‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 54 sur 55 · Ce vase n’est pas entré au Musée de Bruxelles · texte numérisé non relu

Ce vase n’est pas entré au Musée de Bruxelles

2. Memorie delï Instituto, t. ÎI, pl. 5, p. 393 (Roulez). Dans son article, Roulez indique que ce vase avait appartenu à Campana et qu’il se trouvait depuis peu au Musée de Bruxelles.

REVUE ARCHÉOLOGIQUE

qu il a vu la collection dont il s’agit et qu’il partage tout à fait l’opinion exprimée dans la lettre.

« J’ai recueilli, écrit-il, des renseignements sur la position financière de ceux qui ont autorité pour disposer de cette collection et je crois qu’en prenant sur le champ la détermination de l’acheter, le gouvernement du Roi pourrait le faire à un prix inférieur à 8.000 fr. ; mais il y a urgence et telle que si Votre Excellence prenait cette détermination il serait à désirer qu’Elle voulut bien m’écrire par le télégraphe quelque chose dans le goût de ce qui suit: « Vous êtes autorisé à dépenser 8 .000 fr.... etc... »

En ces temps lointains, la Belgique avait un cabinet libéral, présidé par le triumvir Charles-Latour Rogier. Le Ministre de l’Intérieur était M. Alphonse Van den Peereboom, esprit éclairé et historien érudit, qui a laissé un ouvrage encore très apprécié sur sa ville natale Ypres ( Ypriana). Peu de ministres ont favorisé autant que lui les Musées et les établissements scientifiques.

Le 11 décembre 1862, M. Carolus recevait la dépêche demandée; la somme de 8.000 fr. était prise sur l’allocation de 250.000 fr. votée, parla loi du 2 juin 1851, pour l’acquisition d’œuvres d’art destinées aux musées de la Belgique. Par une lettre du 13 décembre, M. Carolus accusa réception de la dépêche; le 20 décembre, il annonça la conclusion de l’affaire : « J’ai fait, pour le compte du gouvernement du roi, l’acquisition de 75 [le chiffre exact est 77] vases grecs et ustensiles étrusques et grecs, choisis dans une collection réservée de Campana, trois fois plus considérable au moins. Ce choix a été fait avec un soin extrême et avec le concours dévoué de M. Brunn, archéologue fort distingué, et j’aime à espérer qu’il obtiendra l’approbation du gouvernement du Roi et celle de nos savants et de nos artistes ».

Par une lettre du 31 janvier 1863, M. Carolus fait savoir que le prix d’acquisition, plus les frais de restauration, etc., atteignait la somme de 1.304 écus 07 baiocques, soit 7.041 fr, 98. 11 est déjà en possession de Y autorisation nécessaire pour faire sortir les objets des États pontificaux \ mais |ce n’est que par une lettre du 14 février 1863 qu’il en annonce l’expédition. Il ajoute :

« Je joins à la présente le catalogue de la collection ; il a été rédigé en italien par M. Brunn, secrétaire de l'Institut archéologique de Rome, et traduit par notre compatriote M. Brüls, qui, en cette circonstance, a voulu donner une nouvelle preuve de dévouement au gouvernement du Roi... »

Le 14 mars 1863, M. Théodore Juste, conservateur du Musée Royal d’Antiquités et d’Armures, à la Porte de Hal (ce n’est qu’en 1890 que les antiquités et objets d’art furent transportés au Palais du Cinquantenaire), annonça au Ministre de l’Intérieur l'arrivée des objets. M. Juste, qui se proposait d’envoyer au Moniteur belge une note sur cet accroissement des collections , s’adressa à M. de Wittte pour avoir son avis à ce sujet et lui envoya le catalogue manuscrit. M. de Witte le corrigea, le remania et il fut inséré tel quel par M. Juste dans le Catalogue des Collections composant le Musée royal d' antiquités , publié en 1864 et réédité en 1867. M. Jean de Mot a vainement cherché le manuscrit original de Brunn et celui de la traduction due à M. Brüls.

Le 26 mai 1863, M. de Witte adressa à M. Juste une lettre appréciant la haute valeur de l’acquisition; cette lettre fut insérée en partie au Moniteur belge (13 juin 1863) et dans le Bulletin des Commissions royales d’art et d' archéologie (1864, p. 235). Dans ces deux notes, il est fait allusion au rôle joué par M. Brunn, rôle qui lui valut la croix de Chevalier de l’ordre de Léopold, tandis que le principal auteur de l’acquisition M. Brüls, victime d’une similitude de noms, fut mentionné seulement dans une note rectificatrice, publiée, a la demande de M. Carolus, dans le Moniteur belge du 2 juillet 1863 l.

