‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 51 sur 55 · Clément de Ris, Les Musées de province, p · texte numérisé non relu

Clément de Ris, Les Musées de province, p

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avec le nombre (mais sans l’indication précise) des toiles comprises dans chaque envoi. Voici cette liste :

Alençon, 3; Amiens, 7; Angers, 5; Autun, 3; Bagnères, 4; Bayeux 3; Barle-Duc, 4; Bernay, 3; Besançon, 6; Béziers, 3; Blois, 5; Bordeaux, 7; Boulogne, 5; Bourges, 6; Caen, 6; Chambéry, 5; Chartres, 5: Cherbourg, 3 ’ Colmar, 3 ; Compiègne, 3 ; Dieppe, 3 ; Digne, 7 ; Dinan, 3 ; Dole, 3 ; Évreux, 3 ; Grenoble, 6 ; Le Havre, 5; Laval, 4 ; Le Mans, 5 ; Le Puy, 5 ; Lille, 8 ; Lyon, 7 ; Meaux, 2 ; Marseille, 6 ; Melun, 5 ; Metz, 5 ; Montargis, 3 ; Montauban, 3 ; Montbéliard, 3 ; Montpellier, 6 ; Moulins, 5 ; Nancy, 6 ; Nantes, 6 ; Nevers, 5 ; Nice, 5; Niort, 4; Orléans, 6; Périgueux, 6; Perpignan, 4; Poitiers, 5; Reims, 5; Rennes, 6; Riom, 3; Rouen, 8; Saint-Pol, 5; Saint-Lô, 3; Saint- Quentin, 3; Soissons, 4; Strasbourg, 5; Tarbes, 3; Toulon, 3; Toulouse, 6; Tours, 5; Troyes, 5; Valenciennes, 3.

Soixante-sept villes reçurent ainsi trois cent dix-huit tableaux, qui n’étaient pas des meilleurs.

11 existe au Louvre un registre in-folio intitulé : Musées Impériaux. Règne de Napoléon III. Peinture. Acquisitions et dons. Du n° 350 au n° 664 sont inventoriés, très rapidement, les tableaux de la collection Campana ; en marge, une main plus récente a indiqué, pour un certain nombre d'entre eux, les villes de province où ils ont été envoyés. Avant le n° 350, on lit la note marginale que voici : « 141 tableaux de cette collection ont été remis à la Direction des Beaux-Arts pour les musées de province, en juillet 1872 ». Il faudrait donc que l’état de répartition existât à la Di rection des Beaux-Arts ; mais je l’y ai vainement réclamé.

Un autre registre, conservé au Louvre, contient une liste de 316 tableaux livrés par Reiset à Charles Blanc, directeur des Beaux-Arts, conformément aux ordres du ministre de l’Instruction Publique, le 8 juillet 1872. Sur ces 316 tableaux, 141 appartenaient au fond Campana; ce sont ceux dont il vient d’être question.

Ainsi Charles Blanc et Reiset, qui n’avait pas oublié sa rebuffade de 1862, se mirent d’accord pour faire une large trouée dans la collection Campana, sans consulter ni une Académie, ni une commission compétente. Le gouvernement de Napoléon III s’était fait plus de scrupules que la République de 1872 !

Mais ce n’est pas tout. Il y a des traces, au Louvre, d’une troisième distribution de tableaux Campana, faite en 1874, Chen • nevières étant directeur des Beaux-Arts. S’il existe un registre des œuvres prélevées et de la distribution qui en fut faite, je dois dire que, malgré des demandes répétées, je n’ai pas réussi à le découvrir.

On n’est pas mieux informé de ce qui concerne les distributions des antiques (marbres, vases peints, urnes étrusques, etc.). Toutefois, comme la première répartition a été faite par les soins de M. Froehner, sous la direction de Longpérier, il existe un moyen presque certain de découvrir ces objets dans les Musées où ils sont allés s’échouer : ce sont les étiquettes dont ils sont pourvus. En effet, avec les envois, les préfets communiquaient aux municipalités intéressées une sorte de bordereau rédigé par M. Froehner, où les vases étaient désignés d’après la terminologie savante, ulpé , lécythe , bombylios, oxybaphon, etc. Ces noms ont été conservés avec d’autant plus de soin qu’ils paraissaient plus mystérieux. Alors même que l’étiquette Campana a disparu — elles étaient, en général, bien collées — on peut reconnaître les disjecta membra de ce Musée à la rédaction de leurs étiquettes françaises.

