‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 105 sur 156 · Dig. de ofâciis procos · texte numérisé non relu

Dig. de ofâciis procos

^58 COMMENT ROME A ADMINISTRI?.

Rusicade, que j'ai cm devoir reproduire plus haut, c'est qu'elle mentionne un certain édile de Girta, substitut du questeur, en ayant la juridiction, et qui ne peut être évidemment que le questeur du légat de Numidie ; car ce ne pouvait être qu'à la place et au nom du légat, et par une délégation de ses pouvoirs, qu'un magistrat de Girta rendait la justice en Numidie, comme c'était au nom et par délégation du proconsul que son questeur la rendait dans la province d'Afrique.

Gette conjecture heureuse est absolument confirmée, ce me semble, par plusieurs inscriptions algériennes. Que serait ce Quintus Fulvius Faustus, préfet des colonies Girtéennes, triumvir, édile revêtu des attributions de la questure, œdilis quœstoriciœ potestatis, si ce n'est un de ces substituts judiciaires du légat impérial * ? Je trouve encore un de ces questeurs de Numidie dans deux belles inscriptions de Philippeville , gravées sur un dé de piédestal en marbre blanc, et trouvées dans les ruines de la basilique du forum ^ Sextus Otacilius Restitutus est triumvir, édile chargé des fonctions de questeur du légat, et c'est en l'honneur de son édilité qu'il fait à Philippeville les largesses dont la double inscription nous a conservé le souvenir. Sextus Otacilius porte le même titre que Quintus Faustus : triumvir, œdilis quœstoriœ potestatis.

II. n'y avait de questeurs que dans les provinces du sénat : in provincias Gsesaris omnino qusestores non mittuntur (Gains : Instit. 1 , 6). Les fonctions de ces magistrats étaient exercées, dans les provinces impériales, par un procurateur de l'empereur. Or, d'une part, la Numidie n'était pas encore, à proprement parler, une province impériale distincte; et, de l'autre, les agents du proconsul ne pouvaient point y pénétrer ; il fallait donc,

à une situation exceptionnelle, à une organisation anormale, des fonctionnaires spéciaux et extraordinaires ; on imagina ces questeurs du légat, que les inscriptions décorent du titre de œdilis quœstoriœ potestatis, ou bien, un peu plus pompeusement , œdilis habens juris dictionem qiiœstoris pro prœtore.

L'inscription de Philippeville ne nous donne pas seulement dans l'ordre judiciaire un de ces fonctionnaires spéciaux du légat ; elle mentionne également un prœfectus fabrum consularis bis et prœtorii bis. Gela ne peut guère s'entendre, à ce qu'il semble, que d'un fonctionnaire qui a successivement été le préfet d'un légat consulaire et d'un légat prétorien. Mais, en admettant même que le mot consularis puisse convenir au proconsul, le mot praetorii ne peut s'appliquer qu'à un ancien préteur, c'est-à-dire à un des légats de Numidie, car le personnage qui a rempli ces fonctions est, selon la coutume^ un habitant du pays même, et sa carrière n'a pu être, en quelque sorte, que toute domestique et locale. Le légat impérial avait donc son praefectus fabrum particulier, tout comme le proconsul avait le sien ; il lui fallait, à lui aussi, son ingénieur en chef et son directeur général des travaux publics, puisque le territoire numide était interdit et fermé à tout agent du proconsul.

Ainsi, de même que le légat occupait, à côté du proconsul, une situation exceptionnelle, de même il avait créé autour de lui, pour parer aux nécessités d'une organisation un peu extraordinaire, un certain nombre d'agents spéciaux, un personnel particulier. En étendant les attributions des premiers magistrats des principales villes de Numidie, et notamment de Girta, en leur déléguant quelques-uns de ses droits et de ses pouvoirs, il s'était constitué une sorte d'administration personnelle qui le dispensait de recourir aux agents du proconsul, et qui suffisait aux besoins et aux différents

services de son territoire propre, de son diocèse de Numidie. En sorte que son commandement civil était resserré sans doute aux limites assez étroites de la région numide ; mais encore était-ce un commandement indépendant du proconsul, et dans lequel se mouvait le légat avec une pleine liberté d'allure et avec l'aide d'un personnel spécial à son diocèse ; quant à son commandement militaire, on peut dire sans exagération qu'il s'étendait à toute l'Afrique, puisqu'il n'avait d'autre barrière que son appréciation des nécessités de la défense et de la sécurité du pays. Si donc on laissait, par un compromis d'une légitime et d'ailleurs peu dangereuse déférence, l'administration du littoral, des régions agricoles et paisibles au proconsul inoffensif, et si le légat se réservait surtout l'intérieur, comme nous disons encore aujourd'hui, ainsi que la surveillance des Nomades épars dans les oasis et dans les profondeurs du Sud, il n'en est pas moins vrai que, de la Gyrénaïque à la Maurétanie, la Numidie formait autour de la province d'Afrique comme une frontière militaire. Et ce cercle dont elle l'enveloppait était d'une immense étendue ; on a trouvé dans le désert, à Bondjem, entre le pays de Tripoli et la Gyrénaïque, à la limite nord du Fezzan, une inscription où se trouve mentionné le nom d'un légat de Numidie assez connu, Q. Anicius Faustus, qui figure dans mainte dédicace de monuments élevés à Lambèse et à Timegad (Thamugas), en l'honneur de la famille impériale *. On a trouvé de même à Ghadâmès , l'ancienne Gydamus , une inscription latine — c'est un monument élevé par un détachement de la légion II1« Augusta que commandait un centurion — laquelle n'atteste pas seulement la présence, dans ces lointaines régions, d'une garnison ro-

maine au temps d'Alexandre Sévère (221-235), mais qui prouve que le territoire de la province de Numidie s'étendait alors jusqu'à Ghaiâmès, c'est-à-dire au-delà de la zone des sables de l'Erg. N'y a-t-il pas un souvenir de ces antiques limites et de cette vieille et durable occupation du pays par les Romains, dans cette unanime opinion des indigènes, qui fait arriver la frontière actuelle de la province de Gonstantine jusqu'aux portes mêmes de Ghadàmès ^ ?

On voit sur quel immense parcours et jusqu'à quelles lointaines limites se prolongeait l'autorité du légat impérial. De plus, on lui avait également réservé une partie du littoral, afin de lui laisser libres et indépendantes ses communications avec Rome. M. Henzen voit avec raison, ce me semble, une preuve de cette précaution importante dans ce fait que, sur les inscriptions de Girta et du port de Girta, Rusicade, lesquelles mentionnent fréquemment les légats, on ne voit jamais figurer les proconsuls. Enfin M. Mommsen trouve une confirmation de ces interprétations si vraisemblables dans l'ordre même adopté par Ptolémée pour sa description de l'Afrique (IV, 3). En effet le savant géographe énumère d'abord tous les sites du littoral depuis la Maurétanie jusqu'à la Gyrénaïque , en omettant le territoire numide dont il souligne ainsi l'indépendance ou du moins, qu'on me permette le mot, l'a parte. Puis, revenant sur ses pas, il distingue à l'intérieur l'enclave de Girta et de son territoire, et décrit, sous le nom de Numidie nouvelle, ou nouvelle province, tout le reste de la région distincte que désignait cette appellation.

Mais quelle lumière, en vérité, jettent ces détails sur le texte de Tacite que nous avons plus haut reproduit; et comme, à son tour, l'historien éclaire d'un de ses

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