Voici le texte de la notice de M. Th. Juste, publiée dans le Bulletin des Commissions royales d'art et d' archéologie (1864, p. 253) :

La section consacrée aux antiquités a reçu deux adjonctions d’une importance capitale. Elle s’est enrichie de 77 vases grecs et étrusques.. Ces monu-

1. Cette note a échappé aux auteurs qui ont parlé de l’acquisition belge, notamment à M. Gaspar ( Monuments Viot, t. IX, p. 15).

ments de l’art céramique ont été acquis à Rome, sur la proposition de M. Carolus, ministre du Roi; ils faisaient partie d’une collection considérable et réservée, provenant du marquis Gampana. Le Moniteur belge a publié l’appréciation d’un juge dont l’opinion fait autorité. Qu’il nous soit permis de reproduire ici un fragment de cette lettre si remarquable de M. le baron J. de Witte, membre de l’Académie royale de Belgique et de l’Institut de France : « J’ai examiné avec un véritable intérêt les 77 vases qui composent cette collection. Les savants, les artistes, les industriels y trouveront des sujets d’étude, des modèles, des motifs d’ornementation; quant à moi, je ne saurais assez remercier le ministre qui a doté notre pays de monuments aussi curieux. Ce qui est à remarquer dans cette collection, c’est d’abord la grande diversité des formes et des fabriques; on y trouve en effet des poteries de style oriental, des vases grecs d’ancien style à figures noires sur fond rouge, des échantillons de beau style à figures rouges sur fond noir, des produits, de la décadence de l’art, des poteries en terre cuite de travail étrusque à relief et à gravures, des coupes et des plats de travail grec et romain, enrichis de bas-reliefs. Le stamnos signé du nom du peintre Smikros, le canthare portant la signature de Douris, à la fois peintre et fabricant, sont des vases de premier ordre et qui tiendraient une place distinguée dans les plus riches collections. Sur le premier de ces vases est représentée une scène de repas ; le second montre le combat d’Hercule contre les Amazones. L’Institut archéologique de Rome a publié, il y a quelques années *, le délicieux vase de Cumes, à sujets imprimés, où l’on voit Persée et les Gorgones, véritable bijou et qui, autant que je sache, n’a pas son pareil dans aucun autre Musée. A côté de ces trois monuments qui, à eux seuls, sont d’un prix inestimable, on remarque l’amphore de Nola, enrichie d’ornements de la plus grande élégance et décorée de sujets de la palestre; deux œnochoés du plus bel émail noir et à sujets curieux, des amphores cannelées et à peintures blanches où, contre l’ordinaire, on voit des personnages mythologiques. Enfin je ne saurais passer sous silence un canthare étrusque sur lequel sont gravés des quadrupèdes, et deux petits plats où l’on voit la louve qui allaite le fondateur de Rome... Les vases achetés à Rome, réunis à ceux que le Musée possédait déjà, constituent une masse assez importante pour devenir un jour une collection céramique digne de la capitale de la Belgique. »

A l’appui de ce qui précède, je transcris ici les notes que M. Franz Cumont a bien voulu copier pour moi sur l’inventaire du Musée archéologique de Bruxelles.

1. Annali dell’ Instituto , 1855, pl. II, p. 17. L’article est de Braun ; le vase est publié comme appartenant à Gampana.

1) Inventaire, n° 2190. — Entré au Musée (en 1863) avec 75 autres vases, provenant d’une portion réservée de la collection Campana. Cette portion avait été signalée à l’attention du gouvernement belge par M. Carolus, ministre du Roi à Rome. Autorisé par le Ministre de l’Intérieur à faire l’acquisition des pièces qui lui paraîtraient offrir un intérêt spécial, M. Carolus eut l’heureuse idée de s’adresser à M. Brunn, alors secrétaire de l’Institut archéologique allemand, avec l’aide duquel il procéda à un excellent choix. Le Musée de Bruxelles, qui possédait déjà quelques vases peints, entre autres ceux qui avaient été achetés à la vente de la collection Durand en 1835, s’enrichit ainsi d’une belle série de monuments céramiques, dont quelques-uns étaient de tout premier ordre. A côté du vase de Smikros, il faut citer tout spécialement le délicieux canthare signé de Douris comme peintre et comme potier ( Nuove Mem. dell' Inst., pl. II; Wiener Vorlegebliitter, VII, pl. IV ; Theod. Juste, Gâtât, du Musée royal d’antiquités, p. 128, R. 10; Klein, Meister signature^ , p. 160, n° 22), et un petit vase à sujets imprimés en creux, trouvé à Cumes ( Annali , 1855, pl. II, p. 17 ; Théod. Juste, op. cit., p. 133, H 33). Aujourd’hui encore, après les nombreux accroissements qu’a reçus depuis 1863 la collection du Musée de Bruxelles, ces trois vases restent toujours parmi les plus beaux qu’elle renferme.