M. Froehner, m’a-t-on dit, se souvient d’avoir rédigé des notices sommaires sur les objets expédiés aux 49 Musées suivants : Agen, Aix, Alger, Amiens, Angers, Annecy, Arles, Avignon, Besançon, Béziers, Bordeaux, Boulogne, Bourges, Brive, Calais, Colmar, Compiègne, Dijon, Douai, Dunkerque, Epinal, Grenoble, Le Mans, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Nancy, Narbonne, Nîmes, Orléans, Périgueux, Philippeville, Poitiers, Reims, Bennes, Rouen, Saintes, Sens, Soissons, Strasbourg, Toulouse, Tourcoing, Tournus, Tours, Troyes, Vienne. Il ne faut pas espérer de pouvoir contrôler ces indications à l’aide de Y Annuaire des Musées scientifiques et archéologiques des départements , publié par le Ministère de l’Instruction publique en 1896 (2e éd., 1900) ; car l’indication Campana, à la suite de celle d’objets gréco-romains et étrusques, ne s’y ren-

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contre qu’accidentellement. Ainsi, il n’y a aucune mention de ce genre pour Bourges, alors qu’elle se trouve dans la notice du musée d’Arles, etc. Il y a plus de profit à tirer des catalogues sommaires publiés dans les guides de Baedeker et de Joanne. Quant aux catalogues locaux, à peu d’exceptions près, leur moindre inconvénient est d’être à peu près introuvables.

Je sais d’ailleurs que la répartition d’antiques dirigée par M. Froehner ne fut pas la seule et qu’il y en eut d’autres, dont je ne puis préciser ni le nombre ni l’importance, sous la troisième République. Ainsi Mme Garidel Alègre, directrice du musée de Bagnols sur Cèze (Gard), veut bien m’écrire que des antiquités, provenant des collections Campana, lui sont parvenues en février 4 875. « La concession nous fut annoncée par la filière administrative ; je ne possède à ce sujet qu’une simple lettre signée du sous-préfet d’Uzès et l’énonciation banale, établie par un secrétaire quelconque, des pièces céramiques qui nous étaient destinées ». Dans la copie de cette liste, que Mme Alègre a bien voulu m’envoyer, je trouve les désignations techniques, œnochoés, amphorisques , olpés, célébé, etc. ; il est donc probable qu’il s’agit d’un envoi préparé au Louvre, mais qui n’a été fait que beaucoup plus tard. Le musée de Bagnols n’est pas de ceux auxquels M. Froehner se rappelle avoir fait expédier des objets antiques.

La répartition la plus récente d’objets céramiques provenant de la collection Campana a été faite, avec tous les soins nécessaires, par M. E. Pottier. Ces objets ont été envoyés en dépôt dans les diverses Facultés des Lettres, à titre de documents d’étude, et dans quelques musées qui en avaient fait la demande, Péronne, Quimper, Agen, Lille, Troyes, Périgueux, Rennes, Toulouse, Laval. M. Pottier en a dressé et conservé la liste. « J’ai surtout utilisé, m’écrit-il, les caisses de fragments Campana, en y adjoignant des exemplaires de vases, en général non décorés, pris sur l’ancien fonds, au point de vue des formes. J’ai envoyé aussi des terres cuites, des plaques Campana, etc. Aucun vase offrant un intérêt réel pour le Louvre n’a été distrait par ces envois, qui ont eu lieu de 1893 à 1895. »

