Aujourd'hui Tébessa
Il y a même lieu de remarquer, avec MM. Henzen et Mommsen, que cette situation exceptionnelle du légat de Numidie explique, de la façon la plus vraisemblable, une particularité de certaines inscriptions africaines, qui, autrement, serait fort obscure et semblerait extraordinaire : c'est que, sur les colonnes milliaires de la voie que je viens de m.ontionner, le nombre des milles se compte à partir de Théveste et non pas de Garthage. Ainsi lit-on le chiffre LXXXV sur une colonne milliaire trouvée à Tunis i ; ainsi en est-il encore d'une autre borne trouvée non loin de Théveste, et où figure le légat Gsecihanus*. La capitale, pour le légat de Numidie, n'est point Garthage ; ce n'est point à ses yeux une Rome africaine, d'où partent et d'où se mesurent toutes les voies qui sillonnent la province. Le point de départ pour lui, c'est sa province de Numidie, et c'est de là qu'il compte les distances. Ainsi peut-on trouver , et sans subtilité , ce semble , sur les milliaires dont il s'agit et dont le légat a bordé la route qu'il a fait construire, cette marque, sinon cette affectation de sa supériorité politique.
Ainsi les légats impériaux qui commandaient l'armée d'Afrique pouvaient exercer librement leurs multiples attributions — ils avaient surtout le droit suprême, ils pénétraient avec leurs troupes sur le territoire propre du proconsul, partout et dans toutes les occasions où ils le jugeaient convenable. Or, la réciproque n'était pas vraie : on va voir que les précautions impériales étaient bien prises. Les proconsuls, ni les magistrats et agents placés sous leurs ordres ne pouvaient remplir leurs fonctions, même purement civiles, dans la circonscription particulière placée sous le commandement immédiat du légat : ils n'y jouissaient point, par exemple, de leurs