2) Dès son entrée au Musée, il (le stamnos de Smikros ) avait cependant été signalé par le baron de Witte, dans une lettre adressée au conservateur en chef, M. Théodore Juste, et publiée successivement dans le Moniteur belge (1863, p. 2784) et dans le Bulletin des Commissions royales d' Art et d’ Archéologie (3« année, 1864, p. 235) ; l’appréciation de l’illustre archéologue avait été, en outre, reproduite partiellement par YArch. Anzeiger (1865, n» 194, p. 20). Peu de temps après, le vase fut décrit avec quelques détails dans le Catalogue du Musée royal d’antiquités, publié parM. Théodore Juste (Bruxelles, 1867, p. 127, H 9).

C’est encore à l’inépuisable obligeance de M. Cumont que je dois le document suivant, dont la publication est tout indiquée

Extrait de l'inventaire du Musée du Cinquantenaire.

Les vases décrits sous ies n°s 2183-2257 ont été acquis à Rome en 1863 et proviennent d’une portion réservée de la collection formée par le marquis Campana. Payés directement par le Ministère de l’Intérieur sur crédit spécial.

2183. Grand cratère en terre cuite avec deux zones de figures... Trois hommes couchés sur un lit devant une table. Trois guerriers à cheval... H., 0m,34; diam., 0m,44.

2184. Coupe en terre cuite ornée d’une tête humaine en relief. H., 0m,09; diam., 0m,105.

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2185. Amphore a figures noires représentant Achille et Memnon, combattant sur le corps d’Antiloque. Hercule luttant avec Nérée ou Triton. H., 0-,23 ; diam., 0m,115.

2186. Amphore à figures noires. Amazone et deux guerriers. Bacchus et Ariane; derrière Bacchus, Mercure. H., 0-,23.

2187. Amphore à figures noires : guerrier nu mettant des cnémides. Jeune homme tenant une lance, etc. H., 0m,24; diam., 0“,145.

2188. Amphore à figures noires : huit guerriers marchant l’un derrière l’autre. Danse bachique de Ménades et de Satyres. H., 0m,37; diam., 0m, 1 55 .

2189. Lécythe en terre cuite avec ornements en noir. H., 0m,375.

2190. Stamnos en terre cuite. [C'est le vase de Smikros-, cf. la note de Gaspar, Mon. Piot, t. IX, p. 15.]

2191. Canthare. Vase signé de Douris [cf. la note de Gaspar, ibid.].

2192. OEnochoé à figures rouges : musicien en voyage (??). H., Ou, 19.

2193. OEnochoé à figures rouges. Iris et un homme barbu. H., 0m,19.

2194. Amphore à figures rouges. Athlètes. KAA02- H., 0“,32; diam,, 0m,13.

2195. Lécythe à figures rouges. Femme tenant une bandelette. H., 0m,31.

2196. Coupe à deux anses, à figures noires. Jeunes gens et Silènes. Inscr. KPATES I KAAOS H., 0- 095; diam., 0», 265.

2197. Oxybaphon à figures rouges. Hermès ilhypballique. H., 0m,29.

2198. Oxybaphon à figures rouges. Hermès ithyphallique. H., 0m,20.

2199. Pelikè à figures rouges. Pygmée luttant contre des grues. H., 0-,245.

2200. Oxybaphon à figures rouges. Femme assise. H., 0m,23.

2201. Skyphos à figures rouges. H., 0m,155.

2202. Amphore en forme de candélabre ; figures de diverses couleurs. H., 0-,72.

2203. Amphore en terre cuite. Figures de diverses couleurs. H., 0m,53.

2204. Beau vase à figures rouges, fabrique de Cumes. H., 0-,47.

2205. OEnochoé à figures de diverses couleurs, fabrique de Cumes. H., 0-,37.

2206. Grande œnochoé en terre cuite; figures de diverses couleurs, fabrique de Cumes. H., 0m,405.

2207. Vase à col étroit; corps cannelé; zone d’ornements. H., 0-,42.

2208. OEnochoé à corps cannelé. Cumes. H., 0m,235.

2209. OEnochoé à fond noir, guirlande de Heurs. H., Ûm,230.

2210. OEnochoé à fond noir. H., 0m,24.

2211. OEnochoé à fond noir; masque d’enfant. H., 0m,285.

22 1 2. OEnochoé à fond noir; figures jaunes. H., 0m,32.

