquante, que je ne garantis pas, mais qui vaut la peine d’être rapportée. Longpérier, très ennuyé de l’accusation, sans cesse renouvelée, de ne pas publier de catalogues, eut l’idée, quand la collection Campana dut quitter le Palais de l’Industrie, de profiter de l’occasion pour en rédiger à toute vapeur l’inventaire. Le n° 1 de la collection était un guerrier étrusque, que Cornu avait fait placer sous une tente, où il reposait sur un lit en forme de gril. Autour du squelette de ce guerrier se trouvaient ses armes, sa cuirasse et d’autres objets, qui sont actuellement au Louvre. « Ecrivez, dicta Longpérier à Pennelli, un guerrier étrusque couché sur son lit... » Et Pennelli d’interrompre : « Ne parlons pas du lit. Monsieur de Longpérier, c’est moi que je t'ai fait\ » Effectivement, c’était un lit en fer de type bien moderne. L’inventaire fut-il poussé plus loin?
A en croire Chennevières, Longpérier aurait travaillé, comme il ne travailla jamais, au déménagement de la collection Campana. L’ancien directeur des Beaux- Arts raconte d’abord que Longpérier, candidat à l’Institut eu 1850, joua (sic) d’une rubrique qui lui a réussi plus d’une fois, la rubrique de Sixte-Quint au concile (lire : conclave)1 2 . « Avec son grand corps, maigre et voûté à souhait, et sa mine aux traits secs et allongés, il excellait à se faire passer pour demi-mourant ; les membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui savaient d’ailleurs son incontestable valeur, n’eurent rien à refuser à un pauvre diable qui n’avait que quelques mois à vivre ; et Dieu sait combien de confrères il a enterrés depuis ! Cette santé éternellement chancelante, nous l’avons vue à l’épreuve pendant les deux hivers qu’il consacra à l’étude et au classement du Musée Campana, dans les rez-de-chaussée humides du palais des Champs-Elysées, aux brouillards desquels personne n’eût pu résister huit jours et où il travailla du matin au soir, en vêtement de demi-saison ».
Bien que Chennevières prétende parler en témoin oculaire, son assertion ne mérite pas créance. Le Musée Campana, réuni au Louvre à la fin d’octobre 1862, a été inauguré le 15 août 1863 ; l’installation n’a donc pris que neuf mois, et non deux hivers ! Longpérier ne s’en est pas occupé beaucoup, car, pendant tout l'hiver de 1862 à 1863, je sais qu’il ne fit que de rares apparitions au Musée. Au Palais de l’Industrie, son rôle fut à peu près nul, car il avait des subordonnés qui surveillaient l’emballage des collections. Ainsi la légende de Longpérier, travaillant dans le brouillard « en vêtement de demi-saison », ne doit pas être accueillie par l’histoire’.