Boutkowski, Dict. num ., t. I, p
indiscrètes, peut-être — auxquelles je ne me charge pas de trouver réponse.
Malgré les affirmations des commissaires français et des commissaires pontificaux, il paraît certain que ces derniers firent ou laissèrent faire des « réserves », c’est-à-dire fermèrent les yeux sur des groupes d’objets qui auraient dû être livrés à la France. Ainsi les Musées de Florence et de Bruxelles acquirent, au mépris de nos droits et par l’effet de la candeur de nos délégués, des collections très importantes de vases grecs.
Commençons par Florence.
M. Gamurrini a raconté à Fun de mes amis que plusieurs caisses de fragments de vases, ayant appartenu à Campana, restèrent « inaperçues dans un coin » et furent plus tard envoyées à Florence, Les fragments, très abondants, permirent de restituer nombre de vases — 222 suivant Heydemann — dont plusieurs pourvus de signatures. Heydemann les a signalés dès 1 883 1 ; il les a vus au Museo Egizio ed Etrusco de Florence. Ces fragments n’avaient pas été donnés , mais achetés , au prix moyen, me dit-on, de 2 fr. le vase, c’est-à-dire pour environ 300 francs. Qui s’était arrogé le droit de les vendre? Etait-ce Campana lui-même, ou l’un de ses agents infidèles? Était-ce le Mont de Piété de Rome? Encore des questions indiscrètes! Je les ai posées par lettre au directeur du Musée archéologique de Florence, M. Luigi Milani. Il m'a répondu, à la date du 22 mars 1905 : « Je sais seulement par des informations orales qu’un certain nombre de vases — sûrement pas 200 — provenant du résidu de la collection Campana, sont entrés en leur temps (a sno tempo ) dans ce Musée. Je ne puis rien dire de plus à ce sujet. » Nous voilà bien renseignés! Faut-il croire que les inventaires du
1. Heydemann, Mittheilungen aus den Antikensammlungen in Italien, p. 83 : « Ankaufe von alten Sachen, wie dem Scherben-Rest der Campanaschen Vasensammlung ; zweihundert und zweiundzwanzig Vasen konnten zusammen gestellt werden ! »
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
Musée de Florence n’ont pas été tenus a suo tempo, ou que M. le directeur n’a jamais pris la peine de contrôler l’assertion, transcrite plus haut, de Heydemann, au sujet de la collection qu'il conserve? Peut-être M. Milani a-t-il voulu me faire entendre qu’il ne lui convenait pas de s’expliquer là-dessus; à sa place, je l’aurais dit plus clairement.
La vente faite à la Belgique fut plus considérable encore. J’en connais les détails grâce à la courtoisie de M. Jean de Mot, attaché au Musée du Cinquantenaire, qui a eu la grande obligeance d’extraire, à mon intention, la substance d’un volumineux dossier Campana , qui lui fut communiqué, à Bruxelles, par le département des Beaux-Arts.
Le 3 décembre 1862, M. Bruis, artiste belge résidant alors à Borne, dont une des occupations consistait à rechercher des tableaux pour le Musée de Bruxelles, écrivit à feu Jean Portaels, peintre d’histoire, depuis directeur de l’Académie de Bruxelles, qu’une occasion, qui ne se représenterait probablement jamais, s’olfrait pour la Belgique d’acquérir des vases étrusques et grecs. Voici le passage essentiel de sa lettre :
« Quand le malheureux Campana fut emprisonné, des amis dévoués ont sauvé le plus possible des objets que Campana conservait chez lui et dans ses magasins; jusqu’ici on les tient cachés pour les sauver du séquestre des créanciers; mais on voudrait les vendre. Une collection de vases étrusques et grecs m’a surtout frappé; elle se compose de plusieurs centaines de pièces, de quelques grands vases grecs forts beaux; les vases que Campana conservait dans ses appartements sont d’une beauté parfaite; d'autres vases sont restés encore couverts de terre, comme ils sont sortis des fouilles ; d’autres sont nettoyés et restaurés; ensuite il y a aussi des vases ordinaires qu’il faudrait écarter.
« A la personne qui m’accompagnait (un marchand d’antiquités) on a demandé 1.950 piastres; il a offert 1.200 piastres. Depuis j’ai appris que Campana a refusé son offre, ce qui m’a engagéà me procurer la permission de revoir la collection et d’examiner les principaux objets avec attention. Ce qui m’a frappé tout
d’abord, en entrant dans la salle, fut un grand vase de 80 centimètres de hauteur d’une forme admirable, avec figures jaunes, représentant Hercule avec Apollon se disputant le trépied du temple de Delphes; de l’autre côté, deux femmes et un jeune homme assis *... »
Suit la description succincte, mais exacte, des meilleures pièces, que l’on voit aujourd’hui au Musée de Bruxelles. Citons encore un passage qui fait honneur à la perspicacité et au goût de M. Briils :
« ... Ce qui m’a surpris le plus fut un vase à anses relevées avec figures jaunes ; d’un côté, le combat d’Hercule contre|les Amazones; de l’autre, le même combat avec Thésée. Ce vase est un des plus beaux que j’aie vus dans ma vie. Campana, dans sa lettre de non acceptation de l’offre du marchand d’antiquités, observe que ce vase, qu’il décrit dans tous ses détails sans oublier les inscriptions, doit être conservé pour lui. J’ai répondu aux administrateurs que, si on Cotait, je renoncerais au projet de présenter la collection au gouvernement belge pour l’acquérir... »
Le vase dont il est question est le fameux canthare de Douris, qui est aujourd'hui la perle du Musée de Bruxelles5.
...« ... J’ai parlé à M. le Ministre de Belgique à Rome de cette collection, que j’ai jugée digne de présenter (sic) au gouvernement belge pour en faire l’acquisition. Aujourd’hui même, M. Carolus [le ministre] ira voir la collection, et, s’il est de mon avis, il fera son rapport au Ministre en Belgique ; de mon côté, j’écris à vous, mon cher Portaels, bien persuadé que vous appuyerez tout ce qui contribue à la gloire de la Patrie, etc. »
Le 6 décembre 1862, M. Carolus, ministre à Rome, écrivit à M. Alpho use Van den Peereboom, ministre de l’Intérieur à Bruxelles, pour lui transmettre la lettre de M. Briils; il ajoute