Il semble, d’après ce qui précède, que la Direction des Beaux- Arts aurait aujourd’hui le devoir de réparer, dans la mesure de ses forces, les fautes et les négligences du passé. Pour cela, il faudrait tout d’abord faire dresser un catalogue, accompagné de petites photographies, de toutes les collections provinciales de peintures, noyau d’une série de volumes exactement, quoique modestement illustrés, qui permettraient aux travailleurs de se faire une idée des grandes richesses éparses dans ces collections. On pourail aussi — et ce serait fort intéressant — songer à organiser à Paris, pour quelques mois, une exposition rétrospective des tableaux du Musée Campana. Il serait bon que la génération actuelle fût ainsi mise à même d’étudier et de juger un ensemble que les disputes de la génération précédente, plus que des convictions ou des convenances scientifiques, ont soustrait pour toujours à son examen. Qui peut dire aujourd’hui avec assurance que Delacroix et Ingres eurent raison, ou que Nieuwerkerke et Reiset furent bien inspirés ! L’exposition ne mettrait pas tout le monde d’accord, mais elle réunirait — moins les tableaux détruits en 1870 à Strasbourg — les pièces du procès et faciliterait des études comparatives dont, moins que jamais, la science ne peut se passer. Ce serait aussi une occasion unique de faire photographier tous ces tableaux et d’en conserver ainsi un souvenir authentique avant de les renvoyer dans leurs lieux d’exil.

Les monuments d'art et d’archéologie recueillis par le marquis Campana n’ont pas tous été répartis, comme on le pourrait croire, entre les musées de South-Kensington, de l’Ermitage et du Louvre. Beaucoup d’autres, dont il est difficile de suivre les traces, se sont dispersés dans différentes directions. Il me reste à mettre en œuvre les informations que j’ai pu recueillir à leur sujet. Ces informations sont d’autant plus insuffisantes que les ventes et cessions dont je vais parler ont été clandestines, parfois même, semble-t-il, délictueuses; mais je mécontenterai

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de rapportée des faits ou des on-dit, sans prétendre condamner ou absoudre qui que ce soit.

En ce qui concerne, d’abord, les marbres — statues, bas-reliefs et inscriptions — j’ai entendu dire que la commission française n'avait pas connu tous les dépôts où ils étaient conservés et qu’elle en avait, par suite, négligé un certain nombre1. On ajoute que des marbres Campana — surtout des torses — ont fini par passer dans la collection Duval au Morillon près de Genève et dans celle de Somzée, vendue à Bruxelles en mai 1904. MaisM. F. de Duhn, qui a publié une notice de la collection Duval s, ne cite nulle part la provenance Campana et je ne la trouvepas davantage dans le catalogue de la vente Somzée où, d’ailleurs, par des motifs faciles à comprendre, les indications précises sur les provenances font défaut3. Je ne puis donc rien affirmer au sujet des statues. En revanche, je sais que Campana, avant sa ruine, avait donné au Musée du Lalran une partie de ses monuments chrétiens, parmi lesquels des épitaphes avec sculptures du 111e siècle, découvertes par lui dans une catacombe près du tombeau des Scipions. M. Seymour de Ricci, qui fut quelque temps attaché au Musée Guimet à Paris, me dit aussi qu’un petit nombre d’inscriptions païennes de Rome, jadis propriété de Campana, échouèrent chez différents marchands de la ville et finirent par être acquis par M. Guimet, qui les transféra dans le Musée établi d’abord par lui à Lyon. Tout cela est de peu d’importance ; je n’en parle ici que pour mémoire.

1. La Commission visita: 1° Le Mont de Piété (terres cuites, tombeau lydien, tous les monuments archaïques, la plus grande partie des vases corinthiens, ceux de Cumes, une partie des vases étrusques et grecs, plus des fragments non triés de vases et de bas-reliefs qui furent expédiés à Paris en 80 caisses); 2° Le 'palais du Corso (choix de vases grecs, bronzes, sculptures de la Renaissances, peintures anciennes et modernes) ; 3° Une maison de la Via Margutla (la plus grande partie des marbres); 4° Une villa à S. Jean de Latran (le reste [?] des marbres.) — Ces renseignements sont donnés par L. de Ronchaud, Gazette des Beaux-Arts, 1862, I, p. 493.

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