2213. Petit vase en terre cuite à cannelures, couverte noire. H., 0m,125.

2214. Joli vase couvert d’un émail noir avec les figures imprimées en creux, décrit Annali dell Instit., 1855, p. 17.

2215. Rbyton, tête de Pan. H., 0m,215; diam., 0m,85.

2216. Bhvton a double tète, Silène et femme. H. 0m,155; diam., 0-,10.

2217. Rhyton. Silène avec oreilles d’âne (?). H., 0“,18.

2218. OEnochoé en terre cuite. Pygmée portant un cygne ('?). H., 0«,21.

2219. Rhyton. Tête de chevreuil. H. 0m,21.

2220. Rhyton. Double tête de chien et de sanglier. H. 0m,18.

2221. Rhyton. Partie antérieure d’un cheval. H., 0m,17.

2222. Vases à parfums. Tête de bélier. H., 0m,155.

2223. Vase à parfums. Silène couché sur une outre. H., 0“,095.

2224. Vase à parfums. Figures de couleur. H., 0m,i35.

2225. Vase noir muni de deux anses relevées. H., 0m,23.

2226. Vase en terre cuite noire à panse cannelée. H., 0m,13.

2227. Biberon (?) en terre cuite noire. Vénus en relief. H., 0m,17.

2228. Petit vase en terre cuite noire, en forme de sucrier. H., 0m,09.

2229. Coupe en terre cuite noire. H., 0m,06.

2230. Plat en terre cuite noire. Diam., 0m,26.

2231. 2232, 2233, 2234, 2235, 2236. Coupes, plats, bols, etc. en bucchero. 2237 à 2257, Série de vases en bucchero de formes diverses (coupes, amphores,

œnochoés, etc.)1.

Tels sont les faits. Les amis de Campana Taident à soustraire une magnifique collection de vases à l’Etat pontifical, son créancier, et à la France, qui acquiert pourtant, lui fait-on croire, la totalité des collections. On offre ces vases à des marchands ; puis, grâce au zèle de fonctionnaires éclairés, le gouvernement belge achète les plus beaux et en paye le prix — dérisoire, d’ailleurs — à Campana, qui a essayé, entre temps, mais sans succès, de constituer une réserve de la réserve, de retirer un des vases les plus précieux. Ces négociations frauduleuses sont connues du gouvernement pontifical, qui délivre le permis d’exporter. Elles se poursuivent avec l’assislance d’un savant illustre, Henri Brunn, secrétaire de l’Institut de correspondance archéologique. Un savant belge, comblé d’honneurs en France, M. de Witte, a connaissance de toute l’affaire et s’en réjouit. Les commissaires français, Renier et Cornu, ne se sont aperçus de rien; c’est sans doute que Renier est épigraphiste, n’entend rien aux vases, et que Cornu n’entend rien à l’archéologie. Mais Adrien de Long-

1. La description de l’inventaire est reproduite au complet (sauf les mesures) dans Théodore Juste, Catalogue des collections composant le musée roxjal d'antiquités , Bruxelles, 1867, p. 125 à 136, nc“ H, 1 à H, 76.

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périerl II lisait, il possédait chez lui toutes les publications de l’Institut archéologique ; lorsque la collection arrive à Paris, qu’il en prend livraison pour le Louvre, il ne s’aperçoit pas qu'il y manque une pièce de premier ordre, publiée et décrite dans les Annali de 1855* !

Pennelli a dit à M. Froehner, le 42 août 1868, que la réserve Campana, achetée par le Musée de Bruxelles en 1862, avait été offerte, par l’entremise dudit Pennelli, à Longpérier, qui, pendant une année entière, ne fit pas de réponse définitive1 2. Je ne sais ce que peut valoir, dans l’espèce, une affirmation de Pennelli. Si elle est exacte, elle obscurcirait encore la question; car de quel front Campana aurait-il offert de vendre au Louvre des objets qui devaient déjà appartenir à la France — qui, sans conteste, lui appartenaient de droit? Faut-il croire que l’Empereur, obligé de la marquise Campana, mais ne pouvant le dire, avait prescrit, avec sa bonté ou sa veulerie habituelle, de ne pas s’enquérir trop exactement des « réserves » constituées par le marquis? Un autre fait me dispose à ne pas repousser absolument cette hypothèse; le voici.

Certain tableau, attribué à Raphaël et appelé La Madone de V allombrosa , avait été transporté vers 1865 par Campana à Genève, d’où il fut vainement offert, en 1867, au musée de Bruxelles et au Louvre. On disait que le marquis désirait se défaire de ce tableau en évitant le bruit d’une vente publique ; que, d’ailleurs, il possédait tous les documents qui en établis-

1 . Longpérier ne pouvait croire que ce vase avait été acquis par l’Ermitage, puisque la Notice de Guédéonow (1861) signale tous les vases publiés et ne dit rien de celui-là.

2. On m’a dit, d’autre part, que Nieuwerkerke eut connaissance de l’acquisition belge en 1864 et qu’il demanda à Longpérier de lui adresser un rapport à ce sujet. J’ai vainement cherché ce rapport aux Archives du Louvre, qui ne contiennent pas d’ailleurs, pour cette époque, tout ce qu’on s’attendrait à y découvrir. J’ai lieu de croire qu’elles ont été fortement « expurgées », en 1869, par un protégé et ami intime de Longpérier, le dessinateur Geslin.

saient l’authenticité. Bruxelles n’avait pas d’argent; la proposition fut alors soumise par Nieuwerkerke à Reiset, conservateur des peintures du Louvre, qui répondit en ces termes (juin 1867) : « J’ai souvenir d’avoir vu autrefois chez M. de Morny deux tableaux qu’il m’a dit appartenir à M. Gampana. L’un était un Christ de Léonard, l’autre une Vierge de Raphaël; tous deux étaient évidemment faux. Je ne sais si ce Raphaël était le même que cette Vierge de Vallombrosa dont on me parle ; c’est une appellation nouvelle pour moi ». Reiset ne s’était pas donné la peine de consulter le Raphaël de Passavant, traduit par Lacroix (1860); car on y lit en toutes lettres, à propos de la Vierge au chardonneret de la Tribune (t. II, p. 35) ; « Une ancienne copie d’après ce tableau, laquelle était autrefois au monastère de Vallombrosa, est conservée actuellement à l’Académie de Florence ».

Ainsi Reiset croyait savoir et écrivait sans ambages à Nieuwerkerke que des tableaux du fonds Gampana avaient été déposés (?) chez Morny. Ce personnage mourut en 1863; ses tableaux furent vendus du 31 mai au 12 juin 1865, au prix total de 2.014.975 francs. Reiset ne pouvait évidemment admettre que Campana, tout à fait ruiné, eût acheté un Raphaël à la vente Morny pour le revendre deux ans après ; c’est donc qu’il croyait à un « dépôt » fait par Gampana. Un pareil « dépôt » était une « réserve », c’est-à-dire une dissimulation d’actif; Reiset écrit à ce sujet au surintendant des Beaux-Arts comme si ce dernier en était également informé.

Le public français, qui payait la collection Campana près de cinq millions, ignorait tout de ces manigances. De prétendus Raphaël, provenant du Musée Campana, avaient été vendus à la Russie ; une horrible croûte, donnée comme un Raphaël de 1495, fut exposée au Palais de l’Industrie (n° 439); mais on ne souffla mot du Léonard et du Raphaël « déposés » chez le demi-frère de l’Empereur, ni de la Madone de Vallombrosa, qui n’a jamais été chez Morny.

Grâce à l’extrême complaisance de M. Cartier, directeur des Musées de Genève, j’ai pu obtenir des informations précises sur

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la Madone de Vallombrosa et même une excellente photographie de ce tableau, dont je donne ici une réduction (fig. 1),

Campana arriva à Genève vers 186b, porteur de quelques vases grecs et du tableau qu'il attribuait à Raphaël. Il vendit les vases 10.000 francs à Gustave Revilliod, l’amateur suisse auquel on doit le Musée dit de l’Ariana, du nom de la somptueuse villa où ses collections furent installées et, depuis sa

Fig. 1. — Vierge dite de Vallombrosa (Villa de l'Ariana à Genève ).

mort, libéralement ouvertes au public*. Revilliod se montra également disposé|a acquérir le tableau; mais le gouvernement pontifical en fit. pratiquer la saisie et la toile resta déposée pendant trois ans à l’Hôtel de Ville. Finalement, après une longue pro-

i. Elles sont devenues, par la volonté du fondateur, propriété de la ville de Genève.

cédure, Campana obtint la reconnaissance de son droit de propriété et Revilliod put acquérir le tableau pour 100.000 francs, malgré la concurrence du consul allemand, Brodhag, qui s’était porté acheteur pour le Musée de Dresde. Revilliod avait consulté de nombreux connaisseurs, entr’autres Étienne Duval (le fondateur de la collection d’antiques du Morillon), qui se prononcèrent pour l’attribution à Raphaël.

Comme il n’est question de ce tableau ni dans le Raphaël de Müntz, ni dans aucun ouvrage récent que j’aie pu consulter, j’ai prié M. Cartier de résumer, à l’intention de mes lecteurs, le dossier que possède à ce sujet le conservateur du Musée de l’Ariana. Ce dossier comprend une notice de Gustave Revilliod1, une autre de Marc Debrit, des extraits d’inventaires (datés de 1788 et 1790), des œuvres d’art de l’abbaye de Yallombrosa et les attestations de plusieurs experts, principalement italiens et allemands.

Revilliod cherche surtout à établir que son tableau est bien celui de Vallombrosa. Un inventaire des biens du couvent, en date du 26 janvier 1790, indique l’existence d’un tableau de Raphaël à l’abbaye ; il n’y était plus en 1808, lorsque les commissaires français prirent possession de ce qui restait des richesses de ce couvent, alors supprimé. Les moines, suivant Revilliod, avaient usé de ruse et substitué au tableau original une médiocre copie qui, en 1868, se trouvait dans la salle du Conseil d’État à Florence. L’original soustrait aurait été acquis par Campana. Pour l’établir, Revilliod se fondait sur la note suivante de l’édition de Vasari publiée en 1671 (t. III, p. 164) : « Una preziosa replica [de la Vierge au chardonneret de Florence], di mano dell' istesso Raffaello, esiste nella sagrestia del monastero di Vallombrosa; ed è conservatissima a riserva di una fessura nata ira le due tavole che la compongono, scollatesi per l’antichità. » Or, le tableau de l’Ariana présente précisément une fente au milieu et du haut en bas du panneau ; elle serait bien plus accusée sans les deux traverses qui ont été placées anciennement

1.11 existe sur ce tableau une introuvable brochure de Revilliod (Genève, 1868).

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pour empêcher les deux planches de se disjoindre davantage.

Le tableau de PAriana, remarque Revilliod, offre de notables différences avec la Maclonna del Cardellino de la Tribune de Florence : paysage plus compliqué, silhouette plus accusée de la ville, adjonction d’une montagne couronnée d’un édifice, qui paraît bien être l’abbaye de Vallombrosa. D’autre part, le manteau de la Vierge est vert foncé au lieu d’être bleu, comme dans le chef-d’œuvre ruiné de la Tribune, et le voile de la Vierge est retenu sur le front par une pierre précieuse; le visage est plus correct et plus sévère ; d’autres changements, également heureux, se constatent dans les têtes des deux enfants. Des modifications aussi importantes, concluait Revilliod, ne peuvent être le fait d’un copiste, mais sont celui d’un artiste qui améliore son œuvre en l’exécutant à nouveau lui-même *. Détail important : la copie confisquée en 1808 reproduit fidèlement les modifications constatées dans le tableau de PAriana; c’est donc bien une copie de ce tableau, et non l’original, car la fente signalée par les éditeurs de Vasari n’existe pas et n'a jamais existé sur la copie*.

Entre 1790 et 1808, le tableau a disparu; on le retrouve d’abord aux mains de l’abbé Missirini, à une époque voisine de la fin du premier Empire. Des mains de l’abbé, il passa dans celles du comte de Cabrai, qui le vendit à Campana. Le marquis le plaça « dans la corbeille de noces de sa femme. » « Cette circonstance, ajoute Revilliod, explique l’absence de ce morceau capital dans les catalogues du Musée Campana, que se sont partagé récemment la France et la Russie. » M. Cartier pense que cette allégation de Campana, vraie ou fausse, eut raison de l’opposition formée à la vente par le gouvernement pontifical.

Parmi les attestations, M. Cartier relève celle du professeur Grilner, directeur du Musée Royal de Dresde, celle de Migliarini, l’un des conservateurs du Musée de Florence, et celle du professeur de Riedel de l’Académie de Saint-Luc ; ce dernier dé-

1. Le tableau de l’Ariana a 0m,90 de haut; celui de Florence a lm,05.

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